
Pour faire suite et compléter le précédent billet, je vous mets par ici un autre extrait de l’article fort intéressant auquel je faisais allusion,
ainsi que les références du livre dont il y est question : Impostures intellectuelles d’Alan Sokal et Jean Bricmont (Éd. Odile Jacob, 1997).
Cet ouvrage se révèle très instructif à plusieurs niveaux (constat de l’état des savoirs universitaires, découverte de certaines théories scientifiques, impostures de cercles intellectuels,…) mais certains passages ou certaines assertions restent malgré tout discutables à mon avis.
Ceci étant dit, les dérives post-modernes ont envahi le monde de l’instruction publique (outil de propagande et de lavage de cerveaux des plus efficaces), de l’école primaire jusqu’aux facultés, distillant discrètement ses poisons par « un verbiage creux et l’existence d’une communauté intellectuelle dans laquelle tout le monde répète les phrases que personne ne comprend » (p.203). L’un des impacts les plus négatifs du discours postmoderne est que : « Aucune recherche, qu’elle porte sur le monde naturel ou sur l’être humain, ne peut progresser sur une base conceptuellement confuse et radicalement éloignée des données empiriques » (p. 205) or c’est exactement ce que l’on observe au sein d’institutions étatiques ou universitaires qui propagent des idées aberrantes, basées sur des concepts fumeux et confus, sous couvert d’une autorité officielle incontestable. « C’est l’effet néfaste que l’abandon de la pensée claire a sur l’enseignement et sur la culture. Les étudiants apprennent à répéter et à élaborer des discours auxquels ils ne comprennent pas grand chose. Ils peuvent même faire carrière à l’université en devenant experts dans l’art de manipuler un jargon érudit » (p. 205). Ce principe de fonctionnement se révèle bien en place au sein des médias où pullulent experts et « professeurs » fournissant ainsi un prêt-à-penser officiel que répète ensuite à l’envi les mougeons (hybride du mouton et du pigeon) d’Occident.
Je trouve ahurissant de constater à notre époque, et depuis plusieurs décennies, la puissance de certaines doctrines et idéologies, tels que le relativisme ou le nihilisme, dans de trop nombreux pays occidentaux, pourtant berceaux d’une civilisation de tradition rationaliste. Le relativisme est le plus répandu, et il a infiltré de façon insidieuse une forte proportion des cerveaux occidentaux. Comme l’écrit Clara Degiovanni, dans Philosophie Magazine du 8 octobre 2021: » […] le relativisme est aujourd’hui devenu un moyen, pour beaucoup de jeunes en particulier, de s’épargner l’effort de défendre une thèse argumentée sur un sujet. Plus encore, dire que « la vérité dépend de chacun » bloque d’emblée la possibilité même d’une discussion philosophique. Dès lors, comment enseigner la philosophie si le présupposé est qu’il n’y a aucune norme ou valeur plus consistante qu’une autre, et donc rien à débattre ? ».
Nous évoluons dans un monde d’imposture à tous les niveaux, dans toutes les strates sociales, culturelles et intellectuelles, allant des adeptes des chirurgies esthétique et de transition (personnes se mentant à elles-mêmes et aux autres en travestissant la réalité par des prouesses techniques médicales) aux adeptes de l’art contemporain (idiots utiles faisant passer des gribouillages enfantins de Basquiat ou des éclaboussures vaginales de Moiré pour des oeuvres fantastiques à la profondeur transcendante),

en passant par les adeptes de l’inversion (menteurs opportunistes utilisant savamment les mots et les situations pour nier l’évidence comme le Grand Remplacement ou l’insécurité insupportable des grandes villes en France).
Leur principal stratégie, à l’efficacité plus qu’ahurissante (il m’est très difficile de comprendre comment tout ceci puisse fonctionner sur un cerveau sain et correspondant à un QI a minima correct !), est de tordre la réalité en utilisant le mensonge, parfois par omission, et/ou l’inversion accusatoire : celui qui dénoncera les fourberies étatiques se verra mis au ban comme complotiste, celle qui pointera du doigt les abus liées à l’accueil d’immigrés deviendra automatiquement une affreuse raciste, et si vous vous levez contre ce qui vous semble indécent, inverti et malsain pour la société alors vous vous verrez affublé de tel ou tel phobie (c’est vous qui deviendrez porteur d’un trouble ! le monde à l’envers !) ou mis à l’index en tant qu’abominable réactionnaire.
Marc Aurèle nous disait que « ce que je cherche, c’est la vérité et la vérité n’a jamais fait de mal à personne. Ce qui nous fait du mal, c’est de persister dans l’illusion de soi et l’ignorance« . Et bien, malheureusement, notre époque post-moderne persiste et signe ! Nous constatons depuis trop longtemps les ravages conséquents de cette illusion, de cette ignorance et de ces impostures aussi variées soient-elles.
Pour finir, Bertrand Russell nous avertissait déjà dans les années 60 dans Histoire de la philosophie occidentale (1961, p. 782) : « Le concept de « vérité », compris comme dépendant de faits qui dépassent largement le contrôle humain, a été l’une des voies par lesquelles la philosophie a, jusqu’ici, inculqué la dose nécessaire d’humilité. Lorsque cette entrave à notre orgueil sera écartée, un pas de plus aura été fait sur la route qui mène à une sorte de folie – l’intoxication de la puissance qui a envahi la philosophie avec Fichte et à laquelle les hommes modernes, qu’ils soient philosophes ou non, ont tendance à succomber. Je suis persuadé que cette intoxication est le plus grand danger de notre temps et que toute philosophie qui y contribue, même non intentionnellement, augmente le danger d’un vaste désastre social. »…
Nous y sommes…


