Héritage

« Le sens de l’héritage. Évaluer avec gratitude ce que l’on doit à ses ascendants : la parentèle, la patrie, le terreau spirituel, la langue, la civilisation, ses reflets dans une culture, un paysage, des monuments, des traditions, des codes, des grimoires.
[…] Se percevoir comme un maillon et non un en-soi muré dans son autosuffisance. »

Denis Tillinac – Du bonheur d’être réac (Éd. des Équateurs, p. 43) – 2014

Retour vers le futur cordicole II

« Par une simple altération, par une simple prétendue réforme des programmes de l’enseignement secondaire français, par le triomphe passager de quelques maniaques modernistes et scientistes français, généralement radicaux, quelques-uns socialistes professionnels, toute une culture, tout un monde… disparaît tout tranquillement et tout posément sous nos yeux de la face du monde et de la vie de l’humanité. Sous nos yeux, par nos soins disparaît la mémoire de la plus belle humanité. »

Charles PéguyPensées (Éd. nrf Gallimard, p.80)- 2007 [1905]

(tirée du septième Cahier de la septième série, les Suppléants parallèles, 17 décembre 1905)

Idées claires

« Faire résonner entre elles les cultures et les identités différentes », « favoriser les hybridations et les métissages », permettre l’ « insertion de la culture française dans un contexte international », « aller dans le sens de la globalisation », bref « brasser tous les héritages », cette rhétorique ampoulée, personne aujourd’hui n’y résiste plus, pas même l’auteur de ces citations, directeur à Rome d’une Académie prestigieuse… Les bigots de « la nouvelle Culture » ne font là que tourner les moulins à prière de la modernité. « Ces missionnaires de l’esprit nouveau », répandus dans les instituts français à l’étranger, sont à notre temps ce qu’étaient les précepteurs au siècle des lumières, transfuges « qui traînent partout leur ignorance » et qu’un Joseph de Maistre avait qualifiés de « balayures de l’Europe ». »

Jean Clair – L’hiver de la culture (Café Voltaire, éd. Flammarion, p.44) – 2011

L’ennui cordicole

« Quand les choses, les événements renvoient les uns aux autres et à leur concept indifférencié, alors l’équivalence du monde rencontre et annule l’indifférence de la pensée _ et c’est l’ennui. Même plus d’altercation, même plus d’enjeu. C’est le partage des eaux mortes.

(…) L’ennui formel que secrète cette pensée idéaliste des valeurs, ou cette pensée volontariste de la culture, est le signe secret de son désespoir non par rapport au monde, mais par rapport à son propre discours.

C’est là qu’est la véritable pensée dépressive, chez ceux qui ne parlent que de dépassement et de transformation du monde, alors qu’ils sont incapables de transfigurer leur propre langue. »

Jean BaudrillardLa pensée radicale (éd. Sens&Tonka) – 2005