Principe révolutionnaire

« Quand un homme désire avoir de l’argent et qu’il est courageux , actif et entreprenant, il travaille de toute sa force.

Quand il est avide et paresseux, il se déclare révolutionnaire. Il veut changer le sort de l’humanité, parce qu’il n’est pas capable de changer le sien. »

Abel Bonnard L’Argent ( Éd. Librairie Hachette, p.49) – 1928

Décomposition occidentale

« […] nous ne vivons pas aujourd’hui une krisis au vrai sens du terme, à savoir un moment de décision.

[…] Nous vivons une phase de décomposition.

Dans une crise il y a les éléments opposés qui se combattent- alors que ce qui caractérise précisément la société contemporaine est la disparition du conflit social et politique.

Les gens découvrent maintenant […] que l’opposition droite/gauche n’a plus aucun sens : les partis politiques officiels disent la même chose, Balladur fait aujourd’hui ce que Bérégovoy faisait hier.

[…] la décomposition se voit surtout dans la disparition des significations, l’évanescence presque complète des valeurs. Et celle-ci est, à terme, menaçante pour la survie du système lui-même.

Lorsque, comme c’est le cas dans toutes les sociétés occidentales, on proclame ouvertement (et ce sont les socialistes en France à qui revient la gloire de l’avoir fait comme la droite n’avait  pas osé le faire) que la seule valeur est l’argent, le profit, que l’idéal sublime de la vie sociale est l’enrichissez-vous, peut-on concevoir qu’une société peut continuer à fonctionner et à se reproduire sur cette unique base ? »

Cornelius CastoriadisLa montée de l’insignifiance (Éd. du Seuil, coll. Points Essais, p.106 et 107) – 1996

Procréation salvatrice pour l’Occident

« En Occident nous ne pouvons concevoir l’humain que dans cette dualité du temporel et du spirituel.

Tout l’édifice de notre prospérité mentale repose sur cette convention. Notre esprit est enraciné dans la matière et nous ne pouvons vivre que dans l’organisation savante des esprits animaux entreliés aux facultés de l’âme.

Cette loi édicte que l’homme aura la volonté de multiplier ou bien qu’il ne pourra se maintenir à l’étiage, mais que promptement il diminuera comme s’il y avait en lui la détermination de s’anéantir.

Cette loi est la promesse même faite à notre espèce, notre pacte d’alliance avec les forces du monde, la souche patriarcale de l’empire humain. »

Pierre Drieu La RochelleMesure de la France (Éd. Grasset, Les Cahiers Verts sous la direction de Daniel Halévy, 4610e exemplaire vergé bouffant, p.21 et 22) – 1922

La République, un système bien ficelé…

« Les gouvernements sont fort habiles. Ils agissent avec méthode, avec suite, sur un plan bien combiné et constamment perfectionné par la tradition et l’expérience. Ils étudient les hommes et leurs passions. S’ils reconnaissent, par exemple, qu’ils ont l’instinct de la guerre, ils attisent, ils excitent ce funeste penchant. Ils environnent la nation de dangers par l’action de la diplomatie, et tout naturellement ensuite, ils lui demandent des soldats, des marins, des arsenaux, des fortifications : souvent même ils n’ont que la peine de les laisser offrir ; alors ils ont des grades, des pensions et des places à distribuer. Pour cela, il faut beaucoup d’argent ; les impôts et les emprunts sont là.

Si la nation est généreuse, ils s’offrent à guérir tous les maux de l’humanité. Ils relèveront, disent-ils, le commerce, feront prospérer l’agriculture, développeront les fabriques, encourageront les lettres et les arts, extirperont la misère, etc., etc. Il ne s’agit que de créer des fonctions et payer des fonctionnaires.

En un mot, la tactique consiste à présenter comme services effectifs ce qui n’est qu’entraves ; alors la nation paie non pour être servie, mais desservie. Les gouvernements, prenant des proportions gigantesques, finissent par absorber la moitié de tous les revenus. Et le peuple s’étonne de travailler autant, d’entendre annoncer des inventions merveilleuses qui doivent multiplier à l’infini les produits et… d’être toujours Gros-Jean comme devant.

C’est que, pendant que le gouvernement déploie tant d’habileté, le peuple n’en montre guère. Ainsi, appelé à choisir ses chargés de pouvoirs, ceux qui doivent déterminer la sphère et la rémunération de l’action gouvernementale, qui choisit-il ? Les agents du gouvernement. Il charge le pouvoir exécutif de fixer lui-même la limite de son activité et de ses exigences. Il fait comme le Bourgeois gentilhomme, qui, pour le choix et le nombre de ses habits, s’en remet… à son tailleur. »

Frédéric BastiatSophismes économiques (Éd. Guillaumin & Cie, tome IV) – 1848 [1873]