Liberté réelle contre individualisme et minorités

« L’homme, dans sa dualité essentielle, est libre non pas lorsqu’il libère ses instincts, mais lorsque, par un effort sur lui-même, il tend vers plus d’humanité. […]

Dès lors, gouverner c’est contraindre, conduire les hommes collectivement dans des voies et vers des objectifs qui ne leur sont ni naturels, ni clairement perceptibles, ni conformes à leurs aspirations immédiates.

Le gouvernement, c’est donc bien la répression au sens où l’entend Freud […]. Et l’existence d’un État de droit, seul susceptible de garantir la liberté concrètement, suppose qu’au nom de l’ordre l’on pose une limite à la prolifération des droits subjectifs, qui mène à l’anomie. »

Jean-Philippe Vincent« Qu’est-ce que le conservatisme ? » (Éd. Les Belles Lettres, coll. Penseurs de la Liberté, Paris, p. 20) – 2016

Le triple verrouillage de la souveraineté populaire

« Au-dessus de la souveraineté populaire, les élites considèrent qu’il y a une rationalité supérieure dont elles estiment être dépositaires. Non contente de mettre en place des formes procédurales de détournement de la démocratie, la classe dirigeante s’est assurée que l’exercice même de cette post-démocratie serait vidé de toute substance par deux autres moyens.

Il y a d’abord le contrôle juridictionnel, le gouvernement des juges via le Conseil d’État et le Conseil constitutionnel – que Sarkozy a renforcé avec la question prioritaire de constitutionnalité (QPC). Or les juges ne procèdent d’aucune souveraineté populaire, ils ne sont pas élus, à la différence des États-Unis. C’est la loi au-dessus de la loi. Le contrôle juridictionnel est devenu l’un des outils de dénaturation de la démocratie au profit des classes dominantes. Si le peuple a exprimé un point de vue contraire à ce qu’on estime être l’État de droit, l’oligarchie est en situation de le réformer.

Autre détournement qui achève de verrouiller le système : l’invention du mandat social, pour reprendre la formule de Shmuel Trigano. Le mandat social – c’est-à-dire l’utilisation des minorités comme outil de contrôle de conformité idéologique – prime sur le mandat électoral. Ainsi les minorités agissantes se sont-elles arrogées une capacité illimitée à contester, à paralyser, voire à annihiler, grâce à de puissants relais des médias, toute mesure qui leur déplaît quand bien même serait-elle l’expression de la volonté majoritaire.

En résumé, un triple verrouillage a mis sous séquestre la souveraineté populaire : le verrou du système électoral, le verrou du contrôle juridictionnel, le verrou du contrôle moral. »

Patrick BuissonRevue Éléments, Novembre-Décembre 2016, n° 163, p. 10 – 2016

La République, un système bien ficelé…

« Les gouvernements sont fort habiles. Ils agissent avec méthode, avec suite, sur un plan bien combiné et constamment perfectionné par la tradition et l’expérience. Ils étudient les hommes et leurs passions. S’ils reconnaissent, par exemple, qu’ils ont l’instinct de la guerre, ils attisent, ils excitent ce funeste penchant. Ils environnent la nation de dangers par l’action de la diplomatie, et tout naturellement ensuite, ils lui demandent des soldats, des marins, des arsenaux, des fortifications : souvent même ils n’ont que la peine de les laisser offrir ; alors ils ont des grades, des pensions et des places à distribuer. Pour cela, il faut beaucoup d’argent ; les impôts et les emprunts sont là.

Si la nation est généreuse, ils s’offrent à guérir tous les maux de l’humanité. Ils relèveront, disent-ils, le commerce, feront prospérer l’agriculture, développeront les fabriques, encourageront les lettres et les arts, extirperont la misère, etc., etc. Il ne s’agit que de créer des fonctions et payer des fonctionnaires.

En un mot, la tactique consiste à présenter comme services effectifs ce qui n’est qu’entraves ; alors la nation paie non pour être servie, mais desservie. Les gouvernements, prenant des proportions gigantesques, finissent par absorber la moitié de tous les revenus. Et le peuple s’étonne de travailler autant, d’entendre annoncer des inventions merveilleuses qui doivent multiplier à l’infini les produits et… d’être toujours Gros-Jean comme devant.

C’est que, pendant que le gouvernement déploie tant d’habileté, le peuple n’en montre guère. Ainsi, appelé à choisir ses chargés de pouvoirs, ceux qui doivent déterminer la sphère et la rémunération de l’action gouvernementale, qui choisit-il ? Les agents du gouvernement. Il charge le pouvoir exécutif de fixer lui-même la limite de son activité et de ses exigences. Il fait comme le Bourgeois gentilhomme, qui, pour le choix et le nombre de ses habits, s’en remet… à son tailleur. »

Frédéric BastiatSophismes économiques (Éd. Guillaumin & Cie, tome IV) – 1848 [1873]