Retour à Lorient

« Après sept années de guerre, sept années de bâtiment
Après sept années de guerre, sept années de bâtiment
Je reviens de Grande Terre, je reviens à Lorient
Je reviens de Grande Terre, Guerre, guerre, vente, vent

J’ai passé des nuits entières debout au gaillard d’avant
J’ai passé des nuits entières debout au gaillard d’avant
Sous bon vent,sous vent contraire, sous la brise et les brisants
Sous bon vent,sous vent contraire, Guerre, guerre, vente, vent… »

Tri Yann – Guerre, guerre, vente, vent – 1981 (An heol a zo glaz / Le soleil est vert)

Fèces corticales

« Je sens contre la bêtise de mon époque des flots de haine qui m’étouffent. Il me monte de la merde à la bouche comme dans les hernies étranglées. Mais je veux la garder, la figer, la durcir ; j’en veux faire une pâte dont je barbouillerai le dix-neuvième siècle, comme on dore de bouse de vache les pagodes indiennes, et qui sait ? cela durera peut-être ? Il ne faut qu’un rayon de soleil ! l’inspiration d’un moment, la chance d’un sujet ! »

Gustave FlaubertCorrespondance (Éd. Conard) – 1855

Idoles culturelles

« (…) De l’éloge de la main, puis de la célébration de sa maladresse, on passera à la délectation de ses propres déchets, de tout ce qui peut tomber du corps, des rognures d’ongle aux humeurs les plus diverses.

Cette hystérisation du statut de l’artiste, jouissant d’une parfaite impunité, dont tout geste, tout mouvement, toute production, y compris et surtout les productions organiques, seront adorés par des foules immenses de spectateurs, participent de cette idolâtrie (…).

Détachées de leur origine et de leur fonction, les oeuvres de nos musées sont devenues nos idoles. »

Jean Clair – L’hiver de la culture (Café Voltaire, éd. Flammarion, p.117) – 2011

Barry le fauve

 

Franz Peter Schubert – Piano trio mi bémol majeur op. 100 D.929, andante con moto – 1827

N.B. : L’oeuvre a été utilisée dans de nombreux films comme Barry Lindon de Stanley Kubrick ou Les prédateurs de Tony Scott et dernièrement par le groupe bobo à l’affiche de tous les magazines, Fauve pour leur chanson Voyou (que j’aime bien par ailleurs… désolé… 😉  bon, j’admets que certaines paroles m’exaspèrent quand même mais bon…)

Idées claires

« Faire résonner entre elles les cultures et les identités différentes », « favoriser les hybridations et les métissages », permettre l’ « insertion de la culture française dans un contexte international », « aller dans le sens de la globalisation », bref « brasser tous les héritages », cette rhétorique ampoulée, personne aujourd’hui n’y résiste plus, pas même l’auteur de ces citations, directeur à Rome d’une Académie prestigieuse… Les bigots de « la nouvelle Culture » ne font là que tourner les moulins à prière de la modernité. « Ces missionnaires de l’esprit nouveau », répandus dans les instituts français à l’étranger, sont à notre temps ce qu’étaient les précepteurs au siècle des lumières, transfuges « qui traînent partout leur ignorance » et qu’un Joseph de Maistre avait qualifiés de « balayures de l’Europe ». »

Jean Clair – L’hiver de la culture (Café Voltaire, éd. Flammarion, p.44) – 2011

Mycologium campestris

Quand j’en ai plus que ras-le-bol de lire des nouvelles affligeantes ou de voir la tripotée d’abrutis incompétents à la tête de nos institutions et de celles de l’Europe, je prends mes cliques et mes claques, je donne la main à ma femme et nous emboîtons les pas des enfants pour aller à la cueillette des convoités Fungi, pour ne pas utiliser le terme plus commun et plus simple de « champignon » devenu un taxon obsolète, à l’image de son camarade « race »  (brrr… quel mot horribilis !), à l’aune des progrès scientifiques considérables de notre fabuleuse époque stimulatrice et innovante…

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Quel bonheur d’aller se balader sur le Causse ou sur la Margeride dans l’espoir d’une récolte fructueuse (peut-être devrait-on dire fongiqueuse !!… ), à l’affût du moindre pézizomycète ou du plus petit agaricomycète coloré (ou non) pointant le bout de son carpophore entre quelques feuilles jaunissantes de châtaigniers ou de pins noir et sylvestre.

Pour la balade, n’étant pas des experts de la chasse de ce type d’hétérotrophes, mises à part les espèces habituellement ramassées (lactaires, bolets, grisets, girolle,..), nous prenons avec nous un guide d’identification très bien réalisé Les champignons de Geoffroy Kibby (Mango pratique) afin que l’aînée de nos trois flèches satisfasse sa curiosité.

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Ainsi, cette fin de semaine, nous sommes revenus avec quelques kilo de mycètes bien appétissants que ma douce moitié a fait revenir à la poêle juste comme il faut et que nous avons tous dégustés le soir venu.

Mais si j’ai souhaité écrire ce billet, ce n’est pas tant pour faire saliver les amateurs de bonne cuisine traditionnelle, comme tout bon rétrograde qui se respecte (plutôt que d’être ouvert à la modernité et au progrès que sont les fast-foods provenant de ces États-Unis exemplaires en tous points), que pour vous indiquer une référence d’ouvrage sur laquelle je suis tombé hier chez le buraliste.

Pour les amoureux de bels ouvrages, je vous conseille donc l’Atlas Illustré des Champignons chez Terres Éditions atlas-illustre-des-champigons-terres-editions-9782355301889
bien qu’ayant constaté seulement une fois revenu à la maison qu’il avait été imprimé en Chine (misère !!…). Malgré tout, les illustrations sont très réussies, la mise en page sur fond de vieux parchemin à gauche et sur fond noir à droite permet une lecture claire et agréable des textes et une observation nette des représentations dessinées, et la couverture est tout simplement magnifique.

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Le montage précédent inclut la page 64 à gauche et la page 61 à droite : logique… je le précise enfin que les esprits les plus fugaces ne se disent pas que ce bouquin a été réalisé par des branques ! (en fait, j’ai toujours été fasciné par l’amanite tue-mouches et je trouve que les pézizes orangées sont de toute beauté).

bon… puisque nous en sommes à donner dans l’Apostrophe bernardien, je me permets de vous proposer, pour les plus nostalgiques dont je fais partie, deux ouvrages que nous conservons précieusement à la maison, L’École de la nature d’Yves Paccalet pour les exceptionnelles planches Deyrolle et L’École de notre enfance de Philippe Rossignol avec les admirables planches éponymes.

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Tout simplement, la beauté et la science réunies sur des planches à la fois pédagogiques et superbes, d’une efficacité toujours actuelle pour l’acquisition des savoirs tout en étant devenues « …au XXIe siècle,(…) le catalogue d’un monde en voie de disparition. » : en parfaite adéquation avec notre regrettable constat…

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À défaut de dégustations mycologiques à la campagne, certains et certaines pourront se régaler avec les yeux de ces tableaux muraux, témoins de cette belles époque d’antan loin des « Vie d’Adèle », des cantonades et autres fadaises. Certes, l’estomac restera vide mais l’appétit cortical sera satisfait.

À vos paniers et bonnes lectures !

L’ennui cordicole

« Quand les choses, les événements renvoient les uns aux autres et à leur concept indifférencié, alors l’équivalence du monde rencontre et annule l’indifférence de la pensée _ et c’est l’ennui. Même plus d’altercation, même plus d’enjeu. C’est le partage des eaux mortes.

(…) L’ennui formel que secrète cette pensée idéaliste des valeurs, ou cette pensée volontariste de la culture, est le signe secret de son désespoir non par rapport au monde, mais par rapport à son propre discours.

C’est là qu’est la véritable pensée dépressive, chez ceux qui ne parlent que de dépassement et de transformation du monde, alors qu’ils sont incapables de transfigurer leur propre langue. »

Jean BaudrillardLa pensée radicale (éd. Sens&Tonka) – 2005