Indécrottable souveraineté

« Si nous appelons ici nationalisme la volonté de collectivités politiquement organisées, établies sur un territoire et soumises à un État, de maintenir à l’égard des autres collectivités de même sorte une liberté théoriquement entière et au moins égale à celle des autres, nous dirons que l’expansion planétaire de la technique et de l’économie moderne n’aboutit pas à un État universel.

Peuples ou États agissent sur la scène historique à la manière de personnes qui ne veulent pas se soumettre à un maître et ne savent pas comment se soumettre à une loi commune. »

Raymond Aron – Les désillusions du progrès, essai sur la dialectique de la modernité (Éd. Gallimard, coll. Tel, p. 202 et 203) – 1969

Infrastructure biologique fatale

« Chaque mariage ne saurait donc être isolé de tous les autres mariages, passés ou futurs, qui ont eu, ou auront lieu au sein du groupe. Chacun est le terme d’un mouvement qui, aussitôt qu’il a atteint ce terme, doit renverser pour se dérouler dans un sens nouveau; que le mouvement s’arrête, et tout le système de réciprocité se trouvera ébranlé.

En même temps que le mariage est la condition pour que la réciprocité se réalise, il risque donc, à chaque coup, l’existence de la réciprocité : car que se passerait-il, si femme était reçue sans que filou soeur soit rendue ?

Il faut prendre ce risque, pourtant, si l’on veut que la société continue; pour sauvegarder la perpétuité sociale de l’alliance, on doit se compromettre avec les fatalités de la filiation, c’est-à-dire en somme, de l’infrastructure biologique de l’homme. »

Claude Lévi-Strauss – Les structures élémentaires de la parenté (Presses Universiataires de France, Paris, p. 606) – 1949

Lâche abandon

« Mais la proclamation de l’ère multiculturelle est aussi une déclaration d’intention : elle signifie le refus de juger et de prendre parti, la volonté de rester neutre, de se laver les mains des petites disputes qui opposent les modes de vie ou les valeurs.

Elle affiche le nouveau caractère « omnivore culturel » de l’élite mondiale : considérons le monde comme un gigantesque supermarché dont les étalages débordent d’offres diverses et variées, circulons librement d’une allée à l’autre pour goûter tous les produits qui nous passent entre les mains. »

Zygmunt Bauman – Identité (Éd. de L’Herne, p.131 et 132) – 2010 [2004]

Décadence et régression apparente

« Aujourd’hui, beaucoup d’Intellectuels trouvent avantageux pour leurs intérêts de présenter des apologies de la démocratie; ils ont été habitués, grâce à leur éducation classique, à regarder l’histoire comme une sorte d’épopée; ils s’ingénient, en conséquence, à imaginer des sophismes propres à démontrer que la médiocrité démocratique engendre la grandeur sociale.

Nous avons rencontré au cours de cette étude, un des plus effrontés de ces sophismes, celui de la loi de régression apparente; on prétend, grâce à elle, transformer les plongeons dans la décadence en un vol hardi vers les sommets les plus élevés que peut désirer l’esprit. »

Georges Sorel – Les Illusions du Progrès, études sur le devenir social (Librairie Marcel Rivière et Cie, Paris, p.334) – 1947

Théorie sociale cordicole

« C’est la théorie sociale qui aide le scélérat à blanchir ses actes à ses propres yeux et à ceux d’autrui, pour s’entendre adresser non pas des reproches ni des malédictions, mais des louanges et des témoignages de respect. »

Alexandre Soljénitsyne – L’Archipel du Goulag 1918-1956 (Éd. Seuil, Paris, Vol. I, p. 131) – 1973

Usurpateurs

« Il faut avoir vécu dans cet isoloir qu’on appelle Assemblée nationale, pour concevoir comment les hommes qui ignorent le plus complètement l’état d’un pays sont presque toujours ceux qui le représentent. »

Pierre-Joseph Proudhon – Confessions d’un révolutionnaire pour servir à l’histoire de la révolution de février (La Voix du Peuple, Paris, p. 41)  – 1849

Les temps modernes

« On peut penser que les temps modernes sont des temps heureux. C’est l’opinion de certaines personnes. Elles trouvent que nous ne manquons de rien, que nous sommes libres, que nous avons ce qu’on peut avoir de justice et de paix. C’est un point de vue. Dans ce cas, il faut considérer comme circonstances fâcheuses les déconvenues et les sujets d’inquiétudes que nous apporte le présent.

C’est ce qu’elles font sereinement, à la manière de ces mères qui, ne surveillant ni l’hygiène ni les jeux de leurs enfants, parlent ensuite de leur « malchance » quand il y’a des maladies et des jambes cassée.

[…] Mais la médecine politique est plus difficile à pratiquer que l’autre. Pour demander leur secret aux temps modernes, on ne doit pas compter sur le secours du malade. Il faut au contraire débrouiller ses mensonges et reconnaître son véritable état malgré les illusions qu’il cherche à répandre.

L’euphorie des temps modernes, en France et dans les autres démocraties, cache une malhonnêteté fondamentale qui est la cause de notre décadence.

Les régimes que nous appelons démocratiques sont une comédie au même titre que les démocraties populaires. La volonté nationale y est escamotée. Une caste de privilégiés s’y est emparée de la nation. Son pouvoir a pour condition la libre pénétration du pouvoir de l’étranger qui aboutit à notre division politique, à notre impuissance, à notre domestication.

Finalement, sous prétexte de liberté, nous n’en sommes plus maître de rien chez nous, ni de nos économies, ni de nos territoires, ni de notre destin. Nous ne sommes plus rien dans nos nations.

Les temps modernes, c’est le temps de l’expropriation. »

Maurice Bardèche – Les Temps modernes (Éd. Les Sept couleurs, p. 9 à 11) – 1956

Despotisme éclairé

« La seule solution du problème politique et social serait le despotisme des sages et des nobles, d’une aristocratie pure et vraie, obtenue au moyen de la génération par l’union des hommes aux sentiments les plus généreux avec les femmes les plus intelligentes et les plus fines.

Cette proposition est mon utopie et ma république de Platon »

Arthur Schopenhauer – Douleurs du monde, Pensées et fragments (Petite Bibliothèque Rivages, p. 200 et 201) – 1990 [1880, Éd. Félix Alcan]

Pax Gallia

« L’évacuation de la dimension littéraire de la langue au profit de sa démocratisation utilitaire a eu lieu en grande partie pour ne pas désespérer les enfants des immigrés.

Une langue sacrifiée à la paix civile, c’est la mort d’une culture millénaire.

Je n’en rends nullement les immigrés responsables; les semeurs de vent, ce sont les idéalistes postchrétiens et les marchands d’esclaves au pouvoir. Les reliquats hystériques du gauchisme ont fait le reste : évacuer la dimension spirituelle de la culture.

On comprend dès lors que nous soyons méprisés par ces mêmes immigrés : comment l’islam, quand bien même il n’en serait pas l’allié objectif, ne trouverait-il pas à se renforcer au contact du nihilisme à l’oeuvre en Occident ? »

Richard Millet – L’Opprobre, essai de démonologie (Éd. Gallimard, NRF, p. 38 et 39) – 2008

L’air du temps

« Les préjugés se défont et se reforment sans cesse, avec l’éternelle mobilité des nuées. Il est dans leur nature d’être augustes avant de paraître odieux, et les hommes sont rares qui n’ont point les superstitions de leur temps et qui regardent en face ce que le vulgaire n’ose voir. »

Anatole France – Les Opinions de M. Jérôme Coignard (Éd. Calmann-Lévy, p.11) – 1895