Ennemi invisible

« Le renoncement a produit ses effets, ce qui est perdu est perdu, et ce qui surtout est produit, c’est la gêne et la tristesse de l’incommensurable et de l’obscur.

L’homme est libre, dit-on. Mais on lui a ôté l’air. Libre de croire ce qu’il veut, mais on a attaqué en lui la faculté de croire, on le livre déconcerté aux suggestion de l’imprimé. Libre de faire ce qu’il veut, mais cette liberté-là, de la manière dont l’évènement l’a tournée, se ramène de plus en plus à l’obligation, effective sinon juridique, d’exécuter des ordres matériels.

Il y a beau temps que l’artisan a perdu l’usage de l’outil, qu’on l’a rangé devant les rouages de l’usine, qu’on a fait celui un ouvrier.

Et voici qu’aujourd’hui l’ouvrier n’est plus maître du travail de ses doigts : un chronométreur les calcule pour lui, et les corrige.

[…] Et que d’autres maîtres encore : à côté de la Science, il y a la Finance, qui joue elle aussi dans les abstractions, et dans ce jeu trouve des forces immenses, asservissantes pour tous, pour l’industriel, pour le bourgeois comme pour l’ouvrier.

L’homme qui avait espéré d’être libre, se trouve dépossédé.

L’émancipation est manquée, toutes les classes de l’ancienne humanité tombent ensemble, prises aux rets d’un vainqueur invisible. »

Daniel HalévyDécadence de la Liberté (Éd. Bernard Grasset, Les Écrits, p.232 et 233) – 1931

Pauvre Anatole !

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Dans sa 67e chroniquedu 18 juin 2016 sur son site, Richard Millet revient sur l’épisode de la polémique du baccalauréat de français de cette année 2016 que rapporte Le Figaro.fr du 17 juin 2016, ironie du sort, par l’intermédiaire de Mohammed Aïssaoui.

On apprend dans l’article que les réseaux sociaux – c’est dire le niveau des interventions ! – se sont déchaînés à propos de la présence de ce prix Signature_Anatole_FranceNobel de littérature à l’épreuve de français.

« Extraits: «Mais tu es qui toi, Anatole France, pour venir t’incruster au bac?» «Anatole France je croyais c’était un arrêt de tram moi, qu’est-ce que c’est, un écrivain?» «Anatole France jsavais même pas si c’était un homme ou une femme déjà.» Dépassé, ringard, inconnu, sont les adjectifs qui reviennent le plus. »

Quelle misère intellectuelle et culturelle !

Voici ce qu’en pense Richard Millet :

« Pauvre France !

Il paraît que la gent lycéenne, non contente d’être sur-notée pour maintenir élevé le « taux de Richard_Millet_160x192réussite » de la « cuvée » annuelle du baccalauréat, a véhémentement protesté, sur les réseaux sociaux, contre la présence d’Anatole France à l’épreuve de français des sections S et ES. Protestations qui relèvent tout à la fois de l’inculture propre à l’Education nationale (mes filles ont ainsi dû subir les écrits post-littéraires de Marc Dugain, Philippe Claudel, Mathias Enard, que je leur ai montré comment faire semblant d’avoir lus, puisque la littérature est déjà évacuée – le reste participant du grand mensonge culturel), et d’une haine immédiate contre un inconnu (une sorte d’« étranger », donc) qu’un zombie twitteur qualifie d’« arrêt de tram » et à qui un autre imbécile demande, le tutoyant, qui est Anatole France pour « oser » s’inviter au baccalauréat…
On peut se demander si ce pauvre France ne paie pas ici non seulement l’ignorance qu’il révèle à ces prétendants au diplôme, mais aussi son pseudonyme : que le vieil Anatole Thibault leur soit inconnu et qu’il ait, quelle horreur ! choisi de s’appeler France, c’est évidemment intolérable à des néo-Français moins aptes à lire un texte, quel qu’il soit, qu’à brailler contre la loi El Khomry et, avec la bénédiction du gauchisme culturel, à exécrer cette France qui les accueille ou leur a, hélas, donné une nationalité automatique. Et pourtant, Anatole France devrait les séduire : dreyfusard, socialiste, voltairien, prix Nobel de littérature, doté d’un style simple, il est bien plus aisé à lire que le sinistre Le Clézio ou qu’Anus Ernie, par exemple : au moins France savait-il, lui, le français.
Est-il encore lisible, cet écrivain dont la gloire fut telle, raconte Lévi-Strauss, dans Tristes Tropiques, qu’il était impossible de décliner sa qualité de français sans s’entendre, même au cœur de l’Amazonie, féliciter d’être un concitoyen d’ « Anatole » ? On se doute que je ne saurais guère l’aimer, sauf peut-être pour les quatre volumes de l’Histoire contemporaine et surtout pour Les Dieux ont soif, où France dénonce les excès de la Révolution française sous la Terreur, encore qu’il oublie que cette révolution bourgeoise fut tout entière terreur, et un crime contre l’humanité, pour parler le langage d’aujourd’hui. Et ce n’est pas ce vieil académicien « humaniste » que j’aurais mis au programme, moi, mais un passage du Dialogue des Carmélites, un extrait de la vie de Charlotte Corday, dans l’Histoire des Girondins, du Chevalier des Touches ou de La Chevalière de la mort. On imagine le tollé chez les ilotes et leurs soutiens gauchistes, Bernanos, Lamartine, Barbey d’Aurevilly et Bloy ne pouvant même pas être des arrêts de tram…
A l’heure où l’équipe de France compte plus de noms étrangers que français, tout comme l’équipe suisse, avec ses mercenaires bosniaques et africains, les Allemands, les Belges et les Néerlandais n’étant pas en reste, on ne s’étonnera pas que la présence d’un vieil écrivain typiquement français et portant le nom exécrable de France soit une insulte aux mutants de l’espace France. »

On ne peut mieux dire.

Sans oublier l’excellente chronique du 21 juin 2016 sur RTL d’Éric Zemmour toujours présent sur les ondes, heureusement !

Prosélytisme journalistique patent

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Au cours d’une de ses chroniques, Bruno Donet, journaliste sur France Inter qui livre dans l’émission  « l’Instant M » de Sonia Devillers ses « après-coups », est revenu ce lundi 27 juin 2016 sur le traitement plutôt déséquilibré de l’information concernant le Brexit.

Je n’en revenais pas !!! France Inter, la radio bobo par excellence, se met à être méchamment populiste, à dénoncer le matraquage idéologique médiatique !!!…

Je me suis pincé en écoutant cet extrait radiophonique !

En s’appuyant sur un florilège du vocabulaire utilisé sur TF1, France 2 et France 3 pour traiter du Brexit, Bruno Donet explique qu’il a été très étonné par le prosélytisme journalistique à propos du référendum britannique.

Pour la réacosphère, rien de surprenant à ce constat affligeant sur la propagande médiatique ! Nous la dénonçons depuis des années en passant à chaque fois pour des complotistes rétrogrades !

Finalement, le Brexit a servi de révélateur à un problème évident des médias français : le prosélytisme.

Bruno Donet en conclue (dès 2:24) que « contrairement à ceux qui les écoutent, à la population qui extrêmement partagée sur la question européenne […], ceux qui fabriquent (déjà, l’utilisation de ce terme « fabriquer » n’est pas anodin, il est lui aussi révélateur de ce monde du spectacle) l’information, les journalistes dont je suis, sont très majoritairement pro-européen, ce que je suis également.

Ce faisant, ils sont esclaves de leurs émotions, de leurs états d’âmes et c’est ainsi qu’ils véhiculent à grande longueur d’antenne un discours de plus en plus éloigné de ce que pense au moins la moitié, peut-être plus, de ceux qui les écoutent.

Ça pose donc un problème, celui de la représentativité de ceux qui transmettent l’information à un auditoire auquel ils ressemblent de moins en moins. »

Effectivement, il y a une fracture entre le peuple et les médias comme elle existe aussi avec les politiques qui ne sont plus considérés comme légitimes et représentatifs eux aussi.

Il termine sur cette réflexion : « à l’heure où on se questionne de plus en plus sur le divorce ente le public et les médias, il y a dans la question européenne et la couverture du Brexit une incongruité, un décalage sur lequel il est probablement nécessaire de s’interroger urgemment. »

J’allais dire, mieux vaut tard que jamais !

Les zélites quelles soient politiques ou médiatiques ont toujours plusieurs trains de retard sur le peuple qu’elles sont censées représenter. Elles sont véritablement isolées du reste de la population comme nous l’expliquera dans un prochain billet Éléonore de Vulpillières avec son article du 28 juin 2016 dans Le Figaro (je mets le lien pour les  impatients…).

Désenchantement momentané

Le média russe RT du 24 juin 2016 nous apprend que la plus jeune députée de l’histoire de la Ve Raie publique, la charmante Marion Maréchal-Le Pen demande à dissoudre son mariage avec Matthieu Décosse.

Bien que n’étant pas encarté à ce parti dont plusieurs représentants m’agacent fortement, je suis vraiment désappointé d’apprendre cette nouvelle concernant MMLP pour deux raisons : la première, parce que la petite Olympe, sa fille qui n’a pas encore 2 ans, va grandir dans une famille décomposée, ce qui est malheureusement une habitude chez les Le Pen, et la seconde, parce que cette mésaventure va donner du grain à moudre à tous les gauchistes,vertu  décadents et autres demeurés qui peuplent notre terre de France.

article RT Marion Maréchal-Le Pen 24-06-2016

Finalement, elle a suivi les « valeurs de SA famille » plutôt que les « valeurs de LA famille » qu’elle défend bec et ongles, sûrement par volonté de faire le ménage dans sa vie (voir ci-après), et, bien entendu, tous les guignols de service vont s’engouffrer dans cette brèche si ce n’est déjà fait.

Je ne dirai pas que c’est de bonne guerre car les tweets et messages édités pour fustiger cette entorse aux valeurs traditionnelles sont juste idiots et mesquins.

Bien entendu qu’il est regrettable que la jolie Marion ne soit pas exemplaire à tous les niveaux et notamment au niveau de la cellule familiale mais, lui reprocher de défendre les valeurs de la famille alors qu’elle n’a pas su préserver la sienne, c’est aussi imbécile que si l’on reprochait à tous les riches socialistes (Fabius, Cahuzac, Touraine, Delaunay ont payé l’ISF en 2011 selon LeFigaro.fr du 7 juin 2012) de défendre ceux qui n’ont pas autant de ressources !

On peut vouloir que la société atteigne un certain niveau de moralité même si soi-même, on observe quelques difficultés à l’atteindre.

C’est en fait faire preuve d’ambition et le chemin de l’excellence est toujours parsemé d’épreuves, d’embûches et d’échecs. En réalité, les surmonter est le plus important, rectifier le tir en visant le plus possible la vertu et la sagesse est prioritaire.

C’est sûrement ce qu’elle a tenté de faire à mon avis : viser la cohérence dans sa vie personnelle, en prenant cette décision lourde de conséquences vu sa position et son engagement politique.montage Matthieu Décosse nuits parisiennes

En effet, lorsque l’on recherche quelques informations sur son futur ex-mari, on apprend qu’il travaille dans le milieu festif et décadent des nuits et spectacles parisiens avec la société Ça c’est Paris, au contact de personnages à la vie dissolue comme l’inverti Michou ou la dévergondée Amanda Lear, et qu’il entretient des liens avec la franc-maçonnerie chrétienne puisque le 8 décembre 2010, il se voyait décerner une médaille d’argent avec palme par la Ligue Universelle du Bien Public (copie d’écran de leur blog ci-dessous).

Ligue Universelle Matthieu Décosse 2011

Décadence des nuits parisiennes et franc-maçonnerie ne sont pas vraiment compatibles avec les discours traditionalistes et de droite de Marion Maréchal-Le Pen… ceci expliquant peut-être cela…

Pour ma part, je reste convaincu que ce sont des hommes et des femmes comme Marion qu’il faut à la France pour lui redonner une dynamique et une identité malmenée voire en perdition.

Son discours identitaire basé sur des valeurs traditionnelles me convient assez, notamment sur la famille (position qui a le mérite d’être claire et nette pas comme celle du FN et de sa tante), thème abordé dans le Valeurs Actuelles du 3 juin 2014 avec l’article « La famille biologique sacrifiée ».

Elle y explique entre autres : « Après le passage au forceps de la loi sur le mariage et l’adoption pour les homosexuels, la majorité socialiste achève son entreprise de destruction de la famille traditionnelle avec une nouvelle réforme du droit de la famille, reportée sine die mais qui ne tardera pas, les ténors socialistes l’ont promis, à revenir par la petite porte. […]

C’est donc en catimini que le gouvernement bouleverse le code civil en consacrant l’instauration de la famille sociale et multiparentale au détriment de la famille biologique. […]

Ce texte est imprécis et ambigu juridiquement sur de nombreux points et ne manquera pas de grossir le contentieux de la famille. Ne soyons pas dupes, cette réforme est également une façon de préparer la reconnaissance de la présomption de parenté pour le conjoint de même sexe et, demain, celle de la PMA et de la GPA, dans ce monde socialiste idyllique où, des gamètes aux utérus, de la parenté à l’éducation, tout se loue, se vend et se partage… au détriment du grand oublié qu’est l’enfant. »

Juste pour ce combat là, tant pis si Marion Maréchal-Le Pen ne répond plus au critère de la famille traditionnelle, au moins elle a la volonté et le courage de la défendre !

Le réveil des peuples est en train de se faire, peu importe le degré de pureté de chacun, l’essentiel étant les objectifs vertueux communs que l’on s’est fixé d’atteindre !

montage Je suis la France

Mise au point fasciste

« La persécution systématique des juifs a été une erreur d’Hitler, car elle est une mesure située hors du contrat fasciste.

Il y a des sans-parti dans un régime fasciste, comme il y a des spectateurs sur le parcours d’un défilé.

S’ils se tiennent tranquilles, pourquoi les ennuyer ? »

Maurice BardècheQu’est-ce que le fascisme ? (Éd. Les Sept couleurs, Paris, p.44) – 1962