Gastropoda democratica

« À la dégénérescence de la démocratie encanaillée, nous avons vu succéder à Vichy la dégénérescence de la démocratie bourgeoise.

L’une vaut l’autre, leurs frontières sont fort vagues. Les hommes des deux cliques se croisent chaque jour devant l’hôtel du Parc. La bourgeoisie a tout simplement amené de nouveaux tyranneaux, de nouveaux profiteurs, dans le même désordre et la même impuissance qu’auparavant. Autant de phénomènes typiques de la démocratie.

Ces bourgeois, fidèles à leur nature, sécrètent la guerre comme l’escargot la bave. »

Lucien Rebatet – Les décombres (Éd. Denoël, p. 627) – 1942

Principe spirituel

« Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une constituent cette âme, ce principe spirituel.

L’une est dans le passé, l’autre dans le présent.

L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs; l’autres est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. »

Ernest Renan – Qu’est-ce qu’une nation ? (Éd. Calmann Lévy, Paris, p. 26) – 1882

Droits débilitants

« La conception originelle, fondatrice, de l’État moderne liait étroitement la considération des droits individuels et celle du pouvoir, ou de la puissance publique.

Aujourd’hui, les droits ont envahi tout le champ de la réflexion et pour ainsi dire de la conscience. Ils ont rompu leur alliance avec la puissance, dont ils sont même devenus les ennemis implacables.

De l’alliance entre droit et pouvoir, nous sommes passés à la réclamation d’un pouvoir du droit dont le « pouvoir des juges »ne serait en somme que la manifestation empirique ou « phénoménale ».

Cette élévation du droit aux dépens du pouvoir – ici, du pouvoir politique légitime – constitue assurément un facteur de plus en plus déterminant et débilitant de la vie politique des nations européennes. »

Pierre Manent – La raison des nations, Réflexions sur la démocratie en Europe (Éd. L’Esprit de la Cité, Gallimard, p.27 et 28) – 2006

Le règne du Mou

« On avait inventé le libre arbitre, bâti des écoles, tenté de forger des individus debout.

Voici venu le temps des larves, le doigt sur la souris, l’érection incertaine, la satisfaction baveuse. Fringues griffées et nourritures spongieuses.

La pornographie est le règne du mou, contrairement aux apparences. »

Jean-Paul Brighelli – La société pornographique (Éd. François Bourin, p.102) – 2012

Leçon de vocabulaire

« […] La civilisation a été rebaptisée la démocratie; et le sauvage, le totalitaire ou l’arriéré. […] Et s’il persiste à ne pas comprendre où est son intérêt, et le fin mot de l’Histoire, il faudra ramener le récalcitrant à la Raison par la manière forte. »

Régis Debray – Aveuglantes lumières. Journal en clair-obscur (Éd. Gallimard, Paris, p. 130) – 2006

Politique singulière

« […] la politique devient de plus en plus un question de groupes d’intérêts, où chacun revendique pour son propre compte un part des bienfaits de l’État-providence, en définissant ses intérêts dans le sens le plus étroit possible et en excluant délibérément toute revendication plus générale ou toute tentative de formuler les revendications d’un groupe en termes universels. »

Christopher Lasch ( et Cornelius Castoriadis) – La culture de l’égoïsme (Éd. Flammarion, coll. Climats, p. 28) – 1986 [2012]

Trop, c’est trop !

«[…] La Loi devenue l’instrument de toutes les cupidités au lieu d’en être le frein ! La Loi accomplissant elle même l’iniquité qu’elle avait pour mission de punir !

[…] Il y a trop de grands hommes dans le monde ; il y a trop de législateurs, organisateurs, instituteurs de sociétés, conducteurs de peuples, pères des nations, etc. Trop de gens se placent au-dessus de l’humanité pour la régenter, trop de gens font métier de s’occuper d’elle ».

Frédéric Bastiat – La Loi (Éd. Librairie de Guillaumin et Cie, Paris, p.3 et 78) – 1850

Blanc, c’est noir…

« La simple proclamation de l’égalité naturelle entre tous les hommes et la fraternité qui doit les unir, sans distinction de races ou de cultures, a quelque chose de décevant pour l’esprit, parce qu’elle néglige une diversité de fait qui s’impose à l’observation. »

Claude Lévi-Strauss – Race et histoire (Éd. Gallimard, coll. Folio Essais, p. 22) – 1952 [1989]

Vaine utopie idiote

« La race humaine est une fois pour toutes et par nature vouée à la souffrance et à la ruine; quand bien même par le secoue de l’État et de l’histoire on pourrait remédier à l’injustice et à la misère au point que la terre devienne une sorte de pays de cocagne , les hommes en arriveraient à s’entre-quereller par ennui, à se précipiter les uns sur les autres, ou bien l’excès de la population amènerait la famine et celle-ci les détruirait. »

Arthur Schopenhauer – Douleurs du monde, Pensées et fragments (Petite Bibliothèque Rivages, p. 199) – 1990 [1880, Éd. Félix Alcan]

La marmite de Papin

« Au commencement fut le suffrage universel. C’est la marmite de Papin. On a beaucoup écrit sur l’absurdité d’une règle qui donne un poids égal à l’opinion d’un esclave illettré et à celle d’Archimède. »

Maurice Bardèche – Les temps modernes (Éd. Les Sept couleurs, p. 15) – 1956