Scotomisation « en marche » !

« Ce doux confort d’esprit chacun (ou chaque groupe) y tient, tant il est composé d’images commodes, reposantes, sur lesquelles on peut s’appuyer, au milieu desquelles on peut vivre. Contre les nouvelles « subversives », indésirables, fonctionne un système de défense automatique, de barricade, contre lequel le fait vient se heurter.

Et, si, par quelque mauvaise chance, ce fait contraire pénètre dans la place, il prend figure d’anticorps et est chassé ou bien enseveli, scotomisé dans un repli de la mémoire ».

Alfred SauvyLe coq, l’autruche et le bouc… émissaire (Éd. Grasset et Fasquelle, Coll. Humeurs, Paris, p. 52) – 1979

La masse ne sait rien !

montage masse ne sait rien

« La masse sait qu’elle ne sait rien, et elle n’a pas envie de savoir. La masse sait qu’elle ne peut rien, et elle n’a pas envie de pouvoir. On lui reproche violemment cette marque de stupidité et de passivité.

Mais pas du tout: la masse est très snob, elle fait comme Brummel [il avait un serviteur pour choisir à sa place devant un paysage splendide… »Which Lake do I préféré ? »] et délègue souverainement la faculté de choisir à quelqu’un d’autre, par une sorte de jeu d’irresponsabilité, de défi ironique, d’involuté souveraine, de ruse secrète.`

Tous les médiateurs (politiques, intellectuels, héritiers des philosophes des Lumières dans la contemption des masses) ne serviraient au fond qu’à ceci : gérer par délégation, par procuration, cette affaire fastidieuse du pouvoir et de la volonté, délester les masses de cette transcendance pour leur plus grand plaisir et leur en offrir le spectacle par surcroît.

Vicarious : tel serait, pour reprendre le concept de Veblen, le statut de ces classes « privilégiées », dont la volonté serait détournée à leur insu vers les finalités secrètes des masses mêmes qu’elles méprisent. »

Jean BaudrillardLes stratégies fatales (Éd. Grasset et Fasquelle, coll. Figures, p. 138) – 1983

Plus de devoirs et moins de droits !

« Notre dette est incommensurable à l’endroit de l’histoire de la société, « les vivants sont toujours, et de plus en plus, dominés par les morts », avait déclaré Auguste Comte (1851, t. II : 18). Ils précisait même dans son Catéchisme positiviste, nous l’avons déjà noté, que « nous naissons chargés d’obligations de toute espèce envers nos prédécesseurs, nos successeurs et nos contemporains. Elles ne font ensuite que se développer ou s’accumuler avant que nous puissions rendre aucun service. » (Comte, 1852 : 147)

Ce qui l’amenait à proclamer que « le positivisme n’admet jamais que des devoirs, chez tous et envers tous. Car son point de vue toujours social ne peut comporter aucune notion de droit, constamment fondé sur l’individualité. » (Ibid)

Les solidaristes ne le suivront pas jusque-là… »

Michel MessuL’ère de la victimisation (Éd. de L’Aube, p. 75) – 2018

Un célèbre complotiste ?… bande de couillons !

Montage pape François Macron

« […] chez presque toutes les nations chrétiennes de nos jours, les catholiques aussi bien que les protestantes, la religion est menacée de tomber dans les mains du gouvernement. Ce n’est pas que les  souverains se montrent fort jaloux de fixer eux-mêmes le dogme ; mais ils s’emparent de plus en plus des volontés de celui qui l’explique : ils ôtent au clergé ses propriétés, lui assignent un salaire, détourner et utilisent à leur profit l’influence que le prêtre possède ; ils en font un de leurs fonctionnaires et souvent un de leurs serviteurs, et ils pénètrent avec lui jusqu’au plus profond de l’âme de chaque homme. »

Alexis de TocquevilleLe despotisme démocratique (Éd. l’Herne, Carnets, p. 42 et 43) –  2012 [De la démocratie en Amérique, tome 2, 1840]

L’anticipation est mère de sûreté

« Dans cette atmosphère de maladie, des hommes réfléchis, de ces hommes qui commandent essayent de retrouver cette ancienne santé et leur ancien confort de cette ancienne assurance du lendemain qu’ils nommaient civilisation de l’Occident.

Ils font des livres et des rapports, ils prononcent des sermons, ils convoquent des conférences et des parlements et ils expliquent presque tout ce qui se passe par diverses folies guérissables et par diverses opinions fausses et redressantes des hommes

Ils pensent qu’à l’orgueil doit succéder la modestie, à la dépense l’économie.

Le désordre a renversé la sérénité et la sûreté des pouvoirs spirituels. Les pouvoirs recherchent ce bien-être perdu. »

Paul NizanLes Chiens de garde (Éd. Rieder, 5e édition, Paris, p. 204-205) – 1932

La conspiration expliquée…

« […] le système et les médias « éduquent » – à savoir déforment systématiquement – les gens de sorte qu’ils ne puissent pas finalement s’intéresser à quelque chose qui dépasse quelques secondes ou à la rigueur quelques minutes.

Il y a là une conspiration, non pas au sens policier, mais au sens étymologique : tout cela « respire ensemble », souffle dans la même direction, d’une société dans laquelle toute critique perd son efficacité. »

Cornelius CastoriadisLa montée de l’insignifiance (Éd. du Seuil, Les Carrefours du Labyrinthe 4, Paris,  p. 103) – 1996