
Catégorie : Europe
Fin de l’identité européenne
« Je sens peser sur mes épaules misérables le poids démesuré du plus glorieux des héritages.
À moi, qui ne suis rien et qui n’apporte rien, la civilisation fait un cadeau gigantesque : le patrimoine de l’Europe. Il est fait de trésors et de souvenirs.
Chacun de nous, je crois, à Londres et à Vienne, à Berlin et à Madrid, à Athènes et à Varsovie, à Rome et à Paris, à Sofia et à Belgrade, doit ressentir le même drame.
Chacun de nous est le dernier des Européens.
Je suis le prince débile issu d’une lignée de colosses et qui va peut-être clore une race. Je mourrai sans postérité, stérilisé par l’atome ou égorgé par un fanatique. Et mes frères auront le même sort.
Des géants nous précèdent, des héros et des savants, des explorateurs de la terre et des explorateurs de l’âme, des César et des Antoine, des monarques et des capitaines, des silhouettes sévères en robe de bure, de belles courtisanes ou des brutes implacables. Tout un cortège de grandes figures, resplendissantes de splendeur et de puissance, se déroule à nos yeux, immense fardeau pour nos contemporains dérisoires.
Voici que s’amassent à l’Orient les nuages sinistres de la ruée païenne et barbare. Je vais mourir. Je meurs. Et la race Europe avec moi. Avec nous. Je ne laisserai rien.
Depuis cinquante ans j’ai dispersé l’héritage. Et laissé le royaume du ciel en friche. Je n’aurais pas d’héritiers dans ce monde hostile et chaotique. Je ne puis laisser qu’un message : l’histoire, la très belle histoire d’une civilisation mortelle, qui se croyait invincible. Une civilisation pour laquelle des milliards d’hommes ont lutté et vaincu pendant trente siècles.
Personne ne sera là pour me lire. Qu’importe. Voici comme un dernier cri de rage et d’amertume : le Testament d’un Européen. »
Jean de Brem – Le testament d’un européen (Éd. La Table Ronde, Paris, p. 7 et 8) – 1964
Enfermement prodigieux
François Couperin – Les Barricades Mystérieuses – 1716/1717 [2009]
interprétation de Bruno Procopio dans le salon d’honneur des Invalides à Paris en décembre 2009
Vertiges ukrainiens sur mélodie autrichienne
« I look up to the sky above
Full of sweet release
From the days that I waste
Trying to fight for space
Well I know what my heart believes… »
Klangkarussel – Netzwerk (Falls like rain) – 2014
(petite dédicace à la mouette !)
Génération courage
« Chaque génération sans doute, se croit vouée à refaire le monde.
La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas.
Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. »
Albert Camus – Discours de Suède (Éd. Gallimard, nrf, Paris, p. 17) – 1958
Et la diversité ? bordel !… non mais…

La loi contre l’honneur
« Dans la fourmilière, nul n’a d’honneur.
Il y a seulement des règles de fonctionnement. Des lois.
Moins la morale est l’affaire de chacun, et plus se multiplient les lois. Je dirai que le nombre de lois est inversement proportionnel au sentiment de l’honneur de ceux qui les subissent. Et la paix tue l’honneur qui, comme toute vertu, se meurt si elle n’est pas, de temps en temps, éprouvée à l’extrême.
Oui, toute vertu a besoin, par spasmes, de son exaltation. »
Jean Cau – Les écuries de l’Occident, Traité de morale (Éd. La Table ronde, p. 61) – 1973
100% française

Terram patrum nostrorum
« On ne peut s’empêcher d’aimer la terre de ses pères plus que toutes les autres terres, plus que toutes les terres du monde ! »
Charles Péguy – Le mystère de la charité de Jeanne d’Arc (Éd. Gallimard, NRF) – 1910 [1941]
Le petit garçon d’Haarlem

Le petit garçon hollandais, dessin inspiré de cette histoire…
« Hans Brinker était un petit garçon des belles étendues de Hollande, habitant dans la commune de Spaarndam. Amoureux de ce « pays » que l’on a qualifié de « bas » en raison de son souci constant du niveau des eaux, il vivait comme beaucoup de ses camarades et compatriotes proche d’une digue. Et c’est naturellement qu’il empruntait chaque soir le chemin qui la longeait afin de rentrer chez lui. Rien de bien particulier ne s’y passait. Pourtant un soir, alors qu’il revenait à la maison à vélo, fredonnant un air avec insouciance, un bruit inattendu attira son attention. De quoi pouvait-il bien s’agir ? Hans jeta un œil en bas de la digue et un frisson le gagna. Une toute petite brèche laissait passer un filet d’eau. Ô quiconque ne connaît pas la puissance de l’eau, et sa capacité à renverser tous les obstacles placés sur sa route, n’y aurait sans doute pas prêté attention. Mais Hans, comme tout un chacun ici, était un vrai connaisseur des dégâts qu’elle peut occasionner et il se précipita donc au bas de la digue. Que faire ? Personne aux environs… Aucune possibilité de colmater cette petite brèche. Il n’hésita pas plus longtemps et glissa son doigt dans l’interstice d’où s’échappait l’eau. Le « bouchon » fonctionna à merveille. Jusqu’à quand ? Il était soudain prisonnier de la digue mais il savait que c’était son devoir de se comporter ainsi. Alors Hans patienta, et nul ne vint davantage durant l’heure qui s’écoula qui lui parut désespérément longue. Son doigt était enflé à présent, et une douleur communiquée à travers le bras gagnait tout son corps. Le regard perdu au loin à la recherche d’une aide providentielle, Hans savait que la nuit bientôt viendrait. Ce qu’elle fit, inéluctablement. Et de longues et interminables heures, à moins que ce ne soit des siècles, se succédèrent. Au petit matin, le premier passant, un pasteur dit-on le retrouva, transi de douleur, grelottant de froid. Hans avait sauvé le village. Et il devint naturellement un héros. Si vous passez par Haarlem, ne manquez pas de faire un détour par sa statue qui se dresse sur l’une des écluses entrecoupant la digue de Spaarndam. »
Mary Mapes Dodge – Les Patins d’Argent – 1865
Certains se donnent corps et âmes pour sauver une digue dont la destruction entraînerait un drame pour leur peuple, d’autres facilitent cet effondrement.