Les faux fascismes et le vrai…

 » Il naîtra de faux fascismes. Car la démocratie est fourbue. Dans son agonie, elle aura des sueurs et des cauchemars : et ces cauchemars seront des tyrannies brutales, hargneuses, désordonnées.

Il y aura des fascismes de l’antifascisme. Il y aura des « dictateurs de la gauche ». Et nous verrons s’élever au nom de la défense des républiques, des régimes qui auront pour maxime de refuser la liberté aux « ennemis de la liberté ». Nous le savons. Et c’est pourquoi nous savons aussi que c’est mensonge et vanité de définir le fascisme par des caractères extérieurs.

La suppression de la liberté, les arrestations arbitraires, les camps de concentration, la torture qu’on prétend rejeter sur le fascisme, sont tout aussi bien et tout aussi souvent le propre des régimes dirigés contre le « danger fasciste ».

Tous les caractères extérieurs par lesquels les adversaires du fascisme le définissent, ils se retrouvent ou peuvent se retrouver dans les régimes antifascistes : c’est qu’ils ne définissent pas le fascisme qui, finalement, est une manière de réagir, un tempérament, une manière d’être, incarnée dans un certain type d’hommes.

C’est ce type d’hommes, c’est cette attitude devant la vie qui, au fond, commandent toutes les réactions fascistes et les formes, diverses selon les peuples, que le fascisme a prises et prendra dans l’histoire. Là où ces hommes dirigent, là où leur esprit inspire l’action de pouvoir, il y a un régime fasciste.

Au contraire, lorsqu’ ils sont persécutés ou combattus, quoi qu’on vous dise et quelque bruit que fasse la trique en tournoyant, reconnaissez les signes de la décomposition, de la décadence et le règne de l’or et des pharaons de l’étranger.

Voulez vous reconnaître à coup sûr et instantané le faux fascisme ?

Vous le reconnaîtrez à ces signes : il emprisonne au nom des droits de la personne humaine et il prêche le progrès, mais il respecte les milliards et les banques sont avec lui. Ne cherchez pas plus loin. Vous verrez quelques mois plus tard le faux fascisme faire la chasse au courage, à l’énergie, à la propreté.

Il vous dévoilera ainsi son vrai visage. Il a besoin d’esclaves assez abrutis pour ne pas trop sentir leur collier.  »

Maurice BardècheQu’est-ce que le fascisme ? (Éd. Les Sept couleurs, Paris) – 1961

Erreur de jugement moderne

« Il est vrai que certains esprits ont une fâcheuse tendance à réserver le privilège de l’effort, de l’intelligence et de l’imagination aux découvertes récentes, tandis que celles qui ont été accomplies par l’humanité dans sa période « barbare » seraient le fait du hasard, et qu’elle n’y aurait, somme toute, que peu de mérite.

Cette aberration nous paraît si grave et si répandue, et elle est si profondément de nature à empêcher de prendre une vue exacte du rapport entre les cultures que nous croyons indispensable de la dissiper complètement. »

Claude Lévi-StraussRace et histoire (Éd. Gallimard, coll. Folio Essais, p. 56) – 1952 [1989]

Génération courage

« Chaque génération sans doute, se croit vouée à refaire le monde.

La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas.

Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. »

Albert CamusDiscours de Suède (Éd. Gallimard, nrf, Paris, p. 17) – 1958

La loi contre l’honneur

« Dans la fourmilière, nul n’a d’honneur.

Il y a seulement des règles de fonctionnement. Des lois.

Moins la morale est l’affaire de chacun, et plus se multiplient les lois. Je dirai que le nombre de lois est inversement proportionnel au sentiment de l’honneur de ceux qui les subissent. Et la paix tue l’honneur qui, comme toute vertu, se meurt si elle n’est pas, de temps en temps, éprouvée à l’extrême.

Oui, toute vertu a besoin, par spasmes, de son exaltation. »

Jean CauLes écuries de l’Occident, Traité de morale (Éd. La Table ronde, p. 61) – 1973

Expansion mondiale du moche

« D’où vient le mauvais goût ? Pourquoi y a–t-il du lino plutôt que rien ? Comment le kitch  s’est-il emparé du monde ?

La ruée des peuples vers le laid fut le principal phénomène de la mondialisation.

Pour s’en convaincre, il suffit de circuler dans une ville chinoise, d’observer les nouveaux codes de décoration de La Poste française ou la tenue des touristes.

Le mauvais gout est le dénominateur commun de l’humanité. »

Sylvain TessonDans les forêts de Sibérie (Éd. Gallimard, nrf, p.30) – 2011

Monde moderne prostitutionnel

« Le monde moderne n’est pas universellement prostitutionnel par luxure. Il en est bien incapable. Il est universellement prostitutionnel parce qu’il est universellement interchangeable.

Il ne s’est pas procuré de la bassesse et de la turpitude avec son argent. Mais parce qu’il avait tout réduit en argent, il s’est trouvé que tout était bassesse et turpitude.

Je parlerai un langage grossier. Je dirai : Pour la première fois dans l’histoire du monde l’argent est le maître du curé comme il est le maître du philosophe. Il est le maître du pasteur comme il est le maître du rabbin. Et il est le maître du poète comme il est le maître du statuaire et du peintre.

Le monde moderne a créé une situation nouvelle, nova ab integro. L’argent est le maître de l’homme d’Etat comme il est le maître de l’homme d’affaires. Et il est le maître du magistrat comme il est le maître du simple citoyen. Et il est le maître de l’Etat comme il est le maître de l’école. Et il est le maître du public comme il est le maître du privé.

Et il est le maître de la justice plus profondément qu’il n’était le maître de l’iniquité. Et il est le maître de la vertu plus profondément qu’il n’était le maître du vice.

Il est le maître de la morale plus profondément qu’il n’était le maître des immoralités.  »

Charles PéguyNote conjointe sur M. Descartes (Ed. Gallimard, nrf, 8e édition, pp. 291-292) – 1914 [1942]