Totalitarisme progressiste

« La vérité est qu’il existe deux formes distinctes de totalitarisme, très différentes dans leur nature et dans leurs effets, mais l’une et l’autre redoutables.

La première à l’Est, emprisonne, persécute, meurtrit les corps : au moins laisse-t-elle intacte l’espérance.

L’autre, à l’Ouest, aboutit à créer des robots heureux. Elle climatise l’enfer. Elle tue les âmes. »

Alain de Benoistpropos au XVe colloque du GRECE à Versailles – 1981

Émancipation fatale

« …on voit la femme s’émanciper : prendre, comme dit la Bible, le vêtement de l’homme, affecter les formes, le langage, les allures de la virilité, et aspirer à en exercer les fonctions.

Partout et dans tous les temps, on rencontre de ces créatures excentriques, ridicules dans leur sexe, et insupportables au nôtre : elles sont de plusieurs espèces.

Chez les unes, ce chic masculin est l’effet du tempérament et d’une grande vigueur corporelle : on les appelle des viragos. Ce sont les moins à craindre; elles ne sont pas prosélytes, et il suffit de la critique des autres femmes pour les ramener à l’ordre.

Chez d’autres, la tendance à l’émancipation procède d’un travers d’esprit, ou de la profession qu’elles exercent, ou bien enfin du libertinage. Celles-ci sont les pires : il  n’y pas de forfait auquel l’émancipation ne les puisse mener.

À certaines époques, l’esprit de secte s’en mêle; la défaillance des moeurs publiques vient compliquer le mal : la lâcheté des hommes se fait l’auxiliaire de l’audace des femmes; et nous voyons apparaître ces théories d’affranchissement et de promiscuité, dont le dernier mot est la PORNOCRATIE.

Alors c’est fini de la société. »

Pierre-Joseph ProudhonLa pornocratie ou les femmes dans les temps modernes (Éd. A. Lacroix et Cie, Librairie internationale, chapitre IV Physiologie de la femme émancipée, p. 68 et 69)– 1875

L’état thérapeutique

« La démocratie pluraliste devait aboutir à la formation, dans la culture, d’un modèle de la personnalité démocratique, à situer en contraste avec ce que l’École de Francfort nommait la personnalité autoritaire, ce qui veut dire qu’à travers sa mutation thérapeutique, l’État diversitaire entend faire naître un nouveau type d’homme.

La démocratie ne sera véritablement légitime que lorsqu’elle aura accouché d’un nouveau peuple qui lui, sera digne d’exercer la souveraineté, car il sera purgé de l’identité du peuple ancien.

En fait, la société, devenue laboratoire de l’utopie, est absolument absorbée par l’État, qui a travers son dispositif technocratique et juridique en vient à s’emparer de tous les processus de socialisation.

L’État diversitaire renoue ainsi avec la fabrique de l’homme nouveau : il entend en fait fabriquer le type d’homme nécessaire à son projet politique.

Ce n’est pas le moindre paradoxe de la culture libertaire qui a pris forme avec les radical sixties qu’elle ne peut se diffuser qu’à travers une reconstruction autoritaire de la société. »

Mathieu Bock-CôtéLe multiculturalisme comme religion politique (Éd. du Cerf, Paris, p. 220) – 2016

L’erreur du vivre-ensemble…

« Dès que les animaux n’ont p lus besoin d’avoir peur les uns des autres, ils tombent dans l’hébétude et prennent cet air accablé qu’on leur voit dans les jardins zoologiques.

Les individus et les peuples offriraient le même spectacle, si un jour ils arrivaient à vivre en harmonie, à ne plus trembler ouvertement ou en cachette. »

Emil Michel CioranDe l’inconvénient d’être né (Éd. Gallimard, nrf essais, p. 160) – 1973 [1990]

Bartolone, Hidalgo,… lisez Pound !

« Il est très difficile de faire comprendre aux gens cette indignation impersonnelle qui vous prend à l’idée du déclin de la littérature, de ce que cela implique et de ce que cela produit en fin de compte.

Il est à peu près impossible d’exprimer, à quelque degré que ce soit, cette indignation, sans qu’aussitôt l’on vous traite « d’aigri » ou de quelque autre chose du même genre.

Néanmoins « l’homme d’état ne peut gouverner, le savant ne peut communiquer ses découvertes, les hommes ne peuvent se mettre d’accord sur ce qu’il convient de faire, sans le langage » et toutes leurs actions, toutes les conditions de leur vie sont affectées par les défauts ou les qualités  de leur langue. »

Ezra PoundA.B.C. de la lecture (Éd. de L’Herne,  p. 35) – 1966

Égalité à toutes les sauces

« La république est alors un régime d’homogénéité entre les institutions de l’État et les moeurs de la société.

La tradition républicaine, en ce sens, ne remonte ni à Rousseau ni à Machiavel. Elle remonte proprement à la politeia platonicienne. Or celle-ci n’est pas le règne de l’égalité par la loi, de l’égalité « arithmétique » entre unités équivalentes.

Elle est le règne de l’égalité géométrique qui met ceux qui valent plus au-dessus de ceux qui valent moins.

Son principe n’est pas la loi écrite et semblable pour tous, mais l’éducation qui dote chacun et chaque classe de la vertu propre à sa place et sa fonction. »

Jacques RancièreLa haine de la démocratie (Éd. La fabrique, Paris, diffusé par Les Bellles Lettres, p.71) – 2005

Institution émotionnelle et flexible

« Loin d’être une fin en soi, la famille est devenue une prothèse individualiste, une institution où les droits et désirs subjectifs l’emportent sur les obligations catégoriques.

Longtemps les valeurs d’autonomie individuelle ont été assujetties à l’ordre de l’institution familiale. Cette époque est révolue : la puissance décuplée des droits individualistes a dévalorisé tant l’obligation morale du mariage que celle de procréer en grand nombre. Les parents se reconnaissent certes des devoirs envers leurs enfants : pas au point toutefois de rester unis tout leur vie et de sacrifier leur existence personnelle.

Telle est la famille postmoraliste que l’on construit et reconstruit librement le temps que l’on veut, comme l’on veut.

On ne respecte plus la famille en soi, mais la famille comme instrument d’accomplissement des personnes, l’institution « obligatoire » s’est métamorphosée en institution émotionnelle et flexible. »

Gilles LipovetskyLe crépuscule du devoir, l’éthique indolore des nouveaux temps démocratiques (Éd. Gallimard, nrf essais, Paris, p.167) – 1992

Assistanat thérapeutique

« Dans un monde où l’énergie de la scène publique, l’énergie du social comme mythe et comme illusion (dont l’intensité est maximale dans les utopies) est en voie de disparition, le social se fait monstrueux et obèse, il se dilate à la dimension d’une niche, d’un corps mammaire, cellulaire, glandulaire, qui jadis, s’illustrait dans ses héros, et aujourd’hui s’indexe sur ses handicapés, ses tarés, ses dégénérés, ses débiles, ses asociaux, dans un gigantesque entreprise de maternage thérapeutique. »

Jean BaudrillardLes stratégies fatales (Éd. Grasset et Fasquelle, coll. Figures, Paris, p. 79) – 1983

Comicus miserabilis

« Il fut un temps où l’esprit caustique se payait d’inconfort, de marginalité, voire d’exclusion. Lorsque Léon Bloy incendiait les tièdes, attendait « les cosaques et le saint Esprit », c’était du fond d’un clapier mal chauffé, le ventre souvent vide et les tripes à vif. La passe d’armes avait des enjeux cosmiques, il s’agissait de briser la « conspiration du silence », de faire valoir les droits du sacré.

L’animalcule gondolant, celui qui aujourd’hui prospère, est du genre dérisoire.

Il fait son trou dans le conformisme et l’assurance tous risques. Il cherche à réussir, à se faire une place au soleil médiatique. Il veut un emploi et des prestations sociales garanties. Il discute le contrat, c’est son bout de gras, il fréquente le monde et le fait savoir.

« Ni rire ni pleurer, mais comprendre », disait Spinoza. Notre propos est motivé par l’agacement de voir parader sans vergogne une cohorte de bouffons que leur petit talent destinait plutôt à l’animation de noces et banquets, mais devenus par une sorte de déficit culturel, ou « critique », les impertinents du moment, les nouveaux maîtres-penseurs. »

François L’YvonnetHomo comicus ou l’intégrisme de la rigolade (Éd. Mille et une nuits, p.22 et 23) – 2012