Égalitarisme insatiable

« Un peuple a beau faire des efforts, il ne parviendra pas à rendre les conditions parfaitement égales dans son sein et s’il avait le malheur d’arriver à ce nivellement absolu et complet, il resterait encore l’inégalité des intelligences, qui, venant directement de Dieu, échappera toujours aux lois.

Quelque démocratique que soit l’état social et la constitution politique d’un peuple, on peut donc compter que chacun de ses citoyens apercevra toujours près de soi plusieurs points qui le dominent, et l’on peut prévoir qu’il tournera obstinément ses regards de ce seul côté.

Quand l’inégalité est la loi commune d’une société, les plus fortes inégalités ne frappent point l’œil; quand tout est à peu près de niveau, les moindres le blessent.

C’est pour cela que le désir de l’égalité devient toujours plus insatiable à mesure que l’égalité est plus grande. »

Alexis de Tocqueville – De la démocratie en Amérique (Éd. Charles Gosselin, Paris, tome II, p. 135) – 1840

Mythologie progressiste

« La mythologie du progrès repose sur l’idolâtrie du nouveau »

Entretien du 1er avril 2014 avec Alain de Benoist.

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À chaque élection, les hommes de gauche prétendent rassembler les « forces de progrès ». Mais un cancer peut, lui aussi, progresser ! Le progrès serait-il une fin en soi ?

Les malheureux ne savent même plus de quoi ils parlent ! Historiquement, l’idée de progrès se formule autour de 1680, avant de se préciser au siècle suivant chez des hommes comme Turgot ou Condorcet. Le progrès se définit alors comme un processus accumulant des étapes, dont la plus récente est toujours jugée préférable et meilleure, c’est-à-dire qualitativement supérieure à celle qui l’a précédée. Cette définition comprend un élément descriptif (un changement intervient dans une direction donnée) et un élément axiologique (cette progression est interprétée comme une amélioration). Il s’agit donc d’un changement orienté, et orienté vers le mieux, à la fois nécessaire (on n’arrête pas le progrès) et irréversible (il n’y a pas de retour en arrière possible). L’amélioration étant inéluctable, il s’en déduit que demain sera toujours meilleur.

Pour les hommes des Lumières, étant donné que l’homme agira à l’avenir de façon toujours plus « éclairée », la raison se perfectionnera et l’humanité deviendra elle-même moralement meilleure. Le progrès, loin de n’affecter que le cadre extérieur de l’existence, transformera donc l’homme lui-même. C’est ce que Condorcet exprime en ces termes : « La masse totale du genre humain marche toujours à une perfection plus grande. »

La mythologie du progrès repose ainsi sur l’idolâtrie du nouveau, puisque toute nouveauté est a priori jugée meilleure du seul fait qu’elle est nouvelle. La conséquence en est le discrédit du passé, qui ne peut plus être regardé comme porteur d’exemples ou de leçons. La comparaison du présent et du passé, toujours à l’avantage du premier, permet du même coup de dévoiler le mouvement de l’avenir. La tradition étant perçue comme faisant, par nature, obstacle au progrès, l’humanité doit s’affranchir de tout ce qui pourrait l’entraver : s’arracher aux « préjugés », aux « superstitions », au « poids du passé ». C’est déjà tout le programme de Vincent Peillon ! À l’hétéronomie par le passé, on substitue en fait une hétéronomie par l’avenir : c’est désormais le futur radieux qui est censé justifier la vie des hommes.

En ce sens, la « réaction » peut faire figure de sain réflexe, mais ne raisonner qu’en « contre », n’est-ce pas abandonner toute pensée autonome ?
La « réaction » est saine quand elle nourrit l’esprit critique, plus discutable quand elle se borne à dire que « c’était mieux avant ». La critique de l’idée de progrès, qui à l’époque moderne commence chez Rousseau, représente souvent le double négatif – le reflet spéculaire – de la théorie du progrès. L’idée d’un mouvement nécessaire de l’histoire est conservée, mais dans une perspective inversée : l’histoire est interprétée, non comme progression perpétuelle, mais comme régression généralisée. La notion de décadence ou de déclin apparaît en fait tout aussi peu objectivable que celle de progrès. En outre, comme vous le dites, se borner à raisonner en « contre », c’est encore rester dépendant de ce à quoi on s’oppose. C’est en ce sens que Walter Benjamin pouvait dire que « l’antifascisme fait partie du fascisme »…

La suite se trouve chez VoxNR (entretien découvert sur La Dissidence Française).

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Le despotisme démocratique

« … on sera surpris et effrayé de voir comment, en Europe, tout semble concourir à accroître indéfiniment les prérogatives du pouvoir central et à rendre chaque jour l’existence individuelle plus faible, plus subordonnée et plus précaire.

(…) on dirait que chaque pas qu’elles  (les nations démocratiques) font vers l’égalité les rapproche du despotisme.

(…)  L’État reçoit et souvent prend l’enfant des bras de sa mère pour le confier à ses agents; c’est lui qui se charge d’inspirer à chaque génération des sentiments, et de lui fournir des idées. L’uniformité règne dans les études comme dans tout le reste; la diversité comme la liberté en disparaissent chaque jour.

(…) on dirait qu’ils se jugent responsables des actions et de la destinée individuelle de leurs sujets, qu’ils ont entrepris de conduire et d’éclairer chacun d’eux dans les différents actes de sa vie, et , au besoin de le rendre heureux malgré lui-même.

(…) J’affirme qu’il n’y a pas en Europe où l’administration publique ne soit devenue non seulement plus centralisée, mais plus inquisitive et plus détaillée; partout elle pénètre plus avant que jadis dans les affaires privées; (…) Nos contemporains sont incessamment travaillés par deux passions ennemies : ils sentent le besoin d’être conduits et l’envie de rester libre. Ne pouvant détruire ni l’un ni l’autre de ces instincts contraires, ils s’efforcent de les satisfaire à la fois tous les deux. Ils imaginent un pouvoir unique, tutélaire, tout-puissantmais élu par les citoyens.

(…) Il est, en effet, difficile de concevoir comment des hommes qui ont entièrement renoncé à l’habitude de se diriger eux-mêmes pourraient réussir à bien choisir ceux qui doivent les conduire.

(…) Le passé n’éclairant plus l’avenir, l’esprit marche dans les ténèbres. »

Alexis de TocquevilleDe la démocratie en Amérique (Gallimard Éd., NRF, coll. La Pléiade tome 2, 1992) – 1840

Baratin carnavalesque

Extrait du Figaro d’hier…

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En visite à Moscou, le premier ministre français a défendu, dans une interview, une réforme très critiquée par les dirigeants russes et fait valoir que «l’amitié» franco-russe «autorise aussi la franchise».

Quel baltringue ! La véritable franchise aurait été de tenir ces propos en face de Medvedev ou de Poutine ! Mais peut-on attendre autre chose d’un homme aussi charismatique et dégageant autant de force de caractère qu’un gloubiboulga raté dégoulinant du bol de casimir ??…

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Dans une interview au quotidien russe Kommersant parue ce jeudi, Ayrault évoque quelques-unes de ces «différences», objets de friction entre la France et la Russie. Il défend notamment une réforme très critiquée par les dirigeants russes, celle du mariage et de l’adoption par des couples homosexuels. Rappelant «les tensions» qu’avait suscités en leur temps la légalisation de l’avortement et l’abolition de la peine de mort, le chef du gouvernement français estime que «la France est un pays de débats où toutes les réformes de société sont âprement discutées».

Parlons-en du débat !!… Quel débat y a-t-il eu ??…

Entre les consultations trop peu nombreuses et trop brèves des représentants de ceux contre cette mascarade célébrant des paires d’invertiségalité pour tout, et la propagande incessante des média en grande majorité favorable à ce projet funeste pour la famille (comment en pourrait-il être autrement pour ce conglomérat de déviants, de déboussolés, de drogués,… aux vies souvent dissolues), si l’on peut parler de débat alors il a été tronqué et réduit à sa portion congrue.

Rappelons-nous l’anecdote de la censure du débat contradictoire prévu par Benoît Duquesne tellement révélatrice de cette volonté d’imposer une réforme inutile et scandaleusement décadente, véritable symbole de notre perte de repères, de limites au nom d’une tolérance défendue becs et ongles par tous les tordus souhaitant être tolérés.

«Mais, ajoute-t-il, le génie de la France, c’est aussi d’être capable de surmonter ses propres divisions pour faire avancer les grandes causes, comme celle de l’égalité».

Il n’y a rien de génial à surmonter des divisions aussi marquées et durables, provoquées par ceux à l’origine de la polémique, en ayant la majorité au parlement et au sénat !!!…

Et si l’égalité est une grande cause, on comprend mieux les conséquences mortifères pour notre civilisation de toutes les gesticulations politiques des gauchistes. Cette obsession égalitariste est un cul-de-sac obscur où s’accumuleront et se bousculeront un relativisme destructeur et une imbécilité exponentielle.

Non, l’égalité n’est pas une grande cause, elle n’est qu’une volonté électoraliste afin de céder aux caprices des individualismes les plus exacerbés en nivelant la société vers le bas. L’effrayante horizontalité voulue par une élite décadente dénoncée par Richard Millet (et d’autres) : « Nous sommes entrés dans un monde post-démocratique, que j’appelle aussi monde horizontal, lequel se caractérise par le renoncement à toutes les valeurs de la verticalité. La fatigue du sens est un des attributs de l’horizontalité ; elle affecte l’ensemble des valeurs de l’Occident, élevant le plus souvent la non-valeur au rang de valeur nouvelle et définitive, au sein d’une lassitude générale qui est un aveuglement collectif et le triomphe d’un narcissisme qui, dans sa dilatation mondialisée, rencontre sans cesse la figure de l’autre, de l’étranger, de l’immigré devenu la figure même de l’innocence ».

Cette autosatisfaction niaise de cette triple buse de premier ministricule, à défaut de se battre pour le triple A français, est une nouvelle démonstration de l’état délabré de son cerveau, juste capable de restituer les éléments de langage fourni par les divers lobbies tirant les ficelles d’un pouvoir aux ordres.

À la tête d’un gouvernement de merde, on ne pouvait espérer mieux ! C’est pas moi qui le dit…

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L’égalité, une grande cause…. dire des conneries aussi monumentales paraît impensable… mais si, c’est possible avec l’Ayrault « in » ! (bon, il est tard, bonne nuit les petits…)

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Un grand merci à Ray Choquell pour son blog politiquement incorrect qui regorge de montages souvent très réussis comme celui ci-dessus ! Allez lui rendre visite, histoire de décoincer les zygomatiques en ces temps troublés…

« La société est une hiérarchie. Tous les individus sont nobles et sacrés, tous les êtres (même les animaux)ont des droits, mais tous les êtres ne sont pas égaux, tous sont des membres d’un vaste corps, des parties d’un immense organisme qui accomplit un travail divin…

La vie humaine deviendrait impossible, si l’homme ne se donnait le droit de subordonner l’animal à ses besoins; elle ne serait guère plus possible, si l’on s’en tenait à cette conception abstraite qui fait envisager tous les hommes comme apportant en naissant un même droit à la fortune et aux rangs sociaux. »

Ernest Renan – La Monarchie constitutionnelle en France  – 1870 (p. 22 – Éditeurs Michel Lévy Frères)