Mémoires rétrogrades

« Les vieillards d’autrefois étaient moins malheureux et moins isolés que ceux d’aujourd’hui : si, en demeurant sur la terre, ils avaient perdu leurs amis, peu de chose du reste avait changé autour d’eux ; étrangers à la jeunesse, ils ne l’étaient pas à la société. Maintenant, un traînard dans ce monde a non seulement vu mourir les hommes, mais vu mourir les idées : principes, moeurs, goûts, plaisirs, peines, sentiments, rien ne ressemble à ce qu’il a connu. Il est d’une race différente de l’espèce humaine au milieu de laquelle il achève ses jours.

Et pourtant, France du dix-neuvième siècle, apprenez à estimer cette vieille France qui vous valait. Vous deviendrez vieille à votre tour et l’on vous accusera, comme on nous accusait, de tenir à des idées surannées. Ce sont vos pères que vous avez vaincus ; ne les reniez pas, vous êtes sortis de leur sang. S’ils n’eussent été généreusement fidèles aux antiques moeurs, vous n’auriez pas puisé dans cette fidélité native l’énergie qui a fait votre gloire dans les moeurs nouvelles ; ce n’est, entre les deux Frances, qu’une transformation de vertu. »

François-René de ChateaubriandMémoires d’outre-tombe, Livre IX, chapitre 10 : Vie de soldat (Gallimard, NRF, coll. La Pléiade Tome 1) – 1951

7 réflexions sur “Mémoires rétrogrades

  1. comment veux tu qu’on ose déposer un commentaire derrière cela? ce serait dire la même chose en beaucoup moins bien . merci d’inviter de tels auteurs à venir nous donner un vieil avis qui soit d’une telle actualité .
    c’était ça aussi la France d’autrefois , la capacité de dire avec élégance (et avec du vocabulaire ) !
    tous mes voeux et mes remerciements pour ton travail de recherche et tes connaissances

    1. je lis quelques livres quand j’ai le temps (de nombreux classiques ayant passé un long moment à ne lire que des bouquins scientifiques), la plupart des citations que je dépose sont tirées d’ouvrages que j’ai sur mes étagères au-dessus du mac et que j’ai lus mais je suis obligé de t’avouer que celle-ci (je n’ai pas financièrement parlant les possibilités d’acquérir la version « La Pléiade » pour l’instant…) je l’ai découverte sur fdesouche !!…
      Je suis à jeun d’avoir lu Châteaubriand et Flaubert malheureusement mais je vais combler mes lacunes bientôt sur les conseils de ce cher Éric Z. .
      Tu parles d’élégance et c’est exactement le terme que j’associe à cette France d’autrefois, certes imparfaite mais tellement d’un autre niveau !!!
      Tout ce qui se rapporte au XIXe m’interpelle, j’adore les costumes, les hauts-de-forme, le côté vieille Angleterre avec ce mélange de boiseries et de métaux cuivrés,…
      Qu’avons-nous aujourd’hui ??… du verre, du plastique et de l’acier associés à la façon d’un laboratoire d’analyses…
      et à la place de Maupassant, Flaubert ou Châteaubriand ??… Orsenna, Levy, Angot ou Schmitt…

      Tous mes voeux itou et surtout, garde bien le moral car on ne lâche rien !!!

  2. Qu’eût il écrit s’il eût vécu de nos jours! Je veux bien qu’il faille faire la part des choses mais les traînards du milieu du XIXème étaient sûrement moins dépaysés que ceux du début du XXIème.
    Amitiés.

    1. Ils ne l’aurait pas écrit en deux paragraphes mais en deux chapitres !!… et en même temps écrire sur les tréfonds insondables de l’inculture s’avère peut-être utopiques…
      « les traînards du milieu du XIXème étaient sûrement moins dépaysés que ceux du début du XXIème » : à coup sûr !!
      Amitiés.

  3. venue relire, je mets quand même un petit bémol, Chateaubriand parle des deux « France » …la dernière en date est elle encore la

    France , pays plein de noblesse de réflexion ou est ce une simple terre où grenouille et sautille une banale troupe humaine qui perd peu à peu tout trace d’humanité…
    la transformation de la vertu …je ne sais pas quoi en dire puisque tout ce qui représentait la vertu a volé en éclat et que le mot lui même prête à rire .S’il vous restait quelque vertu naturelle ou acquise tout est fait pour vous rééduquer à la sauce jouissive par tous les bouts . Ma boite à ordure présentait hier les deux acteurs d’un film nouveau sur les amours du sieur Bergé et de son couturier…Voilà le deuxième film qu’on nous encense parce qu’il présente des amours différentes de celles qui fondent les familles depuis la nuit des temps .
    il y a des années on n’aurait même pas diffusé la pub pour cela a cette heure de grande écoute.
    demain le gender sera enseigné en classe en depit de tout fondement biologique .
    la vertu, même celle de bon père de famille est bafouée …tu travailles cotise prend une mutuelle tu payes pour ta chambre seul à l’hopital …tu ne fais rien , tu ne cotises pas , tu picoles tu vis d’aides sociales tu as gratuitement ta chambre seul au nom de la solidarité …et où se trouve la vertu du travailleur , sinon sous les pieds du profiteur .
    Je termine car je vais dire de grosses bêtises et ‘en ai suffisamment dites

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