Éclosion de la tyrannie

« Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus, au-dessus d’eux, l’autorité de rien et de personne, alors, c’est là, en toute beauté, et en toute jeunesse, le début de la tyrannie. »

PlatonLa République Livre VIII (Les Belles Lettres, Paris) – 2002 [315 avant J.C.]

Antique sentence

« La diversité d’origine peut aussi produire des révolutions jusqu’à ce que le mélange des races soit complet; car l’État ne peut pas plus se former du premier peuple venu, qu’il ne se forme dans une circonstance quelconque. Le plus souvent, ces changements politiques ont été causés par l’admission au droit de cité d’étrangers domiciliés dès longtemps, ou nouveaux arrivants. Les Achéens s’étaient réunis aux Trézéniens pour fonder Sybaris; mais étant bientôt devenus les plus nombreux, ils chassèrent les autres, crime que plus tard les Sybarites durent expier. Les Sybarites ne furent pas, du reste, mieux traités par leurs compagnons de colonie à Thurium; ils se firent chasser, parce qu’ils prétendaient s’emparer de la meilleure partie du territoire, comme si elle leur eût appartenu en propre. A Byzance, les colons nouvellement arrivés dressèrent un guet-apens aux citoyens; mais ils furent battus et forcés de se retirer.

Les Antisséens, après avoir reçu les exilés de Chios, durent s’en délivrer par une bataille. Les Zancléens furent expulsés de leur propre ville par les Samiens, qu’ils y avaient accueillis. Apollonie du Pont-Euxin eut à subir une sédition pour avoir accordé à des colons étrangers le droit de cité. A Syracuse, la discorde civile alla jusqu’au combat, parce que, après le renversement de la tyrannie, on avait fait citoyens les étrangers et les soldats mercenaires. A Amphipolis, l’hospitalité donnée à des colons de Chalcis devint fatale à la majorité des citoyens, qui se virent chasser de leur territoire. »

AristotePolitique, Théorie générale des révolutions, Livre VIII, chapitre 1, paragraphe 10 et 11 (Éd. Librairie philosophique de Ladrange Paris) – 1874 [345/344 av. J.C]

Héritage

« Le sens de l’héritage. Évaluer avec gratitude ce que l’on doit à ses ascendants : la parentèle, la patrie, le terreau spirituel, la langue, la civilisation, ses reflets dans une culture, un paysage, des monuments, des traditions, des codes, des grimoires.
[…] Se percevoir comme un maillon et non un en-soi muré dans son autosuffisance. »

Denis Tillinac – Du bonheur d’être réac (Éd. des Équateurs, p. 43) – 2014

Singularité cordicole

« L’homme n’a qu’un désir absolu, conserver son existence, s’affranchir de toute douleur, même de toute privation; ce qu’il veut, c’est la plus grande somme possible de bien-être, c’est la possession de toutes les jouissances qu’il est capable d’imaginer, et qu’il s’ingénie à varier et à développer sans cesse. Tout obstacle qui se dresse entre son égoïsme et ses convoitises excite son humeur, sa colère, sa haine : c’est un ennemi qu’il faut écraser. »

Arthur SchopenhauerDouleurs du monde (Pensées et fragments, Petite Bibliothèque Rivages, p. 158 et 159) – 1990 [1885]

Réalisme réac

« La démocratie repose sur l’existence d’une solide hiérarchie; il faut à l’oligarchie de gros arrivistes, une troupe ardente de bas-officiers qui ne cesse de travailler dans l’intérêt de ses chefs et qui retire peu de profit matériel de son activité; il faut tenir en haleine cette sorte de petite noblesse, en lui prodiguant des marques de sympathie, en excitant chez elle des sentiments d’honneur, en lui parlant un langage idéaliste. La grandeur du pays, la domination des forces naturelles par la science, la marche de l’humanité vers la lumière, voilà les balivernes qui se retrouvent à tout instant chez nous, dans les discours des orateurs démocratiques. »

Georges SorelLes illusions du progrès (Études sur le devenir social, Librairie Marcel Rivière et Cie, Paris, 5e édition, p.265) – 1947 [1908]

Mater fecunditatis

Montage fécondité

2 représente la fécondité française en métropole en nombre d’enfants par femme en 2012 selon l’INSEE.

En la comparant aux autres pays européens ou aux États-Unis, nous avons le taux de fécondité le plus élevé en ces dures périodes de crise mondiale. Soit, mais il faut toujours analyser des données dans leur(s) contexte(s) pour que leur(s) signification(s) ne soi(en)t pas biaisée(s).

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Fécondité France depuis 1902 INSEE

Ainsi, cette constatation qui devrait nous réjouir et nous rassurer est l’arbre qui cache une forêt bien dense, celle de la place de la maternité et de la femme dans notre société moderne, celle du rapport parents/nouveau-né face aux carrières professionnelles (congés maternité et/ou paternité), celle du grand remplacement (forte fécondité allogène sur le sol français), etc.

En fait, si on insiste en général sur cette « performance biologique », la réalité est bel et bien une baisse continuelle de cette fécondité depuis la fin de la guerre. Associée à une hausse continuelle des effectifs immigrés, clandestins ou non, du fait des aléas économiques du monde globalisé et du regroupement familial instauré en 1976 par une troïka scélérate composée de Valéry Giscard d’Estaing, de Jacques Chirac et de de Michel Durafour, on se rend compte que la notion de grand remplacement n’est pas un fantasme ou un mythe.

François Héran, président de la European association for population studies (EAPS) et ancien directeur de l’INED de 1999 à 2009, précise, sur le site Atlantico, dans un article du 29 mars 2013 « Les vraies raisons de la fécondité française », quelques unes des raisons de cette prolificité humaine et indique entre autres :

« […] la fécondité au cours des études est en très net recul. L’une des particularités françaises est notamment que nos femmes ne s’arrêtent que quelques mois pour leurs grossesses alors que dans de nombreux pays, les mères s’arrêtent plusieurs années même pour un seul enfant. […] une légère surfécondité des familles les plus aisées et de celles étant les moins aisées. Au milieu, se trouvent les classes moyennes qui font moins d’enfants.

[…] Il y a une contribution de l’immigration assez forte au nombre des naissances mais assez faible au taux de fécondité. […] Sans les mères étrangères, on aurait 1,8 enfant par femme au lieu de 2. 

[…] Le taux de fécondité de l’immigration maghrébine est également maintenant très proche du taux français. Dans tous les pays du Maghreb, on avait 7 enfants par femme dans les années 70, alors qu’on en a à peine plus de 2 maintenant. C’est chez les migrants d’ Afrique subsaharienne que l’on trouve des taux de fécondité encore relativement élevés, mais pour l’instant la migration africaine, très concentrée dans la région parisienne, est modérée par rapport à la France entière. Les flux les plus importants de migrants que la France reçoit chaque année viennent du Maghreb, ce qui explique que l’impact sur la fécondité reste faible. […] »

On pourrait approfondir encore le sujet en fournissant d’autres explications à ces phénomènes mais aujourd’hui, ce qui m’a intéressé, c’est la réflexion sur le rôle des femmes face à ce déclin démographique insidieux, réflexion abordée le 28 mai 2010 lors d’un colloque à l’Assemblée nationale, organisé par Yves-Marie Laulan, fondateur de l’Institut de géopolitique des populations.

Yves-Marie Laulan a une préoccupation majeure : il craint que les déséquilibres démographiques entre Français de souche européenne et immigrés ne déstabilisent la société. Un sujet tabou. Mais un vrai sujet qu’il aborde avec constance sous ses deux faces : l’immigration étrangère d’un côté, la fécondité euro-française de l’autre.

Ainsi, lors de ce colloque, il a donné la parole à des femmes, partant du principe que ce sont elles qui au premier chef donnent la vie. Elles eurent le concours de deux intervenants masculins : celui à l’origine du projet et Christian Vanneste.

Disons le tout de suite ce colloque (dont Polémia met en ligne les actes) est une formidable réussite. Incontestablement Yves-Marie Laulan a réuni un panel de femmes exceptionnelles : de belles intelligences, des cœurs généreux, des corps féconds. Et une approche polyphonique de la question posée.

Catherine Rouvier : le caractère divin de la fonction maternelle

D’emblée Catherine Rouvier pose le problème du sens de la maternité : « l’incommensurable noblesse, le caractère essentiel et quasi divin de la fonction maternelle, encore perceptibles dans les sociétés moins développées, moins matérialistes, moins mécanisées, ne sont plus perçus dans nos pays présumés civilisés. »

« Pire, elle est cachée comme une survivance des temps anciens, une faute de goût, que ne commettent plus des femmes libérées, une occupation subalterne pour femmes désœuvrées, une preuve d’esclavage, la conséquence désastreuse d’une éducation encore fondée sur le schéma périmé de la différence homme/femme. »

« C’est cette mutation de l’idée de maternité qui, autant et peut-être plus encore que les causes matérielles, scientifiques et techniques, est à l’origine de cette baisse drastique de la natalité. »

Catherine Rouvier énumère ensuite ce qui lui paraît nécessaire à la restauration de l’image de la maternité : « dire la sensualité de la maternité ; refuser la dictature du préservatif ; refuser le risque de la (trop) longue attente du « quand je veux » ; refuser d’être complice de la disparition de notre civilisation bimillénaire ; refuser la disparition programmée du dimanche ; refuser la solitude individualiste des sociétés urbanisées. »

Jeanne Smits : l’image matérialiste de la maternité dans les médias

C’est évidemment une image différente de l’amour, de la famille, de la maternité, de la vie qui est donnée dans les médias. Et d’abord par le premier d’entre eux : le livre scolaire qui dissocie radicalement sexualité (pour le plaisir individuel et quelque soit le ou la partenaire) et procréation ; et c’est ce message tronqué et faux qui est constamment répété depuis l’âge de 12/13ans.

Jeanne Smits poursuit sa critique en analysant les magazines féminins. Elle y trouve que « L’image de l’enfant et de la maternité (y) est plutôt positive, mais (qu’) elle privilégie l’image d’un enfant objet. C’est l’enfant pour soi.(…) Si on regarde l’image de l’enfant dans les médias, il ne s’agit pas d’un autre qui est accueilli, mais de celui que l’on peut se permettre d’avoir, que l’on va habiller et élever selon des normes qui en font ce que les Anglais appellent un status object (un objet de statut). »

Enfin « Il y a une image de la maternité qui est complètement ignorée, médiatiquement parlant, que ce soit dans la presse glamour, dans les émissions télévisées, dans les téléfilms ou au cinéma : l’image positive de la mère au foyer, de la mère de famille nombreuse. »

Christian Vanneste : le poids des idéologies, relativiste, culturaliste, marxiste

Député mais aussi philosophe. Christian Vanneste a mis en exergue du colloque trois causes idéologiques à la situation actuelle:

– Le relativisme «c’est à dire la volonté, quasiment entropique, de nier toutes les différences»;
– La mécanique marxiste qui, appliqué au féminisme, «a remplacé la lutte des classes par la lutte des sexes»;
– Le culturalisme «qui tend à nier complètement la dimension biologique, génétique; naturelle de l’humanité pour prétendre que tous nos comportements sont dictés par l’éducation, par l’environnement culturel».
Et le député philosophe de conclure son propos par deux recommandations, « deux mariages » : celui de la génétique et de l’éducation celui de l’égalité et de la différence.

(l’intégralité de l’article est ici).

Réforme pénale

« La peine de mort a ce grand avantage que peu d’hommes se vouent à ses fonctions odieuses et avilissantes. Il vaut mieux que ces agents déplorables d’une sévérité nécessaire […] se consacrent à l’affreux emploi d’exécuter quelques criminels, que si une multitude se condamnait à veiller sur les coupables et à se rendre l’instrument perpétuel de son [leur] malheur prolongé. […] Cette considération me porte à rejeter la détention perpétuelle. Elle corrompt les geôliers comme les détenus. Elle accoutume les prévenus à une férocité capricieuse. Elle est inséparable de beaucoup d’arbitraire. Elle peut couvrir de son voile une foule de cruautés. »

Benjamin ConstantPrincipes de politique (Hachette Paris, coll. Pluriel, p.166) – 2006 [1806]

Mensonge d’état

« L’État, c’est ainsi que s’appelle le plus froid des montres froids et il ment froidement, et le mensonge que voici sort de sa bouche : « Moi, l’État, je suis le peuple ! ». »

Friedrich NietzscheAinsi parlait Zarathoustra (GF-Flammarion) – 1996 [1885]

Valeurs antiques

« Pour chaque homme sur cette terre
La mort vient tôt ou tard.
Et quelle plus belle mort
Que d’affronter ses ennemis,
Pour les cendres de ses ancêtres,
Et les temples de ses Dieux. »

Thomas Babington Macaulay – Lays of Ancient Rome (Éd. Longman) – 1881

Bornes salvatrices

« Une société est condamnée quand elle n’a plus la force d’être bornée. Comment, avec un esprit ouvert, trop ouvert, se garantirait-elle des excès, des risques mortels de la liberté ? »

Émile CioranDe l’inconvénient d’être né (Éd. Gallimard, nrf essais, p.158) – 1973