Réalisme réac

« La démocratie repose sur l’existence d’une solide hiérarchie; il faut à l’oligarchie de gros arrivistes, une troupe ardente de bas-officiers qui ne cesse de travailler dans l’intérêt de ses chefs et qui retire peu de profit matériel de son activité; il faut tenir en haleine cette sorte de petite noblesse, en lui prodiguant des marques de sympathie, en excitant chez elle des sentiments d’honneur, en lui parlant un langage idéaliste. La grandeur du pays, la domination des forces naturelles par la science, la marche de l’humanité vers la lumière, voilà les balivernes qui se retrouvent à tout instant chez nous, dans les discours des orateurs démocratiques. »

Georges SorelLes illusions du progrès (Études sur le devenir social, Librairie Marcel Rivière et Cie, Paris, 5e édition, p.265) – 1947 [1908]

Retour vers le futur cordicole II

« Par une simple altération, par une simple prétendue réforme des programmes de l’enseignement secondaire français, par le triomphe passager de quelques maniaques modernistes et scientistes français, généralement radicaux, quelques-uns socialistes professionnels, toute une culture, tout un monde… disparaît tout tranquillement et tout posément sous nos yeux de la face du monde et de la vie de l’humanité. Sous nos yeux, par nos soins disparaît la mémoire de la plus belle humanité. »

Charles PéguyPensées (Éd. nrf Gallimard, p.80)- 2007 [1905]

(tirée du septième Cahier de la septième série, les Suppléants parallèles, 17 décembre 1905)

Avilissement cordicole

« Chaque monde sera jugé sur ce qu’il a considéré comme négociable ou non négociable. Tout l’avilissement du monde moderne, c’est-à-dire toute la mise à bas prix du monde moderne, vient de ce que le monde moderne a considéré comme négociables des valeurs que le monde chrétien et le monde antique ont considéré comme non négociables. Et cette universelle négociation fait cet universel avilissement. »

Charles Peguy – Note conjointe sur M. Descartes (Éd. Gallimard, nrf ) – 1942 [1914]

Prophétie contrariée

« La fin de l’utopie marxiste laisse le champ libre à l’utopie immigrationniste et à l’idéologie antiraciste. […] Une utopie se reconstruit avec pour héros social un immigré sacralisé qui a chassé l’ouvrier dans l’imaginaire prophétique. L’immigrationnisme antiraciste déclare inévitable et bienfaisante  la submersion lente du vieux pays, établissant ainsi – à l’instar du communisme – un lien entre l’avenir et une catégorie sociale. »

Paul YonnetVoyage au centre du malaise français. L’antiracisme et le roman national (Gallimard Paris, p.58 et 120) – 1993

Réforme pénale

« La peine de mort a ce grand avantage que peu d’hommes se vouent à ses fonctions odieuses et avilissantes. Il vaut mieux que ces agents déplorables d’une sévérité nécessaire […] se consacrent à l’affreux emploi d’exécuter quelques criminels, que si une multitude se condamnait à veiller sur les coupables et à se rendre l’instrument perpétuel de son [leur] malheur prolongé. […] Cette considération me porte à rejeter la détention perpétuelle. Elle corrompt les geôliers comme les détenus. Elle accoutume les prévenus à une férocité capricieuse. Elle est inséparable de beaucoup d’arbitraire. Elle peut couvrir de son voile une foule de cruautés. »

Benjamin ConstantPrincipes de politique (Hachette Paris, coll. Pluriel, p.166) – 2006 [1806]

Rats républicains

« Pour moi, je crois que le roi a raison, et, puisqu’il faut servir, je pense qu’il vaut mieux le faire sous un lion de bonne maison, et qui est né beaucoup plus fort que moi, que sous deux cents rats de mon espèce. »

VoltaireLettre à Saint-Lambert du 7 avril 1771 (dans L’ancien régime et la Révolution de Tocqueville – coll. Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, p.193) – 2004 [1856]