Totalitarisme progressiste

« La vérité est qu’il existe deux formes distinctes de totalitarisme, très différentes dans leur nature et dans leurs effets, mais l’une et l’autre redoutables.

La première à l’Est, emprisonne, persécute, meurtrit les corps : au moins laisse-t-elle intacte l’espérance.

L’autre, à l’Ouest, aboutit à créer des robots heureux. Elle climatise l’enfer. Elle tue les âmes. »

Alain de Benoistpropos au XVe colloque du GRECE à Versailles – 1981

Égalité à toutes les sauces

« La république est alors un régime d’homogénéité entre les institutions de l’État et les moeurs de la société.

La tradition républicaine, en ce sens, ne remonte ni à Rousseau ni à Machiavel. Elle remonte proprement à la politeia platonicienne. Or celle-ci n’est pas le règne de l’égalité par la loi, de l’égalité « arithmétique » entre unités équivalentes.

Elle est le règne de l’égalité géométrique qui met ceux qui valent plus au-dessus de ceux qui valent moins.

Son principe n’est pas la loi écrite et semblable pour tous, mais l’éducation qui dote chacun et chaque classe de la vertu propre à sa place et sa fonction. »

Jacques RancièreLa haine de la démocratie (Éd. La fabrique, Paris, diffusé par Les Bellles Lettres, p.71) – 2005

Esprits façonnés

« Le façonnement industriel des esprits nous contraindra dans un très proche avenir à le prendre en considération comme une puissance radicalement nouvelle, sans commune mesure avec ses commencements, et qui croît avec une grande rapidité.

Il est proprement l’industrie-clé du vingtième siècle.

Partout, où de nos jours, un pays civilisé est occupé ou délivré, partout où s’accomplit un coup d’État, une révolution, un chambardement, le nouveau régime ne s’empare plus en premier lieu de la rue et des centres de l’industrie lourde, mais des postes émetteurs, des imprimeries et des services de télécommunications. »

Hans Magnus EnzensbergerCulture ou mise en condition ? (Éd. Les Belles Lettres, coll. Le goût des idées,  p.16) – 2012 [1962]

Hypallage

« Nul mieux que Louis-Sébastien Mercier n’a résumé la manière de Voltaire en observant qu’il « ne travaillait pas sa pensée, mais son style ».

Le style de Voltaire est dominé par l’antiphrase qui rend sa pensée inclassable. L’antiphrase n’est pas seulement la figure de l’ironie mais peut devenir celle de la contrevérité quand elle se convertit en hypallage.

L’hypallage consiste à retourner la réalité en inversant dans une proposition donnée les propriétés de certains mots pour les attribuer à d’autres. […]

[…] « Les philosophes criaient à la tyrannie », confirme Gaxotte, alors que « la véritable tyrannie était celle qu’ils exerçaient sur la littérature ».

L’hypallage des philosophes, dès lors qu’elle prend une pose supposée voltairienne, consiste à faire taire un adversaire au nom de la « tolérance », rebaptisée depuis « liberté d’expression ». »

Michel LeterTout est culture (Éd. Les Belles Lettres, Paris, p. 191 et 192) – 2015

Pacifisme

« La guerre est la plus forte rencontre des peuples.

Alors que commerce et circulation, compétitions et congrès ne font se joindre que les pointes avancées, la guerre engage l’équipe au complet, avec un objectif seul et unique : l’ennemi.

Quels que soient les problèmes et les idées qui agitent le monde, toujours leur sort se décida par la confrontation dans le sang.

Certes toute liberté, toute grandeur et toute culture sont issues du silence de l’idée, mais seules les guerres ont pu les maintenir, les propager ou les perdre.

La guerre seule a fait des grandes religions l’apanage de la terre entière, a fait surgir au jour, depuis leurs racines obscures, les races les plus capables, a fait d’innombrables esclaves des hommes libres. »

Ernst JüngerLa guerre comme expérience intérieure (Éd. Christian Bourgeois, coll. Titres, Titre 68, p.75) – 2008 [Le combat comme expérience intérieure, 1922]

Tout à fait François !…

montage François Lambert

Je suis tombé sur cette perle en faisant quelques recherche sur le cas Lambert…

Et finalement, je suis bien d’accord avec lui !!!… : Tous ces intégristes du multiculturalisme, immigrationnistes, LGBT, pro-choix (cf. Fourest et Venner), de l’art contemporain,… font ce qu’ils veulent !!!!

Ils font voter des lois qui sont autant de flingues sur les tempes des gens et vous avez à obéir !!!

Je vous rassure immédiatement. Malheureusement, ce n’est pas ce qu’il a dit dans Libération du 23 juillet 2015 mais sa version vaut son pesant de cacahouète : « on vit dans un Etat où les intégristes font ce qu’ils veulent, ils mettent un flingue sur la tempe des gens et vous avez à obéir »… consternant de bêtise lorsque l’on connait l’immense influence des lobbies citées plus haut face à celle improbable de l’Opus Dei (institution qui ne fait que suivre les préceptes de l’église catholique romaine à la lettre : rien d’extraordinaire, juste des gens soucieux des traditions et qui suivent des règles !).

Il parle même de « jihadistes catholiques intégristes » dans le Libération du 7 juillet 2015… si ça ce n’est pas de l’amalgame, si ce n’est pas un appel à la haine des catholiques intégristes… en tous les cas, c’est à coup sûr être un vrai baltringue sans crédibilité !

Non mais sérieusement, comment peut-on donner autant de visibilité à un…. neveu !!!???…

Une famille, la vraie, la cellule de base, ce sont les parents et les enfants, point ! Pas les neveux, les tantes, les cousins,…

Même le frère et la soeur n’ont pas forcément leurs mots à dire puisqu’à mon sens, et il s’agit de pure logique, seuls les parents qui sont les géniteurs, qui ont donné la vie peuvent émettre un avis pour la reprendre.

Ne peut enlever la vie que celui qui l’a donnée (dans le cas précis de l’euthanasie).

Finalement, cet inconnu (le neveu) qui n’était rien est devenu « quelqu’un » grâce aux merdias, tout simplement.

Il écrit sur les sites du NouvelObs, de Huffingtonpost; il passe sur BFMTV (non mais !),… : il aura eu son quart d’heure à la Wharol !

Il ferait mieux de la fermer et de relire sa première tribune du 6 mai 2015 de l’Express dans laquelle il expliquait avec ses petits camarades quelque chose de sensé pour une fois :

« Une chose fait consensus cependant, il faut toujours s’efforcer d’approcher au plus près de ce que le patient aurait voulu pour lui-même. Et lorsqu’on ne sait pas, on ne peut arrêter les traitements. » (alors qu’un mois après, il demandait l’arrêt des soins et disait l’inverse !!… un poil versatile le garçon !!).

Surtout que l’on ne sait jamais, les progrès de la médecine sont tellement fulgurants, sans compter ce genre de témoignage relaté dans La dépêche du Midi du 29 juillet 2105, celui de Claire Winelane (sorite d’un coma de deux semaines en relation avec sa mucoviscidose ).

 

Donc François, ferme là et au passage, demande à l’autre de l’Elysée d’en faire autant, voire de démissionner !

Conflit bénéfique

« […] la guerre a été organisée entre les nations, et considérée comme une des formes de la justice; forme terrible, qui, c’est ma conviction et mon espérance, doit tomber peu à peu en désuétude, mais qui n’est pas moins essentielle à la constitution de l’humanité et à la manifestation du droit. »

Pierre-Joseph ProudhonLa pornocratie ou les femmes dans les temps modernes – 1875 (Librairie internationale, chapitre II Parallèle de l’Homme et de la Femme, p. 40 – Éd. A. Lacroix et Cie)

Agonie complaisante

« La Révolution fut provoquée par les abus d’une classe revenue de tout, même de ses privilèges, auxquels elle s’agrippait par automatisme, sans passion ni acharnement, car elle avait un faible ostensible pour les idées de ceux qui allaient l’anéantir.

La complaisance pour l’adversaire est le signe distinctif de la débilité, c’est-à-dire de la tolérance, laquelle n’est, en dernier ressort, qu’une coquetterie d’agonisants. »

Emil Michel CioranÉcartèlement (Éd. Gallimard, nrf, Les essais CCVII, p. 30) – 1979

Éloge de l’autorité

Sur Atlantico, le 19 mars 2014,  Michel Erman évoque, à propos de cette stupidité de « présidence normale », le dernier ouvrage du professeur émérite de philosophie (Paris X) Robert Damien, « Éloge de l’autorité : Généalogie d’une (dé) raison politique », paru chez Armand Colin.

couverture Éloge de l'autorité

« La notion d’autorité serait-elle devenue un archaïsme dans nos catégories politiques d’individus postmodernes ?

Quand on se rappelle un de Gaulle incarnant le chef avec ses qualités de prudence et d’audace ou un Mitterrand ne négligeant pas la posture de père de la Nation, comment ne pas broncher sur le « président normal » – oxymore calamiteux destiné à amoindrir la notion de pouvoir – et se demander si, en politique, la figure de l’autorité n’est pas passée de la volonté de servir en commandant à la nécessité de diriger en (com) plaisant. Ou comment faire croire qu’entre gouvernants et gouvernés règnerait une innocente égalité plutôt qu’une altérité médiatisée par les institutions !

Sans compter que l’Europe des marchés et la mondialisation dépouillent en partie ladite autorité de ce qui fait ses vertus : l’action sur le réel et l’exercice de la puissance. Soyons un rien irrévérencieux, aujourd’hui celle-ci ne se manifesterait-elle pas plus souvent dans le pouvoir de nomination que dans le pouvoir de décision… » Dans son Éloge de l’autorité, le philosophe Robert Damien rappelle que cette dernière s’autorise moins de la force que du symbolique et de l’éthique.

L’autorité permet l’exercice d’un pouvoir qu’elle transcende, lui donnant ainsi sa légitimité dans la société démocratique où il s’agit non d’ordonner mais de convaincre. Avec cette réserve qu’elle risque toujours de paraître soit excessive soit insuffisante. C’est précisément cette légitimité et ses nombreuses défiances que le livre interroge en relisant Machiavel, Tocqueville ou Bachelard. La démocratie est indissociable d’un idéal antiautoritaire, mais les citoyens manifestent toujours peu ou prou le besoin d’être « conduits », comme le disait Tocqueville. Ils attendent d’un chef de l’exécutif qu’il soit un meneur, et ils font parfois de lui leur idéal du moi.

Comment concilier ces idéaux sans y voir le culte du désordre et celui de la servitude ? Certains répondront qu’il faut substituer à la verticalité du pouvoir et au spectre de la loi une horizontalité des délibérations et des décisions, il s’agit plus ou moins de la fameuse démocratie participative.

En contrepoint, Robert Damien réhabilite le conflit en démocratie : en suivant Machiavel, il soutient que les individus entrent en compétition pour échapper à la domination et, dans le même temps, se perfectionner, de là naît une hiérarchie juste. Si la thèse est classique, ce qui l’est moins est de faire de la règle du jeu et de l’esprit d’équipe le modèle du contrat social puis de l’entraîneur sportif celui du chef politique incarnant l’autorité. On lira à ce propos les belles pages que l’auteur consacre au rugby et dans lesquelles il rend à l’autorité acceptée son sens étymologique d’augmentation de soi. Entre la méditation et le traité, cet ouvrage, exigeant, peut se lire comme un miroir tout à la fois des princes et des citoyens. »