Écrits prémonitoires ?…

« Parce que la Démocratie – je m’égosille à l’annoncer ! – est morte. Bouchez-vous les oreilles,fermez les yeux, refusez de voir et d’entendre, mais elle est morte.

Idéologiquement, elle est hors-jeu.

Mythiquement, elle est ridicule.

Politiquement, elle liquide les affaires courantes.

Elle n’était possible, en vérité, que lorsqu’elle n’existait pas. Lorsqu’elle n’était que le miroir qu’une société se tendait à elle-même. Le fils obéissait au père et la femme eu mari et le disciple au professeur et le peuple à Dieu, et etc.

Sur ce socle briqueté par des « féodalismes » (par des hiérarchies, des fascismes et tout ce que vous voudrez…) la Démocratie pouvait croire en son être, mais elle n’était pas.

Du jour où elle prétend cesser d’être formelle et manifeste sa volonté de s’insérer dans la pratique des rapports sociaux et humains, elle se désagrège.

On s’apercevra demain que la Démocratie au collège – que l’égalitarisme intersexes – est une colossale et fatale plaisanterie.

Sans doute y a-t-il encore des seuils et l’égalitarisme doit-il descendre encore quelques degrés avant que, dans la cave, ses utopies explosent.

Mais cela, en vérité, je le proclame, arrivera. »

Jean CauLes écuries de l’Occident, Traité de morale (Éd. La Table Ronde, Paris, p. 74 et 75) – 1973

La loi contre l’honneur

« Dans la fourmilière, nul n’a d’honneur.

Il y a seulement des règles de fonctionnement. Des lois.

Moins la morale est l’affaire de chacun, et plus se multiplient les lois. Je dirai que le nombre de lois est inversement proportionnel au sentiment de l’honneur de ceux qui les subissent. Et la paix tue l’honneur qui, comme toute vertu, se meurt si elle n’est pas, de temps en temps, éprouvée à l’extrême.

Oui, toute vertu a besoin, par spasmes, de son exaltation. »

Jean CauLes écuries de l’Occident, Traité de morale (Éd. La Table ronde, p. 61) – 1973