Rue Théodule

Pangloss encore lui!

Notre président bien-aimé par 40% des Français (les autres 60% sont de mauvais Français, ils ne comptent donc pas car, les chiffres le prouvent, notre président est éminemment populaire) aime les comités. Vous me direz que ce n’est pas une nouveauté, tous ses prédécesseurs avaient la même sale manie. Et donc, voici la France éternelle mais agonisante (l’un n’empêche pas l’autre) dotée d’un nouveau comité dont la mission sera de faire la liste de personnes issues de la diversité présentable et méritant que leur nom soit donné à une rue, une avenue, un boulevard ou que leur effigie se dresse en bronze, en pierre ou en art contemporain aux carrefours des dites rues, avenues et boulevards.

La radio me cite en exemple un type dont je n’ai pas saisi le nom et qui a été le premier musulman à intégrer Polytechnique (le second restera anonyme, tant pis pour lui!). Et…

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Déliquescence festive

Philippe Muray – Tombeau pour une touriste innocente – 2003

 » […] Pour elle les pays étaient terres de loisirs
Pour elles les pays n’étaient que communion
On en avait banni les dernières séditions
Pour elle toutes les terres étaient terres de plaisir […]

[…] Elle réclamait enfin des gestes exemplaires
D’abord l’expulsion d’un vieux retardataire
Puis la dénonciation du voisin buraliste
Dont les deux filles étaient contractuelles lepénistes […]

[…] Elle est morte un matin sur l’île de Tralâlâ
Des mains d’un islamiste anciennement franciscain
Prétendu insurgé et supposé mutin
Qui la viola deux fois puis la décapita… »

Prochain sur la liste noire progressiste ?…

« Il est admis que la blancheur, par sa pureté, rehausse la beauté de maintes choses naturelles : marbres, laques, perles, et il est connu que plusieurs nations ont donné une certaine prééminence royale à cette couleur sur toutes les autres ; les vieux rois barbares et grandioses de Pégu, avant tout autre titre, se disaient : « Seigneurs des Éléphants Blancs », et les modernes rois du Siam font figurer sur l’étendard royal ce même quadrupède blanc de neige. Le drapeau de Hanovre porte l’image d’un cheval blanc comme la neige. Le grand empire césarien d’Autriche, héritier de la tyrannie romaine, a pris cette teinte impériale pour couleur d’empire. Il faut bien admettre aussi que cette prééminence s’applique également à la race humaine : l’homme blanc passant pour le maître idéal de toute peuplade noire ».

Herman MelvilleMoby Dick (Éd. Gallimard, coll. 1000 soleils, Évreux, 1989, p. 208) – 1851

Liberté, j’écris ton nom…

« EUROPARIS-SUR-SEINE, 1er juin2029 Monsieur,
Nous avons fait constater par huissier de justice votre refus de participer à la fête du « Mariage pour tous » et à celle du « Méchoui Fraternel », soirées organisées par l’association de votre quartier « Balance ton Gaulois ».
Nous vous rappelons que vous êtes déjà sous le coup d’une procédure judiciaire pour avoir prononcé devant témoins les mots : « Gilets jaunes, anti-libéralisme, diesel, meeting, jeanne d’Arc, Napoléon, Nation, argent liquide, République laïque », mots interdits depuis le premier quinquennat de la Présidence de Danièle Bobono et que vous avez été également signalé pour non-respect aux nouvelles convenances orthographiques en employant le mot « le juge » au lieu de « la jugesse » et que vous vous êtes écrié lors d’une assemblée : « Regardez, il pleut ! » au lieu de « Elle pleut ! ». Ce qui vous a d’ores et déjà valu une forte amende (loi 15in xw1478 sur l’égalité des sexes).
Vous êtes également — coupable de fréquenter des blogs subversifs, — blâmable de propagande sur votre propre blog en faveur d’écrivains illégaux, comme monsieur Houellebecq réfugié en Irlande à l’issu de la publication de son dernier roman « soumission 2 », ainsi que l’auteur démoralisateur et insoumis : Michel Onfray, exilé et assigné à résidence à Caen.
Vous avez également affirmé que les livres : « Autant en emporte le vent », « La case de l’oncle Tom », « l’étranger » et « Les dix petits nègres » méritaient d’être à nouveau autorisés à la lecture, vous opposant ainsi à la juridiction de l’Assemblée des Sages Littéraires sous la présidence du philosophe Monsieur Leviferryboat.
Toujours dans le domaine de la culture, des voisins nous ont signalé que vous écoutiez en sourdine la chanson interdite du rocker Johnny Halliday : « Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir ».
Enfin vous faites preuve dans vos propos d’une ironie durable et inadéquate ; par exemple lors d’une réunion syndicale non-autorisée, il nous a été rapporté que vous avez prononcé la phrase suivante, tout à fait irrévérencieuse : « Dans certains pays les voleurs sont amputés. En France par contre, les voleurs sont députés. »
Une plainte générale vient donc d’être déposée auprès du « Centre de la Normalité et des Nouveaux Usages ». Vous serez convoqué au tribunal de la Bienséance, situé au n° 22 rue Castaner.
Signé : Madame La Ministre Grivote-Shiappate, chargée à la régulation des bonnes mœurs et de la dignité
« .

trouvé chez Le Lupus, un commentaire du 21 novembre 2020.

Familiarités

Un Oeil a publié un billet sur la déliquescence des conventions et des codes relationnels entre individus de nos sociétés occidentales… triste mais lucide constat !

« Dans la société sympa, les façons ne doivent plus empeser les rapports entre individus. Le patron tutoie, la serveuse appelle par le prénom, rien ne doit plus marquer de hiérarchie, de rapport, de réserve, et pour s’en assurer les plus enjoués forcent la décontraction lorsqu’elle est insuffisante. D’autorité, unilatéralement, d’entrée de jeu, ils abolissent les conventions de la courtoisie simplement parce qu’ils sont malhabiles à les employer.

Vous vous adressez au monsieur pour la première fois et il vous interrompt derechef : « Ah s’il te plaît ! Ici on se tutoie ! ». Votre politesse était somme toute raisonnable, conventionnelle, rudimentaire, mais le con cherche à s’en défaire avec fracas. Vous tenez la porte à la demoiselle, resservez son verre quand il se vide, marquez une délicatesse quelconque, et elle affiche en retour un rictus ou se renfrogne. Sans doute juge-t-elle l’élégance dépassée.

Dans tous les cas, ces forceurs de convivialité cherchent à vous faire vous sentir déplacé, maniéré, emprunté. Bien qu’en réalité ce soit l’inverse : c’est lui et non vous que la situation encombre, lui qui est engoncé dans ses rituels de décontraction, qui tient à faire la bise plutôt qu’à serrer la pogne, qui insiste pour qu’on se regarde dans les yeux au moment de trinquer… C’est lui qui tient à ce qu’on l’appelle Jérem’ plutôt que Jérémie ! Et c’est elle qui tient à ses convenances égalitaires comme à la prunelle de ses yeux, elle qui se décontenance si on ne les respecte pas scrupuleusement. Les attentions la mettent mal à l’aise parce qu’elle croit qu’il faudrait y répondre, que ces signes revêtent une signification autre que la simple application de la coutume.

Mais non : je tiens la porte et laisse le passage non pour flatter ou faire plaisir mais pour me faire plaisir, parce que j’aime à observer les us et à faire comme on m’a appris. Et non, on ne va pas se tutoyer ! Non que je sois guindé mais parce que je n’en ai pas envie, que je ne te connais pas encore ou que c’est à dessein que je maintiens une juste distance entre toi et moi« .

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J’vais t’apprendre la politisse – émission sur la Cinquième (1998)