La beauté nul hasard

« La beauté d’une race ou d’une famille aussi, sa grâce et sa qualité dans toutes ses manières de se comporter, s’acquiert à force de travail : elle est, comme le génie, le produit final du travail accumulé des générations.

Il faut avoir fait de grands sacrifices au bon goût, il faut avoir fait bien des choses, s’être abstenu de faire bien des choses par amour pour lui – le dix-septième siècle français est admirable à ces deux égards -, il faut en avoir fait un principe de choix quant à la société, au lieu, au vêtement, à la satisfaction sexuelle, il faut avoir préféré la beauté à l’avantage, à l’habitude, à l’opinion, à la paresse.

Ligne de conduite suprême : il ne faut jamais se laisser « aller » même à ses propres yeux. »

Friedrich Wilhelm NietzscheLe crépuscule des idoles (Éd. Flammarion, col. GF, Paris, p. 212) – 1888 [2005]

L’aristocratie, source de civilisation

« On peut dire que jusqu’aux approches de la Révolution française, la littérature en exercice est, en gros, une littérature de consentement.

À partir du moment où la société bourgeoise, issue de la révolution, est stabilisée, se développe au contraire une littérature de révolte.

Les valeurs officielles sont alors niées, chez nous pas exemple, soit par les porteurs de valeurs révolutionnaires, des romantiques à Rimbaud, soit par les mainteneurs de valeurs aristocratiques, dont Vigny et Balzac sont de bons exemples.

Dans les deux cas, peuple et aristocratie, qui sont les deux sources de toute civilisation, s’inscrivent contre la société factice de leurs temps. »

Albert CamusDiscours de Suède (Éd. Gallimard, coll. nrf, Paris, p. 38) – 1958

Aggiornamento des droits individuels

« C’est toute la sphère de la citoyenneté qui enregistre désormais l’aggiornamento consacrant la prépondérance des droits individuels sur les obligations collectives.

Quel civisme anime encore les citoyens quand seuls 5% des Européens déclarent être prêts à se sacrifier pour la liberté, 4% pour la justice et la paix ?

Qu’est devenue la morale républicaine quand les taux d’abstention électorale ressemblent à des raz de marée répétés, quand plus d’1 français sur 2 considère qu’il n’est pas grave de ne pas voter, quand seul moins d’1 français sur 3 définit le bon citoyen comme étant celui qui paie des impôts sans frauder le fisc ?

Les idéaux de bien-être, la décrédibilisation des grands systèmes de sens, l’extension des désirs et droits à l’autonomie subjective ont vidé de leur substance les devoirs civiques comme ils ont déprécié les impératifs catégoriques de la morale individuelle et interindividuelle; en lieu et place de la morale du civisme, nous avons le culte de la sphère privée et l’indifférence envers la chose publique, le « tout-argent » et la « démocratisation » de la corruption. »

Gilles LipovetskyLe crépuscule du devoir, l’éthique indolore des nouveaux temps modernes (Éd. Gallimard, coll. nrf essais, p. 208 et 209)  – 1992

Force à la loi pour détruire notre monde

« Notre temps se protège à merveille du danger qu’il y aurait pour lui à voir arpenter par quelques esprits nourris de cette forme suprême de sens critique qu’est le don de pitrerie, ce territoire du concret qu’il pense avoir définitivement enseveli sous le catéchisme du Bien.

Ce Bien lui-même, tandis qu’il opère ses ravages (le plus souvent sous les auspices d' »avancées législatives » plus délectables les unes que les autres), doit passer pour allant de soi.

Nul ne doit être à même de se demander qui sont ceux et celles qui oeuvrent sans se lasser à produire de telles merveilles; et nul ne doit non plus se demander d’où leur vient qu’ils ne se lassent jamais de telles entreprises.

Toute la démolition de ce qui reste du monde glisse ainsi, jour après jour, comme une lettre à la poste; et de considérables métamorphoses échappent de cette manière au libre examen.

Mais ce sont d’abord les agents de ces métamorphoses qui sont préservés de tomber sous la « juridiction de la comédie » dont parlait Balzac et qui est la meilleure définition de toute entreprise littéraire digne de ce nom. »

Philippe MurayExorcismes spirituels III (Éd. Les Belles Lettres,essais, Paris, p.217- – 2002

La diversité, sa délicatesse, sa courtoisie…

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Ce dessin me rappelle bien entendu cette vieille vidéo qui tourne depuis mai 2010 (mais il y en a eu d’autres sur l’enrichissante diversité des zones d’éducation prioritaire, bien évidemment !) concernant une occidentale se faisant gentiment accostée par un « français » d’origine africaine. On ressent bien l’héritage de l’amour courtois occidental…

Uomo fascista

« […] nous avons pu voir ainsi, depuis vingt ans, naître un type humain nouveau, aussi différencié, aussi surprenant que le héros cartésien, que l’âme sensible et encyclopédiste du dix-huitième siècle, que le « patriote » jacobin, nous avons vu naître l’homme fasciste.

Peut-être, en effet, comme la science distingue l’homo faber et l’homo sapiens, peut-être, faudrait-il offrir aux classificateurs et aux amateurs de petites étiquettes cet uomo fascista né en Italie sans doute, mais qui peut réclamer, lui aussi, la désignation universelle de l’entomologie latine. »

Robert Brasillach –  Notre avant-guerre (Éd. Plon, Paris, p. 235) – 1941