Écrits prémonitoires ?…

« Parce que la Démocratie – je m’égosille à l’annoncer ! – est morte. Bouchez-vous les oreilles,fermez les yeux, refusez de voir et d’entendre, mais elle est morte.

Idéologiquement, elle est hors-jeu.

Mythiquement, elle est ridicule.

Politiquement, elle liquide les affaires courantes.

Elle n’était possible, en vérité, que lorsqu’elle n’existait pas. Lorsqu’elle n’était que le miroir qu’une société se tendait à elle-même. Le fils obéissait au père et la femme eu mari et le disciple au professeur et le peuple à Dieu, et etc.

Sur ce socle briqueté par des « féodalismes » (par des hiérarchies, des fascismes et tout ce que vous voudrez…) la Démocratie pouvait croire en son être, mais elle n’était pas.

Du jour où elle prétend cesser d’être formelle et manifeste sa volonté de s’insérer dans la pratique des rapports sociaux et humains, elle se désagrège.

On s’apercevra demain que la Démocratie au collège – que l’égalitarisme intersexes – est une colossale et fatale plaisanterie.

Sans doute y a-t-il encore des seuils et l’égalitarisme doit-il descendre encore quelques degrés avant que, dans la cave, ses utopies explosent.

Mais cela, en vérité, je le proclame, arrivera. »

Jean CauLes écuries de l’Occident, Traité de morale (Éd. La Table Ronde, Paris, p. 74 et 75) – 1973

Prosélytisme journalistique patent

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Au cours d’une de ses chroniques, Bruno Donet, journaliste sur France Inter qui livre dans l’émission  « l’Instant M » de Sonia Devillers ses « après-coups », est revenu ce lundi 27 juin 2016 sur le traitement plutôt déséquilibré de l’information concernant le Brexit.

Je n’en revenais pas !!! France Inter, la radio bobo par excellence, se met à être méchamment populiste, à dénoncer le matraquage idéologique médiatique !!!…

Je me suis pincé en écoutant cet extrait radiophonique !

En s’appuyant sur un florilège du vocabulaire utilisé sur TF1, France 2 et France 3 pour traiter du Brexit, Bruno Donet explique qu’il a été très étonné par le prosélytisme journalistique à propos du référendum britannique.

Pour la réacosphère, rien de surprenant à ce constat affligeant sur la propagande médiatique ! Nous la dénonçons depuis des années en passant à chaque fois pour des complotistes rétrogrades !

Finalement, le Brexit a servi de révélateur à un problème évident des médias français : le prosélytisme.

Bruno Donet en conclue (dès 2:24) que « contrairement à ceux qui les écoutent, à la population qui extrêmement partagée sur la question européenne […], ceux qui fabriquent (déjà, l’utilisation de ce terme « fabriquer » n’est pas anodin, il est lui aussi révélateur de ce monde du spectacle) l’information, les journalistes dont je suis, sont très majoritairement pro-européen, ce que je suis également.

Ce faisant, ils sont esclaves de leurs émotions, de leurs états d’âmes et c’est ainsi qu’ils véhiculent à grande longueur d’antenne un discours de plus en plus éloigné de ce que pense au moins la moitié, peut-être plus, de ceux qui les écoutent.

Ça pose donc un problème, celui de la représentativité de ceux qui transmettent l’information à un auditoire auquel ils ressemblent de moins en moins. »

Effectivement, il y a une fracture entre le peuple et les médias comme elle existe aussi avec les politiques qui ne sont plus considérés comme légitimes et représentatifs eux aussi.

Il termine sur cette réflexion : « à l’heure où on se questionne de plus en plus sur le divorce ente le public et les médias, il y a dans la question européenne et la couverture du Brexit une incongruité, un décalage sur lequel il est probablement nécessaire de s’interroger urgemment. »

J’allais dire, mieux vaut tard que jamais !

Les zélites quelles soient politiques ou médiatiques ont toujours plusieurs trains de retard sur le peuple qu’elles sont censées représenter. Elles sont véritablement isolées du reste de la population comme nous l’expliquera dans un prochain billet Éléonore de Vulpillières avec son article du 28 juin 2016 dans Le Figaro (je mets le lien pour les  impatients…).

L’état thérapeutique

« La démocratie pluraliste devait aboutir à la formation, dans la culture, d’un modèle de la personnalité démocratique, à situer en contraste avec ce que l’École de Francfort nommait la personnalité autoritaire, ce qui veut dire qu’à travers sa mutation thérapeutique, l’État diversitaire entend faire naître un nouveau type d’homme.

La démocratie ne sera véritablement légitime que lorsqu’elle aura accouché d’un nouveau peuple qui lui, sera digne d’exercer la souveraineté, car il sera purgé de l’identité du peuple ancien.

En fait, la société, devenue laboratoire de l’utopie, est absolument absorbée par l’État, qui a travers son dispositif technocratique et juridique en vient à s’emparer de tous les processus de socialisation.

L’État diversitaire renoue ainsi avec la fabrique de l’homme nouveau : il entend en fait fabriquer le type d’homme nécessaire à son projet politique.

Ce n’est pas le moindre paradoxe de la culture libertaire qui a pris forme avec les radical sixties qu’elle ne peut se diffuser qu’à travers une reconstruction autoritaire de la société. »

Mathieu Bock-CôtéLe multiculturalisme comme religion politique (Éd. du Cerf, Paris, p. 220) – 2016

Gastropoda democratica

« À la dégénérescence de la démocratie encanaillée, nous avons vu succéder à Vichy la dégénérescence de la démocratie bourgeoise.

L’une vaut l’autre, leurs frontières sont fort vagues. Les hommes des deux cliques se croisent chaque jour devant l’hôtel du Parc. La bourgeoisie a tout simplement amené de nouveaux tyranneaux, de nouveaux profiteurs, dans le même désordre et la même impuissance qu’auparavant. Autant de phénomènes typiques de la démocratie.

Ces bourgeois, fidèles à leur nature, sécrètent la guerre comme l’escargot la bave. »

Lucien RebatetLes décombres (Éd. Denoël, p. 627) – 1942

Le monde contre les robots

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Hier soir, je suis tombé par hasard sur un film d’animation dont je n’avais pas entendu parlé lors de sa sortie en salles obscures.

Étrange… mais peu importe.MystIIICover

J’ai été agréablement surpris par sa qualité et son atmosphère particulière qui m’a rappeléhorologiom,-tome-5---le-grand-rouage-377995 à la fois la bande-dessinée Horologiom et la série du jeu sur PC Myst,tous deux empreints d’une ambiance insolite et mystérieuse où la froideur mécanique se mélange à la noblesse du bois et des tissus anciens.

Bien que le scénario ne soit pas révolutionnaire, ce film vaut le détour non pas pour ces quelques passages faisant référence au régime nazi (avec notamment des machines articulées rappelant celles de la « Guerre des étoiles » mais avec une un habitacle en forme de casque allemand)AT-ST_negvvnumero-9-9-affiches-13-images-L-12ou à certains moments de la « Guerre des Mondes » de H. G. Wells, mais à sa mise en valeur de l’âme humaine, du danger du progrès qui même pour la bonne cause fini toujours par se retourner contre ses adeptes.

Les jusqu’au-boutistes du progrès le payent un jour ou l’autre qu’il s’agisse des progrès scientifiques (PMA, GPA, puces électroniques,…) que les soi-disants progrès sociétaux (égalité pour tout et pour tous, multiculturalisme,…).

Le curieux dans tout cela, et là se trouve l’objet réel de ce billet, est la montée au créneau la veille de tout une tripotée de scientifiques (surtout des chercheurs en Intelligence Artificielle, IA) et autres intellectuels pour dénoncer la course à l’armement robotisé et intelligent.

Morgane Tual dans Le Monde du 27 juillet 2015 « Stephen Hawking et Elon Musk réclament l’interdiction des « robots tueurs » » nous donne de nombreuses précisions et rappelle que « l’intelligence artificielle a atteint un point où le déploiement de tels systèmes sera – matériellement, si pas légalement – faisable d’ici quelques années, et non décennies, et les enjeux sont importants : les armes autonomes ont été décrites comme la troisième révolution dans les techniques de guerre, après la poudre à canon et les armes nucléaires. ».

Dans Les Échos du 28 juillet 2015 «  »Robots tueurs » : la mise en garde des grands noms de la tech », Aurélie Abadie nous rapporte que : « […] dans une tribune publiée à l’occasion de l’IJCAI , la conférence internationale sur l’intelligence artificielle qui se tient à Buenos Aires, plus de 1.000 experts mettent en garde contre le développement de robots autonomes, capables de sélectionner et d’attaquer des cibles, sans intervention humaine.
Dans cette lettre ouverte, de grands noms de la tech comme Elon Musk, le PDG de Tesla, et Steve Wozniak, le co-fondateur de Apple,ou encore l’astrophysicien britannique Stephen Hawking appellent à interdire cette technologie […]. »

Nous sommes aujourd’hui devant un nouveau problème éthique, encore un devons-nous dire, posé par les avancées des techniques et technologies, et il va falloir faire des choix…

Je pense alors à une fantastique écrivain visionnaire qui dans « La France contre les robots » écrit entre autres clairvoyants et édifiants paragraphes :I-Grande-121282-la-france-contre-les-robots.net « En parlant ainsi, je me moque de scandaliser les esprits faibles qui opposent aux réalités des mots déjà dangereusement vidés de leur substance, comme par exemple celui de Démocratie. Qu’importe !

Si vous êtes trop lâches pour regarder ce monde en face afin de le voir tel qu’il est, détournez les yeux, tendez les mains à ses chaînes. Ne vous rendez pas ridicules en prétendant y voir ce qui n’existe que dans votre imagination ou dans le bavardage des avocats. Ne commettez pas surtout l’infamie de lui prostituer le mot de révolution, ce mot religieux, ce mot sacré, tout ruisselant à travers les siècles du sang des hommes.

Ne lui prostituez pas non plus le mot de progrès. Jamais un système n’a été plus fermé que celui-ci, n’a offert moins de perspectives de transformations, de changements, et les catastrophes qui s’y succèdent, avec une régularité monotone, n’ont précisément ce caractère de gravité que parce qu’elles s’y passent en vase clos. Qu’il s’intitule capitaliste ou socialiste, ce monde s’est fondé sur une certaine conception de l’homme, commune aux économistes anglais du XVIlle siècle, comme à Marx ou à Lénine.

On a dit parfois de l’homme qu’il était un animal religieux. Le système l’a défini une fois pour toutes un animal économique, non seulement l’esclave mais l’objet, la matière presque inerte, irresponsable, du déterminisme économique, et sans espoir de s’en affranchir, puisqu’il ne connaît d’autre mobile certain que l’intérêt, le profit.

Rivé à lui-même par l’égoïsme, l’individu n’apparaît plus que comme une quantité négligeable, soumise à la loi des grands nombres ; on ne saurait prétendre l’employer que par masses, grâce à la connaissance des lois qui le régissent. Ainsi, le progrès n’est plus dans l’homme, il est dans la technique, dans le perfectionnement des méthodes capables de permettre une utilisation chaque jour plus efficace du matériel humain. »

L’homme au service d’un système comme un simple outil et soumis à la machine, à la technologie…  vous croyez ??!!!…

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Leçon de vocabulaire

« […] La civilisation a été rebaptisée la démocratie; et le sauvage, le totalitaire ou l’arriéré. […] Et s’il persiste à ne pas comprendre où est son intérêt, et le fin mot de l’Histoire, il faudra ramener le récalcitrant à la Raison par la manière forte. »

Régis DebrayAveuglantes lumières. Journal en clair-obscur (Éd. Gallimard, Paris, p. 130) – 2006

Éloge de l’autorité

Sur Atlantico, le 19 mars 2014,  Michel Erman évoque, à propos de cette stupidité de « présidence normale », le dernier ouvrage du professeur émérite de philosophie (Paris X) Robert Damien, « Éloge de l’autorité : Généalogie d’une (dé) raison politique », paru chez Armand Colin.

couverture Éloge de l'autorité

« La notion d’autorité serait-elle devenue un archaïsme dans nos catégories politiques d’individus postmodernes ?

Quand on se rappelle un de Gaulle incarnant le chef avec ses qualités de prudence et d’audace ou un Mitterrand ne négligeant pas la posture de père de la Nation, comment ne pas broncher sur le « président normal » – oxymore calamiteux destiné à amoindrir la notion de pouvoir – et se demander si, en politique, la figure de l’autorité n’est pas passée de la volonté de servir en commandant à la nécessité de diriger en (com) plaisant. Ou comment faire croire qu’entre gouvernants et gouvernés règnerait une innocente égalité plutôt qu’une altérité médiatisée par les institutions !

Sans compter que l’Europe des marchés et la mondialisation dépouillent en partie ladite autorité de ce qui fait ses vertus : l’action sur le réel et l’exercice de la puissance. Soyons un rien irrévérencieux, aujourd’hui celle-ci ne se manifesterait-elle pas plus souvent dans le pouvoir de nomination que dans le pouvoir de décision… » Dans son Éloge de l’autorité, le philosophe Robert Damien rappelle que cette dernière s’autorise moins de la force que du symbolique et de l’éthique.

L’autorité permet l’exercice d’un pouvoir qu’elle transcende, lui donnant ainsi sa légitimité dans la société démocratique où il s’agit non d’ordonner mais de convaincre. Avec cette réserve qu’elle risque toujours de paraître soit excessive soit insuffisante. C’est précisément cette légitimité et ses nombreuses défiances que le livre interroge en relisant Machiavel, Tocqueville ou Bachelard. La démocratie est indissociable d’un idéal antiautoritaire, mais les citoyens manifestent toujours peu ou prou le besoin d’être « conduits », comme le disait Tocqueville. Ils attendent d’un chef de l’exécutif qu’il soit un meneur, et ils font parfois de lui leur idéal du moi.

Comment concilier ces idéaux sans y voir le culte du désordre et celui de la servitude ? Certains répondront qu’il faut substituer à la verticalité du pouvoir et au spectre de la loi une horizontalité des délibérations et des décisions, il s’agit plus ou moins de la fameuse démocratie participative.

En contrepoint, Robert Damien réhabilite le conflit en démocratie : en suivant Machiavel, il soutient que les individus entrent en compétition pour échapper à la domination et, dans le même temps, se perfectionner, de là naît une hiérarchie juste. Si la thèse est classique, ce qui l’est moins est de faire de la règle du jeu et de l’esprit d’équipe le modèle du contrat social puis de l’entraîneur sportif celui du chef politique incarnant l’autorité. On lira à ce propos les belles pages que l’auteur consacre au rugby et dans lesquelles il rend à l’autorité acceptée son sens étymologique d’augmentation de soi. Entre la méditation et le traité, cet ouvrage, exigeant, peut se lire comme un miroir tout à la fois des princes et des citoyens. »