Pacifisme

« La guerre est la plus forte rencontre des peuples.

Alors que commerce et circulation, compétitions et congrès ne font se joindre que les pointes avancées, la guerre engage l’équipe au complet, avec un objectif seul et unique : l’ennemi.

Quels que soient les problèmes et les idées qui agitent le monde, toujours leur sort se décida par la confrontation dans le sang.

Certes toute liberté, toute grandeur et toute culture sont issues du silence de l’idée, mais seules les guerres ont pu les maintenir, les propager ou les perdre.

La guerre seule a fait des grandes religions l’apanage de la terre entière, a fait surgir au jour, depuis leurs racines obscures, les races les plus capables, a fait d’innombrables esclaves des hommes libres. »

Ernst JüngerLa guerre comme expérience intérieure (Éd. Christian Bourgeois, coll. Titres, Titre 68, p.75) – 2008 [Le combat comme expérience intérieure, 1922]

Responsabilité occidentale ?

« Je comprends qu’on déclare la guerre à l’Occident, lequel n’est plus une civilisation mais une idéalisation cynique de la démocratie, c’est-à-dire le contraire de toute vie spirituelle, de toute mémoire féconde : une puissance mortifère. ».

Richard MilletL’Opprobre, essai de démonologie (Éd. Gallimard, NRF, p. 52) – 2008

Saint-Empire capitaliste contre la nation

« Entre le capital et la nation, il y a donc une hétérogénéité profonde et souvent une contradiction. L’Empire de l’argent a ses lois et sa propre polarisation. Comme tout ce qui existe, il a tendance détruire ce qui s’oppose à son développement ou simplement ce qui y est étranger.

La loi du profit est sourde et implacable. Il arrive que l’intérêt national y trouve son compte mais cet accord est de hasard. La loi du profit ne connaît qu’elle-même.

Si l’intérêt national se trouve sur sa route, il est balayé comme le reste.

La prospérité de nos nations ne préoccupe le grand capitaliste que parce qu’elle constitue ce qu’il appelle »un pouvoir d’achat ». Leur indépendance ne l’intéresse pas. Il les veut, au contraire, faibles et dociles, assez riches pour acheter, pas assez riches pour créer.

En définitive, les seigneurs du Saint-Empire capitaliste souhaitent aux nations l’impuissance et la prospérité.

Ils souhaitent avec bienveillance qu’elles travaillent et qu’elles soient heureuses.

Ils souhaitent qu’elles ignorent toujours qu’elles travaillent pour des maîtres inconnus. »

Maurice BardècheLes temps modernes (Éd. Les Sept couleurs, p. 100-101) – 1956

Gastropoda democratica

« À la dégénérescence de la démocratie encanaillée, nous avons vu succéder à Vichy la dégénérescence de la démocratie bourgeoise.

L’une vaut l’autre, leurs frontières sont fort vagues. Les hommes des deux cliques se croisent chaque jour devant l’hôtel du Parc. La bourgeoisie a tout simplement amené de nouveaux tyranneaux, de nouveaux profiteurs, dans le même désordre et la même impuissance qu’auparavant. Autant de phénomènes typiques de la démocratie.

Ces bourgeois, fidèles à leur nature, sécrètent la guerre comme l’escargot la bave. »

Lucien RebatetLes décombres (Éd. Denoël, p. 627) – 1942

Principe spirituel

« Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une constituent cette âme, ce principe spirituel.

L’une est dans le passé, l’autre dans le présent.

L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs; l’autres est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. »

Ernest RenanQu’est-ce qu’une nation ? (Éd. Calmann Lévy, Paris, p. 26) – 1882

Droits débilitants

« La conception originelle, fondatrice, de l’État moderne liait étroitement la considération des droits individuels et celle du pouvoir, ou de la puissance publique.

Aujourd’hui, les droits ont envahi tout le champ de la réflexion et pour ainsi dire de la conscience. Ils ont rompu leur alliance avec la puissance, dont ils sont même devenus les ennemis implacables.

De l’alliance entre droit et pouvoir, nous sommes passés à la réclamation d’un pouvoir du droit dont le « pouvoir des juges »ne serait en somme que la manifestation empirique ou « phénoménale ».

Cette élévation du droit aux dépens du pouvoir – ici, du pouvoir politique légitime – constitue assurément un facteur de plus en plus déterminant et débilitant de la vie politique des nations européennes. »

Pierre ManentLa raison des nations, Réflexions sur la démocratie en Europe (Éd. L’Esprit de la Cité, Gallimard, p.27 et 28) – 2006

Le règne du Mou

« On avait inventé le libre arbitre, bâti des écoles, tenté de forger des individus debout.

Voici venu le temps des larves, le doigt sur la souris, l’érection incertaine, la satisfaction baveuse. Fringues griffées et nourritures spongieuses.

La pornographie est le règne du mou, contrairement aux apparences. »

Jean-Paul BrighelliLa société pornographique (Éd. François Bourin, p.102) – 2012

Leçon de vocabulaire

« […] La civilisation a été rebaptisée la démocratie; et le sauvage, le totalitaire ou l’arriéré. […] Et s’il persiste à ne pas comprendre où est son intérêt, et le fin mot de l’Histoire, il faudra ramener le récalcitrant à la Raison par la manière forte. »

Régis DebrayAveuglantes lumières. Journal en clair-obscur (Éd. Gallimard, Paris, p. 130) – 2006

Trop, c’est trop !

«[…] La Loi devenue l’instrument de toutes les cupidités au lieu d’en être le frein ! La Loi accomplissant elle même l’iniquité qu’elle avait pour mission de punir !

[…] Il y a trop de grands hommes dans le monde ; il y a trop de législateurs, organisateurs, instituteurs de sociétés, conducteurs de peuples, pères des nations, etc. Trop de gens se placent au-dessus de l’humanité pour la régenter, trop de gens font métier de s’occuper d’elle ».

Frédéric BastiatLa Loi (Éd. Librairie de Guillaumin et Cie, Paris, p.3 et 78) – 1850