Idoles culturelles

« (…) De l’éloge de la main, puis de la célébration de sa maladresse, on passera à la délectation de ses propres déchets, de tout ce qui peut tomber du corps, des rognures d’ongle aux humeurs les plus diverses.

Cette hystérisation du statut de l’artiste, jouissant d’une parfaite impunité, dont tout geste, tout mouvement, toute production, y compris et surtout les productions organiques, seront adorés par des foules immenses de spectateurs, participent de cette idolâtrie (…).

Détachées de leur origine et de leur fonction, les oeuvres de nos musées sont devenues nos idoles. »

Jean Clair – L’hiver de la culture (Café Voltaire, éd. Flammarion, p.117) – 2011

Tyrannie légale

« Il n’y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l’on exerce à l’ombre des lois et avec les couleurs de la justice, lorsqu’on va, pour ainsi dire, noyer des malheureux sur la planche même sur laquelle ils s’étaient sauvés. »

Charles Louis de Secondat de La Brède, baron de Montesquieu –  Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence (chez Jacques Desbordes) – 1734

 

Politique cordicole

« ll y a deux histoires : l’histoire officielle, menteuse, puis l’histoire secrète, où sont les véritables causes des événements. »

Honoré de Balzac – Les Illusions perdues (éd. Garnier-Flammarion, 1966, p. 590) – 1837-1843

ou nous pouvons trouver aussi : « Il y a deux histoires, l’une que l’on enseigne et qui ment, l’autre que l’on tait parce qu’elle recèle l’inavouable »

 

Horticulture cordicole

« La traditon et l’avenir. – Laudator temporis acti ? Que m’importe donc le passé en tant que passé ? Ne voyez-vous pas que lorsque je pleure sur la rupture d’une tradition, c’est surtout à l’avenir que je pense ? Quand je vois se pourrir une racine, j’ai pitié des fleurs qui demain sécheront , faute de sève. »

Gustave ThibonNotre regard qui manque à la lumière (Éd. Fayard) – 1970

Le despotisme démocratique

« … on sera surpris et effrayé de voir comment, en Europe, tout semble concourir à accroître indéfiniment les prérogatives du pouvoir central et à rendre chaque jour l’existence individuelle plus faible, plus subordonnée et plus précaire.

(…) on dirait que chaque pas qu’elles  (les nations démocratiques) font vers l’égalité les rapproche du despotisme.

(…)  L’État reçoit et souvent prend l’enfant des bras de sa mère pour le confier à ses agents; c’est lui qui se charge d’inspirer à chaque génération des sentiments, et de lui fournir des idées. L’uniformité règne dans les études comme dans tout le reste; la diversité comme la liberté en disparaissent chaque jour.

(…) on dirait qu’ils se jugent responsables des actions et de la destinée individuelle de leurs sujets, qu’ils ont entrepris de conduire et d’éclairer chacun d’eux dans les différents actes de sa vie, et , au besoin de le rendre heureux malgré lui-même.

(…) J’affirme qu’il n’y a pas en Europe où l’administration publique ne soit devenue non seulement plus centralisée, mais plus inquisitive et plus détaillée; partout elle pénètre plus avant que jadis dans les affaires privées; (…) Nos contemporains sont incessamment travaillés par deux passions ennemies : ils sentent le besoin d’être conduits et l’envie de rester libre. Ne pouvant détruire ni l’un ni l’autre de ces instincts contraires, ils s’efforcent de les satisfaire à la fois tous les deux. Ils imaginent un pouvoir unique, tutélaire, tout-puissantmais élu par les citoyens.

(…) Il est, en effet, difficile de concevoir comment des hommes qui ont entièrement renoncé à l’habitude de se diriger eux-mêmes pourraient réussir à bien choisir ceux qui doivent les conduire.

(…) Le passé n’éclairant plus l’avenir, l’esprit marche dans les ténèbres. »

Alexis de TocquevilleDe la démocratie en Amérique (Gallimard Éd., NRF, coll. La Pléiade tome 2, 1992) – 1840

Fierté cordicole

En regardant les dépêches d’aujourd’hui, il y en a une qui m’a rappelé qu’il existait depuis quelques années une « journée sans pantalon » et je me suis brusquement demandé où était passé ce cher docteur Spivey et ses électrochocs, histoire de relancer les cortex des nombreux adeptes de cette ridicule et lamentable manifestation mondiale considérée comme « loufoque » (donc susceptible d’intéresser un service psychiatrique…) par la pravda française.

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 Mais, que fait-on en cédant encore une fois à une énième pulsion, soi-disant pour casser des codes ou se sentir libre, si ce n’est d’imposer à l’autre la vision d’un spectacle relevant de l’intime, de suivre finalement d’autres codes plus libertaires et décadents, d’assouvir pitoyablement une envie en suivant sans réfléchir l’appel des néocrétins consumméristes de Cordicopolis.

La satiété d’indignes pratiques relève des plus primaires instincts et manque au plus élémentaire respect des autres comme l’illustre les deux clichés de ces dames d’origine asiatique détournant le regard des exhibitionnistes malsains. Sans parler de l’immense affront fait aux us et coutumes locales par des occidentaux persuadés par leur génie de la provocation.

Dames gênées dans le métro

« La pudeur est le parfum de la volupté; la satiété est l’arôme du dégoût. Et la pudeur accroît la volupté, comme la satiété l’écoeure. » disait André Suarès…

Quelle volupté à exhiber sa cellulite, ses bourrelets disgracieux, ses jambes filiformes d’anorexique ou ses cuisses velues à vous rendre jaloux le moindre Komondor passant par là ??…

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Soyons stupéfaits par cette preuve d’un élan génialement icônoclaste qui fait se tenir droit comme un i une sorte de « blues brother » échappé de l’asile, dans une indifférence totale des voyageurs et typique des sociétés modernes constituées de robots humains blasés par les stupidités de leurs compatriotes.

Ces deux crétins sans nom sont les symboles incontestables de ce désir de se différencier par tous les moyens, souvent les plus absurdes car les plus faciles et accessibles (il est plus aisé de se mettre en caleçon et de se teindre les cheveux en mauve que de devenir prix Nobel), dans un monde de standardisation extrême tendant vers une finalité asexuée et métissée.

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Là encore, le manque de pudeur qui n’est pas de la pudibonderie mais seulement l’expression de plusieurs siècles d’évolution vestimentaire, de ce que l’on appelle l’héritage d’une civilisation millénaire, n’est autre que le témoignage de la vacuité des êtres issus de cette société mondialisée, globalisée au sein de laquelle le terreau riche de ses composants culturels, traditionnels a été remplacé par l’indigence d’un support artificiel de croissance en plastique PET.

Il n’y a qu’une fierté imbécile pour fédérer un groupe de demeurés en réalisant un événement aussi vide de sens comme celui des défilés printaniers d’invertis.

Ce cliché montrant un gros benêt en t-shirt violet contemplant béatement son voisin de wagon, à l’air tout aussi niais et respectant à la lettre la consigne

media_xll_5469644« être prêt à prendre le métro sans pantalon et être capable de garder un air sérieux en le faisant » émanant de ce misérable interface qu’est « face-de-bouc », consigne ne faisant appel à aucune sorte d’intelligence mais juste à une capacité à oser un défi digne des cours l’école primaire et relevant du stade anal puisqu’en l’occurrence, au bout du compte, il ne s’agit que de montrer son fondement !…

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Et s’il vous paraît appréciable, son fondement, honte à vous s’il vous vient l’envie de le toucher, de le tripoter car le pervers, c’est vous et vous seul, ce n’est pas celle ou celui qui porte une culotte ou un slip possédant l’inscription « hands off » (« pas touche » !).

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Sûrement la même personne qui serait scandalisée par la bourgeoise paradant avec des signes ostentatoires de richesse et qui excuserait le malheureux ayant eu l’envie de les toucher, de les prendre à pleines mains !!… Encore un paradoxe cordicole…

Sachez aussi que selon les dernières recommandations des organisateurs : « Dès que les portes se ferment à l’arrêt avant le vôtre, enlevez votre pantalon (…). Si quelqu’un vous demande pourquoi vous avez retiré votre pantalon, dites-lui qu’il vous gênait ou que vous aviez trop chaud », car le courage est proportionnel à la température extérieure, tout comme le nombre d’épaisseurs vestimentaires sur un corps, on attend d’être bien au chaud pour se dessaper. Il ne faut pas déconner, être valeureux à des limites !

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Sinon, que dire de cette mère à l’exemplarité douteuse, comme celle du mollasson de l’élysée se disant normal, qui trimbale son enfant à moitié nu dans un endroit où le froid est bien présent au vu de son pull-over et des polaires des adultes à côté de lui ??!!…

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Pauvre gosse… Peut-on parler d’une mère responsable ??… On enlève des gamins pour des raisons bien moins graves que cela !!…

J’écris ces quelques lignes tout en écoutant Adagio for strings de Samuel Barber et je me demande avec une profonde tristesse comment des centaines d’années d’évolution peuvent donner à la fois cette œuvre musicale exceptionnelle et à la fois aboutir à « une journée sans pantalon » !!!… Consternant !

Et je repense à cette phrase de mère Térésa :  « La perte d’une certaine pudeur comme la perte de la pureté sont les causes profondes de la décadence du monde.». Amen…

Mémoires rétrogrades

« Les vieillards d’autrefois étaient moins malheureux et moins isolés que ceux d’aujourd’hui : si, en demeurant sur la terre, ils avaient perdu leurs amis, peu de chose du reste avait changé autour d’eux ; étrangers à la jeunesse, ils ne l’étaient pas à la société. Maintenant, un traînard dans ce monde a non seulement vu mourir les hommes, mais vu mourir les idées : principes, moeurs, goûts, plaisirs, peines, sentiments, rien ne ressemble à ce qu’il a connu. Il est d’une race différente de l’espèce humaine au milieu de laquelle il achève ses jours.

Et pourtant, France du dix-neuvième siècle, apprenez à estimer cette vieille France qui vous valait. Vous deviendrez vieille à votre tour et l’on vous accusera, comme on nous accusait, de tenir à des idées surannées. Ce sont vos pères que vous avez vaincus ; ne les reniez pas, vous êtes sortis de leur sang. S’ils n’eussent été généreusement fidèles aux antiques moeurs, vous n’auriez pas puisé dans cette fidélité native l’énergie qui a fait votre gloire dans les moeurs nouvelles ; ce n’est, entre les deux Frances, qu’une transformation de vertu. »

François-René de ChateaubriandMémoires d’outre-tombe, Livre IX, chapitre 10 : Vie de soldat (Gallimard, NRF, coll. La Pléiade Tome 1) – 1951

Aberration contemporaine

Alors que je suivais avec grand intérêt le match Racing-Métro vs Toulon qui s’est achevé par une belle victoire des parigots 14 à 3, je me suis mis à zapper au cours de la mi-temps, bien que les commentaires d’Éric Bayle et Thomas Lombard soient souvent efficaces et instructifs avec leur chouette palette.

Je suis tombé sur le classique Louis de Funès et « La Folie des grandeurs » de Gérard Oury CINE-CLUB+GAUMONT+LA+FOLIE+DES.. , film sorti en 1971 et diffusé depuis une quantité innombrable (ou pas…) de fois à la télévision , puis sur une tripotée d’émissions plus ou moins identiques (et merdiques sans intérêt), sur l’excellent Charlot et « Les temps modernes » (1936) Les-Temps-modernes_reference , lui aussi vu et revu, et parmi les très nombreuses fadaises des chaînes gratuites de la TNT, j’ai aperçu sur NRJ12 les mimiques débiles de Rowin Atkinson dans le non-moins débile « Bean, le film le plus catastrophe » (j’aurais plutôt employé le terme de catastrophique).

Mr Bean

Ce film a réalisé en France lors de sa sortie en 1997 environ 3 millions d’entrées… 3 millions… comment est-ce possible que des séquences aux effets « comiques » plus que discutables, aux gestuels se rapprochant plus des troubles du comportement, puissent intéresser autant de mes contemporains ???!!…

Les nombreuses scènes que j’ai pu visionner sur le net m’ont laissé plus que sceptique sur la qualité globale de ce que l’on peut, en fait, appeler un navet. Je suis à vrai dire inquiet sur l’état général des capacités d’analyse de mes concitoyens qui arrivent d’ailleurs à placer Noah ou Goldman en personnalité préférée !

Comment peut-on s’esclaffer devant la scène de l’éternuement de Bean face au tableau de James Abbott McNeill  Whistler ??…

Bean vs Whistler

En fait, si je cite cet épisode, c’est parce qu’il me rappelle l’évènement pathétique qui s’est déroulé en août 2012 à Borja (Espagne) lorsqu’une octogénaire a « restauré » l’oeuvre « Ecce homo »…

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…résultat déplorable et catastrophique que bon nombre de personnes ont salué, une pétition a circulé sur internet pour conserver cette « œuvre culte » ainsi «restaurée» en expliquant qu’il s’agissait d’ « un reflet intelligent de la situation politique et sociale de notre temps » (quelque 20 000 signatures furent récoltées), et le nombre de visites de l’église de Borja a explosé mettant en suspend le projet de réparation des dégâts (ici). Consternant !

Ceci me confirme la dégradation mentale d’un nombre de plus en plus grand de mes contemporains.

Pour en revenir à Bean, avec son faciès de demeuré forçant le trait de son personnage et donnant l’impression de s’adresser à des corniauds, je m’interroge sur son succès, sur cet engouement qui est, à mes yeux, une aberration anthropologique, au même titre qu’il m’est inexplicable qu’un grand nombre de français apprécie et rigole des sorties de l’inverti de service Laurent Ruquier.

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Ce dernier, fier de ses jeux de mots misérables sur des sujets politiques et sociétaux majeurs (soutenus par des applaudissements commandés) et exhibant ces derniers temps un anneau à sa main gauche représentant l’infamie comme une énième provocation de la France normale, rencontre auprès de nombreux français un écho favorable incompréhensible et a, au sein du service audiovisuel public, une importance injustifiée. Là encore, une aberration contemporaine…

En tous les cas, on me dira ce que l’on voudra sur l’évolution du comique au cinéma, sur le décalage de notre humour avec celui des britanniques,… il n’empêche que, sans vouloir faire le vieux con mais je le fais quand même (et je ne suis pourtant pas vieux !… « c’est dire ! » ironiseront les gauchistes qui me liront),  les Monty Python évoluaient dans les stratosphères du sarcasme en comparaison avec ce pauvre ahuri d’Atkinson. Ce dernier n’a d’ailleurs rien inventé puisque ses déplacements loufoques ne sont que la reprise des « Silly walks » (pas forcément désopilant d’ailleurs !) de l’épisode 14 de MP Flying circus (1970)…

Et lorsque l’on écoute les babillages ironiques de Ruquier, je ne puis m’empêcher de penser à cette phrase de Charles-Augustin Sainte-Beuve : « Gardons nous de l’ironie en jugeant. De toutes les dispositions de l’esprit, l’ironie est la moins intelligente« , et je me dis que cette citation prend alors tout son sens !

Après ce tour d’horizon express du programme télévisuel de ma soirée dominicale, je suis donc vite revenu aux fondamentaux, aux coups de casques de Botha et aux charges de Ducalcon, cong !… c’est tout de même d’un autre niveau…

Idées claires

« Faire résonner entre elles les cultures et les identités différentes », « favoriser les hybridations et les métissages », permettre l’ « insertion de la culture française dans un contexte international », « aller dans le sens de la globalisation », bref « brasser tous les héritages », cette rhétorique ampoulée, personne aujourd’hui n’y résiste plus, pas même l’auteur de ces citations, directeur à Rome d’une Académie prestigieuse… Les bigots de « la nouvelle Culture » ne font là que tourner les moulins à prière de la modernité. « Ces missionnaires de l’esprit nouveau », répandus dans les instituts français à l’étranger, sont à notre temps ce qu’étaient les précepteurs au siècle des lumières, transfuges « qui traînent partout leur ignorance » et qu’un Joseph de Maistre avait qualifiés de « balayures de l’Europe ». »

Jean Clair – L’hiver de la culture (Café Voltaire, éd. Flammarion, p.44) – 2011