Avilissement cordicole

« Chaque monde sera jugé sur ce qu’il a considéré comme négociable ou non négociable. Tout l’avilissement du monde moderne, c’est-à-dire toute la mise à bas prix du monde moderne, vient de ce que le monde moderne a considéré comme négociables des valeurs que le monde chrétien et le monde antique ont considéré comme non négociables. Et cette universelle négociation fait cet universel avilissement. »

Charles Peguy – Note conjointe sur M. Descartes (Éd. Gallimard, nrf ) – 1942 [1914]

Prophétie contrariée

« La fin de l’utopie marxiste laisse le champ libre à l’utopie immigrationniste et à l’idéologie antiraciste. […] Une utopie se reconstruit avec pour héros social un immigré sacralisé qui a chassé l’ouvrier dans l’imaginaire prophétique. L’immigrationnisme antiraciste déclare inévitable et bienfaisante  la submersion lente du vieux pays, établissant ainsi – à l’instar du communisme – un lien entre l’avenir et une catégorie sociale. »

Paul YonnetVoyage au centre du malaise français. L’antiracisme et le roman national (Gallimard Paris, p.58 et 120) – 1993

Réforme pénale

« La peine de mort a ce grand avantage que peu d’hommes se vouent à ses fonctions odieuses et avilissantes. Il vaut mieux que ces agents déplorables d’une sévérité nécessaire […] se consacrent à l’affreux emploi d’exécuter quelques criminels, que si une multitude se condamnait à veiller sur les coupables et à se rendre l’instrument perpétuel de son [leur] malheur prolongé. […] Cette considération me porte à rejeter la détention perpétuelle. Elle corrompt les geôliers comme les détenus. Elle accoutume les prévenus à une férocité capricieuse. Elle est inséparable de beaucoup d’arbitraire. Elle peut couvrir de son voile une foule de cruautés. »

Benjamin ConstantPrincipes de politique (Hachette Paris, coll. Pluriel, p.166) – 2006 [1806]

Rats républicains

« Pour moi, je crois que le roi a raison, et, puisqu’il faut servir, je pense qu’il vaut mieux le faire sous un lion de bonne maison, et qui est né beaucoup plus fort que moi, que sous deux cents rats de mon espèce. »

VoltaireLettre à Saint-Lambert du 7 avril 1771 (dans L’ancien régime et la Révolution de Tocqueville – coll. Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, p.193) – 2004 [1856]

Mensonge d’état

« L’État, c’est ainsi que s’appelle le plus froid des montres froids et il ment froidement, et le mensonge que voici sort de sa bouche : « Moi, l’État, je suis le peuple ! ». »

Friedrich NietzscheAinsi parlait Zarathoustra (GF-Flammarion) – 1996 [1885]

Valeurs antiques

« Pour chaque homme sur cette terre
La mort vient tôt ou tard.
Et quelle plus belle mort
Que d’affronter ses ennemis,
Pour les cendres de ses ancêtres,
Et les temples de ses Dieux. »

Thomas Babington Macaulay – Lays of Ancient Rome (Éd. Longman) – 1881

Bornes salvatrices

« Une société est condamnée quand elle n’a plus la force d’être bornée. Comment, avec un esprit ouvert, trop ouvert, se garantirait-elle des excès, des risques mortels de la liberté ? »

Émile CioranDe l’inconvénient d’être né (Éd. Gallimard, nrf essais, p.158) – 1973

Genre, homosexualité et multiculturalisme

« La diète, injections et injonctions seront combinées, très tôt afin de produire des caractères et des sortes de croyances que les autorités considèrent désirables et toute critique sérieuse de la société deviendra psychologiquement impossible. »

Bertrand Russell – The Impact of Science on Society (London: George Allen & Unwin.) – 1952

Fèces corticales

« Je sens contre la bêtise de mon époque des flots de haine qui m’étouffent. Il me monte de la merde à la bouche comme dans les hernies étranglées. Mais je veux la garder, la figer, la durcir ; j’en veux faire une pâte dont je barbouillerai le dix-neuvième siècle, comme on dore de bouse de vache les pagodes indiennes, et qui sait ? cela durera peut-être ? Il ne faut qu’un rayon de soleil ! l’inspiration d’un moment, la chance d’un sujet ! »

Gustave FlaubertCorrespondance (Éd. Conard) – 1855

Idoles culturelles

« (…) De l’éloge de la main, puis de la célébration de sa maladresse, on passera à la délectation de ses propres déchets, de tout ce qui peut tomber du corps, des rognures d’ongle aux humeurs les plus diverses.

Cette hystérisation du statut de l’artiste, jouissant d’une parfaite impunité, dont tout geste, tout mouvement, toute production, y compris et surtout les productions organiques, seront adorés par des foules immenses de spectateurs, participent de cette idolâtrie (…).

Détachées de leur origine et de leur fonction, les oeuvres de nos musées sont devenues nos idoles. »

Jean Clair – L’hiver de la culture (Café Voltaire, éd. Flammarion, p.117) – 2011