Responsabilité occidentale ?

« Je comprends qu’on déclare la guerre à l’Occident, lequel n’est plus une civilisation mais une idéalisation cynique de la démocratie, c’est-à-dire le contraire de toute vie spirituelle, de toute mémoire féconde : une puissance mortifère. ».

Richard MilletL’Opprobre, essai de démonologie (Éd. Gallimard, NRF, p. 52) – 2008

Unité chrétienne d’Occident

« Pas de féodalité, en Europe ou ailleurs, sans la décomposition préalable d’un vaste corps politique. Dans le cas présent, ce corps politique, c’est le vaste Empire carolingien, cette première « Europe » dont le nom même s’est affirmé alors (Europa, vel regnum Caroli), pour disparaître avec le grand empereur qu’un poète de sa Cour saluait comme le pater Europae.

[…] Cependant, la féodalité, c’est autre chose encore : une société fondée sur les relations d’homme à homme, sur une chaîne de dépendances; une économie où la terre n’est pas le seul mais le plus fréquent moyen de payer des services.

[…] À cette pyramide sociale, avec ses obligations, ses règles, ses fidélités, à cette mobilisation de forces, l’Occident a dû survivre, de sauvegarder le vieil héritage chrétien et romain auquel il va mêler idées, vertus et idéologies du régime seigneurial (sa civilisation propre).

Pratiquement, l’Europe qui alors a oublié son nom même d’Europe, se constitue comme un monde cloisonné, où seule compte la petite région, l’étroite patrie.

[…] L’intéressant, c’est que s’établit malgré tout, malgré le cloisonnement politique, une convergence évidente de civilisation, de culture. le voyageur sur le chemin de tel pèlerinage (celui de Saint-Jacques-de-Compostelle par exemple) ou en déplacements d’affaires, se sent chez lui, aussi bien à Lubeck qu’à Paris, à Londres qu’à Bruges, à Cologne qu’à Burgos, Milan ou Venise. Les valeurs morales, religieuses, culturelles, les règles de guerre, de l’amour, de la vie, de la mort sont partout les mêmes, d’un fief à l’autre, quels que soient leurs querelles, leurs révoltes ou leurs conflits.

C’est pourquoi il y a vraiment une Chrétienté une (March Bloch) et ce qu’on peut appeler une civilisation de la chevalerie, du troubadour et du trouvère, de l’amour courtois.

Les croisades disent cette unité, puisqu’elles s’affirment comme des mouvements d’ensemble, des aventures, des passions collectives, communes à ces innombrables petites patries. »

Fernand BraudelGrammaire des Civilisations (Champs histoire, Éd. Flammarion, Paris, p.428 à 430) – 1993 [1963 dans Le Monde actuel, histoire et civilisations, librairie Eugène Belin]

Hanoho et Platon

montage Platon Aristote

(Platon à droite et Aristote à gauche, peinture École d’Athènes de Raphaël – 1509)

La lecture des textes antiques, en plus de vous procurer les mêmes curieuses sensations de profondes familiarités que celles ressenties en présence de vieilles photos poussiéreuses, légèrement jaunies, de vos ascendants sorties par hasard d’une ancestrale boite à chaussureunic_chaussures_p..._650x650-15229e8 (image sans rapport avec le billet mais je l’aime bien, voilà !), vous fait prendre conscience à la fois des fantastiques capacités de prémonition de leurs auteurs quant aux époques modernoeuds (Goux copyright) et des incroyables bonds en arrière que nous réalisons quant à la Morale qu’ils avaient mise en place, fruit de réflexions séculaires.

J’avais déjà publié au mois de décembre dernier une citation de Sénèque qui est, pour moi, une référence morale et qui représente idéalement cette période philosophique en quête de vertu.

Mais c’est en flânant du côté de chez Hanoho que m’est venu l’envie de faire un peu de réclame pour ces auteurs de l’Antiquité et de laisser tomber temporairement « Douleurs du monde » de Schopenhauer pour jeter un oeil sur le « Politique » de Platon qu’il nous conseille vivement, ainsi que « Éthique de Nicomaque » d’Aristote.

Hanoho nous explique que « dans cette ambiance délétère, il est toujours intéressant de se souvenir de ce que pensaient les philosophes antiques, et quel était le consensus au sein des civilisations passées car, comme le dit l’adage, pour comprendre le présent et le futur, il faut apprendre le passé. Voici donc quelques citations qui proviennent du Politique de Platon et qui, étrangement, résonnent en moi comme un rappel de ce que j’ai pu lire dans certains livres interdits. »

Le reste est à découvrir ici.

Au détour d’un commentaire lié à son billet, j’ai aussi été interpellé sur une des explications, parmi beaucoup d’autres, des moyens mis en oeuvre pour que notre civilisation se suicide à petit feu : l’abandon progressif de l’apprentissage des langues dites mortes, langues fondatrices de notre civilisation.

« Je mets ici un extrait de « Greece & Rome » publié aux Cambridge University Press et traduit par mes soins:

« Les années 1950 représentent la dernière décennie complète du XXe siècle dans le lequel l’enseignement du latin dans les écoles secondaires a été dominée par les exigences universitaires. En 1960, les universités d’Oxford et de Cambridge ont cesser de réclamer un certificat de niveau élémentaire en Latin comme qualification d’entrée pour les étudiants de premier cycle. Cela eut des conséquences profondes et de grande portée pour l’enseignement du latin et des œuvres classiques dans les écoles. »

Sachant que le latin fut la langue européenne par essence du monde érudit et aussi celle de l’église catholique, la guerre qui fut menée contre cette langue et les oeuvres classiques par une certaine oligarchie internationaliste et anti-chrétienté donne un tableau d’ensemble plutôt cohérent. »

Mise en lumière intéressante.

Pour finir, je vous laisse avec cette citation tellement d’actualité tirée de l’oeuvre de Platon : « le gouvernement de la multitude [démocratie] est débile en tout et sans grande puissance non plus, ni pour le bien, ni pour le mal, si on le compare aux autres, parce que dans ce gouvernement l’autorité est émietté entre un grand nombre d’individu. »

Puisqu’on vous le dit ! c’est la fin !

« …Et pour ce qui est des nanas
J’ai même plus le courage de draguer
Quand je les emmène au cinéma
Je m’endors aux actualités
Faut dire que maintenant les starlettes
Ca devient micheton à dégommer
Quand elles cartonnent pas MLF
Elles vous allongent au karaté
Au karaté… »

Hubert-Félix Thiéfaine – La fin du Saint-Empire Romain-Germanique – 1978 (Tout corps vivant branché sur le secteur étant appelé à s’émouvoir)