Expansion mondiale du moche

« D’où vient le mauvais goût ? Pourquoi y a–t-il du lino plutôt que rien ? Comment le kitch  s’est-il emparé du monde ?

La ruée des peuples vers le laid fut le principal phénomène de la mondialisation.

Pour s’en convaincre, il suffit de circuler dans une ville chinoise, d’observer les nouveaux codes de décoration de La Poste française ou la tenue des touristes.

Le mauvais gout est le dénominateur commun de l’humanité. »

Sylvain TessonDans les forêts de Sibérie (Éd. Gallimard, nrf, p.30) – 2011

Monde moderne prostitutionnel

« Le monde moderne n’est pas universellement prostitutionnel par luxure. Il en est bien incapable. Il est universellement prostitutionnel parce qu’il est universellement interchangeable.

Il ne s’est pas procuré de la bassesse et de la turpitude avec son argent. Mais parce qu’il avait tout réduit en argent, il s’est trouvé que tout était bassesse et turpitude.

Je parlerai un langage grossier. Je dirai : Pour la première fois dans l’histoire du monde l’argent est le maître du curé comme il est le maître du philosophe. Il est le maître du pasteur comme il est le maître du rabbin. Et il est le maître du poète comme il est le maître du statuaire et du peintre.

Le monde moderne a créé une situation nouvelle, nova ab integro. L’argent est le maître de l’homme d’Etat comme il est le maître de l’homme d’affaires. Et il est le maître du magistrat comme il est le maître du simple citoyen. Et il est le maître de l’Etat comme il est le maître de l’école. Et il est le maître du public comme il est le maître du privé.

Et il est le maître de la justice plus profondément qu’il n’était le maître de l’iniquité. Et il est le maître de la vertu plus profondément qu’il n’était le maître du vice.

Il est le maître de la morale plus profondément qu’il n’était le maître des immoralités.  »

Charles PéguyNote conjointe sur M. Descartes (Ed. Gallimard, nrf, 8e édition, pp. 291-292) – 1914 [1942]

Le petit garçon d’Haarlem

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Le petit garçon hollandais, dessin inspiré de cette histoire…

« Hans Brinker était un petit garçon des belles étendues de Hollande, habitant dans la commune de Spaarndam. Amoureux de ce « pays » que l’on a qualifié de « bas » en raison de son souci constant du niveau des eaux, il vivait comme beaucoup de ses camarades et compatriotes proche d’une digue. Et c’est naturellement qu’il empruntait chaque soir le chemin qui la longeait afin de rentrer chez lui. Rien de bien particulier ne s’y passait. Pourtant un soir, alors qu’il revenait à la maison à vélo, fredonnant un air avec insouciance, un bruit inattendu attira son attention. De quoi pouvait-il bien s’agir ? Hans jeta un œil en bas de la digue et un frisson le gagna. Une toute petite brèche laissait passer un filet d’eau. Ô quiconque ne connaît pas la puissance de l’eau, et sa capacité à renverser tous les obstacles placés sur sa route, n’y aurait sans doute pas prêté attention. Mais Hans, comme tout un chacun ici, était un vrai connaisseur des dégâts qu’elle peut occasionner et il se précipita donc au bas de la digue. Que faire ? Personne aux environs… Aucune possibilité de colmater cette petite brèche. Il n’hésita pas plus longtemps et glissa son doigt dans l’interstice d’où s’échappait l’eau. Le « bouchon » fonctionna à merveille. Jusqu’à quand ? Il était soudain prisonnier de la digue mais il savait que c’était son devoir de se comporter ainsi. Alors Hans patienta, et nul ne vint davantage durant l’heure qui s’écoula qui lui parut désespérément longue. Son doigt était enflé à présent, et une douleur communiquée à travers le bras gagnait tout son corps. Le regard perdu au loin à la recherche d’une aide providentielle, Hans savait que la nuit bientôt viendrait. Ce qu’elle fit, inéluctablement. Et de longues et interminables heures, à moins que ce ne soit des siècles, se succédèrent. Au petit matin, le premier passant, un pasteur dit-on le retrouva, transi de douleur, grelottant de froid. Hans avait sauvé le village. Et il devint naturellement un héros. Si vous passez par Haarlem, ne manquez pas de faire un détour par sa statue qui se dresse sur l’une des écluses entrecoupant la digue de Spaarndam. »

Mary Mapes DodgeLes Patins d’Argent – 1865

Certains se donnent corps et âmes pour sauver une digue dont la destruction entraînerait un drame pour leur peuple, d’autres facilitent cet effondrement.

Éducation industrielle

« L’éducation de masse, qui se promettait de démocratiser la culture, jadis réservée aux classes privilégiées, a fini par abrutir les privilégiés eux-mêmes.

la société moderne, qui a réussi à créer un niveau sans précédent d’éducation formelle, a également produit de nouvelles formes d’ignorance.

Il devient de plus en plus difficile aux gens de manier leur langue avec aisance et précision, de se rappeler les faits fondamentaux de l’histoire de leurs pays, de faire des déductions logiques, de comprendre des textes écrits autres que rudimentaires. »

Christopher LaschLa culture du Narcissisme (Éd. Climats, Paris, p.169) – 2000

Une certaine idée du fascisme

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« Au-delà de tout, dans le fascisme, il existe un sentiment du monde, un certain style de vie, une approche particulière de l’existence. Dans le fascisme, il y a, avant la politique, une dimension esthétique, symbolique et existentielle, il y a un certain savoir-faire aristocratique voué au peuple, qui fait décanter l’esprit en cultivant le corps, qui porte en triomphe la mort en vivant pleinement sa vie, qui expérimente la liberté au sein de la communauté.
Être fasciste, c’est une chose presque indéfinissable, un quid, un mélange d’activisme, de jeunesse, de combativité, de mysticisme. Être fasciste, c’est avoir une allure sobre et décontractée, tragique et solaire, c’est posséder une volonté de grandeur, de puissance, de beauté, d’éternité, d’universalité. C’est adhérer à une logique de fraternité, de camaraderie, de communauté. Être fasciste, c’est avoir conscience d’une destinée et avoir l’envie éhontée de l’affronter, avoir la capacité de vivre pleinement dans la bande, dans l’équipe, dans le clan et de savoir élever ce lien au niveau de la nation et de l’empire. Être fasciste, c’est avoir 17 ans pour toute la vie.
C’est se dépasser, c’est donner forme à soi-même et au monde. Être fasciste, c’est jouir en scandalisant les moralistes, les sépulcres blanchis, les vieux perruqués. C’est cultiver la radicalité dans le pragmatisme, ressentir le dégoût pour la décadence et la petitesse d’esprit, tout en sachant vivre dans son temps, goûter à la modernité, puiser dans l’enthousiasme faustien pour la modernité.
Être fasciste, c’est avoir pour compagnons, au-delà de toute complication cérébrale le feu, le marbre, le sang, la terre, la sueur et le fer. C’est parvenir à faire vibrer ses cordes intérieures sur la fréquence des plus humbles tout en refusant l’adulation, l’indulgence, la démagogie et la prostitution intellectuelle. N’avoir de la nostalgie que pour le futur !
Le fascisme, c’est fonder des villes, assainir des terres, porter un projet de civilisation. C’est concevoir l’existence comme une lutte et une conquête, sans ressentiments. C’est faire don de soi aux camarades, à sa nation, à son idéal, jusqu’au sacrifice extrême. Oui être fasciste c’est tout cela avec, en plus, un style, une idée de l’esthétique, un goût pour le décorum. C’est être élégant et souriant jusqu’à l’échafaud et au-delà. »

Adriano SciancaCasaPound, une terrible beauté est née (Éd. du Rubicon, Paris) – 2012

(image de présentation du billet trouvée chez Phalanx Europa, superbe site identitaire !)

Agonie cordicole

« […] il est légitime de se demander si l’humanité telle qu’elle est n’aurait pas intérêt à s’effacer maintenant plutôt que de s’exténuer et s’avachir dans l’attente, en s’exposant à une ère d’agonie, où elle risquerait de perdre toute ambition, même celle de disparaître. »

Emil Michel CioranÉcartèlement (Éd. Gallimard, nrf, Les essais CCVII, p. 50) – 1979

Agonie complaisante

« La Révolution fut provoquée par les abus d’une classe revenue de tout, même de ses privilèges, auxquels elle s’agrippait par automatisme, sans passion ni acharnement, car elle avait un faible ostensible pour les idées de ceux qui allaient l’anéantir.

La complaisance pour l’adversaire est le signe distinctif de la débilité, c’est-à-dire de la tolérance, laquelle n’est, en dernier ressort, qu’une coquetterie d’agonisants. »

Emil Michel CioranÉcartèlement (Éd. Gallimard, nrf, Les essais CCVII, p. 30) – 1979

Concentration cordicole

« Chacune de ces trop grandes et trop vivantes cités, créations de l’inquiétude, de l’avidité, de la volonté combinées avec la figure locale du sol et la situation géographique, se conserve et s’accroît en attirant à soi ce qu’il y a de plus ambitieux, de plus remuant, de plus libre d’esprit, de plus raffiné dans les goûts, de plus vaniteux, de plus luxurieux et de plus lâche quant aux moeurs.

On vient aux grands centres pour avancer, pour triompher, pour s’élever; pour jouir, pour s’y consumer; pour s’y fondre et s’y métamorphoser; et en somme pour jouer, pour se trouver à la portée du plus grand nombre possible de chances et de proies, femmes, places, clartés, relations, facilités diverses; […]

[…] Chaque grande ville est une immense maison de jeux. »

Paul ValéryRegards sur le monde actuel et autres essais (Éd. Gallimard, nrf, p.120) – 1945 [1961]

Soumission

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Certains n’y vont pas avec le dos de la cuillère, profitant bassement d’une miraculeuse tribune offerte par les médias soumis depuis longtemps aux quotas multiculturels.

Ainsi, Ali Baddou (pas le site de rencontres faciles et rapides ! non le « journaliste » de Canal+) a failli dégobiller tout son houmous de midi après avoir lu le brûlot !!!… dame ! rien que ça…

«Je suis de culture musulmane, ça, c’est le hasard. Je suis profondément laïque, ce livre m’a foutu la gerbe. Autant le dire aussi simplement que ça. On est en 2015 et l’année démarre avec ça, c’est-à-dire avec l’islamophobie, qui est installée, qui est diluée dans le livre d’un grand romancier français. C’est un livre au fond, qui, pour moi, habitue au racisme anti-musulman…».

Est-il nécessaire de lui rappeler ainsi qu’à tous ses camarades de jeu que l’Islam n’est pas une race ??!!…

Ce que Michel Houellebecq a été obligé de faire Bourmeauavec le commissaire politique Sylvain Bourmeau et sa tronche à la Niel qui, lui aussi d’ailleurs, y va de son refrain convenu des plus acerbes sur Médiapart le 2 janvier 2015 dans un billet au titre racoleur « le suicide littéraire français » (quelle imagination débordante !…)  : « Car l’abjection politique et la faiblesse littéraire apparaissent, comme souvent, indissolublement liées. Roman sec et triste, approximatif, mal documenté, pas dialogique pour un sou et sans une once de poésie – si l’on l’excepte une farandole d’abominables dégoulinades monothéistes variées –, Soumission sonne faux de bout en bout et n’est certainement pas digne de la bibliographie de celui qu’on peut sans doute encore, même après ce livre, considérer comme l’un des écrivains contemporains d’expression française les plus importants. ».

abjection politique, faiblesse littéraire, abominables dégoulinades,… comme il y va ! ahhhh,  le propre des français sans talent, sans légitimité, me direz-vous.

En tous les cas, Mimi a recadré, disais-je, ce bêcheur sur l’abus de langage à propos du terme « racisme » dans l’extrait ci-dessous tiré d’une entrevue retranscrite à la fin du billet de Médiapart sus-mentionné.

« […] S.B. : Mais je ne comprends pas le lien avec le racisme en l’occurrence…

M. H. : Effectivement, il n’y en a pas. Objectivement, il n’y en a pas. Quand j’ai été relaxé lors qu procès que l’on me faisait pour racisme, il y a une dizaine d’années, la procureure a fait remarquer légitimement que la religion musulmane n’était pas une appartenance raciale. C’est devenu encore plus évident aujourd’hui. Donc on a étendu le domaine du racisme en inventant le délit d’islamophobie.

S. B. : Le mot est peut-être mal choisi mais il existe des formes de stigmatisation de groupes ou de catégories de personnes qui sont des formes de racisme…

M. H. : Ah non, l’islamophobie n’est pas un racisme. S’il y a un truc qui est devenu évident, c’est bien cela.

S. B. : L’islamophobie sert de paravent à un racisme qui n’est plus dicible parce qu’il tombe sous le coup de la loi.

M. H. : Je crois que c’est juste faux. Je ne suis pas d’accord.

S. B. : Autre couple discutable avec lequel tu fonctionnes, l’opposition entre antisémitisme et racisme… On peut au contraire relever combien historiquement les deux sont souvent allés de pair.

M. H. : Je crois que l’antisémitisme n’a rien à voir avec le racisme. J’ai mis du temps à comprendre l’antisémitisme en fait. La première pensée est de le rapprocher du racisme. Mais qu’est-ce qu’un racisme où une personne ne peut dire si l’autre est juif ou pas juif parce que cela ne se voit pas ? Le racisme c’est plus élémentaire que ça, c’est une couleur de peau différente…

S. B. : Non parce qu’il y a des racismes culturels depuis longtemps.

M. H. : Mais là tu emploies les mots au-delà de leur sens. Le racisme c’est simplement ne pas aimer quelqu’un parce qu’il appartient à une autre race, parce qu’il n’a pas la même couleur de peau, les mêmes traits etc. Il ne faut pas donner au mot une extension supérieure.

S. B. : Mais comme les races n’existent pas d’un point de vue biologique, le racisme est forcément culturel.

M. H. : Mais ça existe apparemment en tout cas. Evidemment à partir du moment où il y a du métissage… Mais sois de bonne foi Sylvain ! Tu sais très bien qu’un raciste c’est quelqu’un qui n’aime pas quelqu’un d’autre parce qu’il a la peau noire ou parce qu’il a une gueule d’arabe. C’est ça le racisme. […] »

Bon sinon, il y a aussi l’inénarrable Claude Askolovitch qui pour une fois, démontre plus de finesse mais dont le message est on ne peut plus clair dans son édito sur ITélé du 4 janvier 2015 face à une énième présentatrice demeurée digne d’une télé-réalité (de 2:12 à 2:15, elle vaut le détour !!!).

http://www.itele.fr/chroniques/edito-claude-askolovitch/houellebecq-contre-hollande-106405

Après une ode à la Socialie de Toutmou et du Torero (de 0:32 à 1:00), il passe un peu de pommade à Mimi puis… vlan ! « un écrivain intrinsèquement pervers » (1:05)… ça, c’est fait.

S’ensuit un petit résumé de Soumission, et on remet une couche sur notre fantasme commun, celui des obscurs franchouillards, la disparition de notre nation envahie (1:42), sans oublier l’incontournable phobie (pas celle des homos, pas celle des xénos,… non, l’islamophobie !) « un peu, beaucoup islamophobe » (1:54).

Et hop, recirage de pompes à parir de 2:17 avec une étonnante leçon sur le réel alors que ces gauchiards sont des spécialistes du déni de la réalité !!… Puis, l’éternelle antienne de la peur (2:32) qu’Askolo évite miraculeusement mais il ne peut échapper à l’histoire du bébé rom…

Donc, juste parce que ces deux têtes de cul du système gauchiard, parmi tant d’autres comme Laurent Joffrin dans Libération du 2 janvier 2015, désignent à la vindicte bobo-gaucho-caviard un Goncourt, capable de balancer «La religion la plus con, c’est quand même l’islam.» au magazine Lire en septembre 2001 (cf. Le Figaro du 30 décembre 2014), alors on ne peut que courir chez le premier libraire pour acquérir le précieux objet décrié.

Même un ancien refourgueur de frusques pour dames qui n’a jamais rien écrit d’enthousiasmant, Guillaume Erner, « journaliste » à la radio des bobos FranceInter et, officiant sur le très officiel de Socialie, le Huffington Post d’aujourd’hui, compare le bouquin de Michel a un plug anal littéraire, il explique que « Le plug anal n’est pas un objet particulièrement léché, comme l’ouvrage de Michel Houellebecq. Mais le roman, comme la sculpture de Paul Mac Carthy, s’ils ne sont pas esthétiquement remarquables, sont médiatiquement incontournables. », et pour finir en conseillant : « Reste une dernière possibilité, pour les plus intrépides : ignorer le livre de Houellebecq. Mais la seule façon de ne pas voir le roman de Houellebecq, comme pour le plug anal, c’est de s’asseoir dessus. »… conseil quoi de plus normal pour les dégénérés de gauche !

L’ampoulé n’a aucun prix, n’est rien en littérature et il se permet de qualifier cet ouvrage de « pas particulèrement léché »…

Et parce qu’en plus, Mimi nous gratifie d’un « c’est une satire des journalistes politiques tout au plus, un petit peu des hommes politiques aussi à vrai dire. Mais les personnages principaux, non. », je vais donc m’empresser de me procurer le scélérat codex !

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De Re Gallica

« Un corps électoral ignorant les problèmes de l’État, les groupes qui intriguent, les ministres qui passent et tombent, cela ne peut être le vrai régime d’un peuple. Il doit donc y avoir autre chose.

Cette autre chose, ou ces autres choses, cela reste à découvrir, et quoiqu’il soit un peu ridicule d’avouer cette ambition à haute voix, leur découverte, est ce que nous voudrions tous tenter ici.

Toutes les histoires sont des énigmes difficiles, mais plus que les autres peut-être celles de nos époques démocratiques, parce que leurs traits sont enfouis sous une couche plus épaisse d’illusions flatteuses. En monarchie, c’est un seul homme qu’il faut flatter. En démocratie, c’est tout le monde, d’où cette énorme littérature, presque toute mensongère, et cet appareil compliqué d’institutions si s ouvert fictives. »

Daniel HalévyDécadence de la Liberté (Les Écrits, Éd. Bernard Grasset, p. 83) – 1931