Le peuple et les masses

« Qu’est-ce qui caractérise notre époque par rapport aux précédentes ? L’excès de natalité. Les masses pèsent lourdement sur la terre depuis soixante-dix ans. Leur poids écrase la civilisation.

On peut faire toutes sortes de choses pour le peuple : le nourrir, l’instruire, lui donner du travail, lui enseigner le civisme, lui inculquer l’horreur de l’ivrognerie, accoutumer son oeil aux oeuvres d’art et son coeur aux sentiments généreux.

Pour les masses, on ne peut faire que deux choses : les loger ou les tuer.

De là la transformation singulière de deux activités humaines : la guerre et l’architecture. Les guerres du passé étaient des parties d’échecs, assez meurtrières quelquefois, mais jouées par des artistes. C’était le général le plus intelligent ou le plus hardi qui gagnait. À présent, ce sont d’énormes hécatombes. les vainqueurs ne sont plus des joueurs plus ou moins habiles. ce sont les pions eux-mêmes. Une masse en écrabouille une autre.

[…] Autre aspect de la guerre : elle est devenue morale, c’est-à dire sans pitié. Les rois se battaient pour gagner des provinces. Les masses refuseraient de se battre pour des buts aussi pratiques. Alors on se mobilise pour les idées. Quand la guerre est finie, le parti vainqueur décrète qu’il est le parti du Bien et que le parti vaincu est celui du Mal. Les idées ne composent pas. Une idée victorieuse anéantit ou réduit au désespoir l’idée vaincue. Les masses aiment cette justice en noir et blanc.

[…] En effet, ce n’est pas les crimes de guerre que l’on a sanctionné à Nuremberg – les crimes de guerre existent depuis le commencement de l’humanité, et ils restent traditonnellement impunis – c’est le crime de pensée. Celui qui s’est servi de l’idéologie périt par l’idéologie. ».

Jean DutourdLes ravages de la morale (revue La Nouvelle École, n°29, Éd. Copernic, p. 31) – juin 1976

Pacifisme

« La guerre est la plus forte rencontre des peuples.

Alors que commerce et circulation, compétitions et congrès ne font se joindre que les pointes avancées, la guerre engage l’équipe au complet, avec un objectif seul et unique : l’ennemi.

Quels que soient les problèmes et les idées qui agitent le monde, toujours leur sort se décida par la confrontation dans le sang.

Certes toute liberté, toute grandeur et toute culture sont issues du silence de l’idée, mais seules les guerres ont pu les maintenir, les propager ou les perdre.

La guerre seule a fait des grandes religions l’apanage de la terre entière, a fait surgir au jour, depuis leurs racines obscures, les races les plus capables, a fait d’innombrables esclaves des hommes libres. »

Ernst JüngerLa guerre comme expérience intérieure (Éd. Christian Bourgeois, coll. Titres, Titre 68, p.75) – 2008 [Le combat comme expérience intérieure, 1922]

Responsabilité occidentale ?

« Je comprends qu’on déclare la guerre à l’Occident, lequel n’est plus une civilisation mais une idéalisation cynique de la démocratie, c’est-à-dire le contraire de toute vie spirituelle, de toute mémoire féconde : une puissance mortifère. ».

Richard MilletL’Opprobre, essai de démonologie (Éd. Gallimard, NRF, p. 52) – 2008

Gastropoda democratica

« À la dégénérescence de la démocratie encanaillée, nous avons vu succéder à Vichy la dégénérescence de la démocratie bourgeoise.

L’une vaut l’autre, leurs frontières sont fort vagues. Les hommes des deux cliques se croisent chaque jour devant l’hôtel du Parc. La bourgeoisie a tout simplement amené de nouveaux tyranneaux, de nouveaux profiteurs, dans le même désordre et la même impuissance qu’auparavant. Autant de phénomènes typiques de la démocratie.

Ces bourgeois, fidèles à leur nature, sécrètent la guerre comme l’escargot la bave. »

Lucien RebatetLes décombres (Éd. Denoël, p. 627) – 1942

Conflit bénéfique

« […] la guerre a été organisée entre les nations, et considérée comme une des formes de la justice; forme terrible, qui, c’est ma conviction et mon espérance, doit tomber peu à peu en désuétude, mais qui n’est pas moins essentielle à la constitution de l’humanité et à la manifestation du droit. »

Pierre-Joseph ProudhonLa pornocratie ou les femmes dans les temps modernes – 1875 (Librairie internationale, chapitre II Parallèle de l’Homme et de la Femme, p. 40 – Éd. A. Lacroix et Cie)