L’expérience révolutionnaire

« L’expérience révolutionnaire est faite.

Son espoir a été trompé : c’est aux intellectuels que s’est attaquée le plus violemment la révolution russe, elle en a tué par le fer ou le feu trois cent cinquante-cinq mille deux cent cinquante,  et cette belle statistique ne parle pas de ceux, instituteurs ou professeurs, avocats ou poètes, dont elle a eu raison par la famine ou par le froid.

Le règne de l’or, maître du fer, devenu l’arbitre de toute pensée séculière, se prolongera donc si l’on n’essaye pas d’une voie nouvelle qui permette de lui échapper. »

Charles MaurrasL’avenir de l’Intelligence (Éd. Ernest Flammarion, Paris, p. 6) – 1927

Liberté réelle contre individualisme et minorités

« L’homme, dans sa dualité essentielle, est libre non pas lorsqu’il libère ses instincts, mais lorsque, par un effort sur lui-même, il tend vers plus d’humanité. […]

Dès lors, gouverner c’est contraindre, conduire les hommes collectivement dans des voies et vers des objectifs qui ne leur sont ni naturels, ni clairement perceptibles, ni conformes à leurs aspirations immédiates.

Le gouvernement, c’est donc bien la répression au sens où l’entend Freud […]. Et l’existence d’un État de droit, seul susceptible de garantir la liberté concrètement, suppose qu’au nom de l’ordre l’on pose une limite à la prolifération des droits subjectifs, qui mène à l’anomie. »

Jean-Philippe Vincent« Qu’est-ce que le conservatisme ? » (Éd. Les Belles Lettres, coll. Penseurs de la Liberté, Paris, p. 20) – 2016

Le triple verrouillage de la souveraineté populaire

« Au-dessus de la souveraineté populaire, les élites considèrent qu’il y a une rationalité supérieure dont elles estiment être dépositaires. Non contente de mettre en place des formes procédurales de détournement de la démocratie, la classe dirigeante s’est assurée que l’exercice même de cette post-démocratie serait vidé de toute substance par deux autres moyens.

Il y a d’abord le contrôle juridictionnel, le gouvernement des juges via le Conseil d’État et le Conseil constitutionnel – que Sarkozy a renforcé avec la question prioritaire de constitutionnalité (QPC). Or les juges ne procèdent d’aucune souveraineté populaire, ils ne sont pas élus, à la différence des États-Unis. C’est la loi au-dessus de la loi. Le contrôle juridictionnel est devenu l’un des outils de dénaturation de la démocratie au profit des classes dominantes. Si le peuple a exprimé un point de vue contraire à ce qu’on estime être l’État de droit, l’oligarchie est en situation de le réformer.

Autre détournement qui achève de verrouiller le système : l’invention du mandat social, pour reprendre la formule de Shmuel Trigano. Le mandat social – c’est-à-dire l’utilisation des minorités comme outil de contrôle de conformité idéologique – prime sur le mandat électoral. Ainsi les minorités agissantes se sont-elles arrogées une capacité illimitée à contester, à paralyser, voire à annihiler, grâce à de puissants relais des médias, toute mesure qui leur déplaît quand bien même serait-elle l’expression de la volonté majoritaire.

En résumé, un triple verrouillage a mis sous séquestre la souveraineté populaire : le verrou du système électoral, le verrou du contrôle juridictionnel, le verrou du contrôle moral. »

Patrick BuissonRevue Éléments, Novembre-Décembre 2016, n° 163, p. 10 – 2016