Leçon de vocabulaire

« […] La civilisation a été rebaptisée la démocratie; et le sauvage, le totalitaire ou l’arriéré. […] Et s’il persiste à ne pas comprendre où est son intérêt, et le fin mot de l’Histoire, il faudra ramener le récalcitrant à la Raison par la manière forte. »

Régis DebrayAveuglantes lumières. Journal en clair-obscur (Éd. Gallimard, Paris, p. 130) – 2006

Politique singulière

« […] la politique devient de plus en plus un question de groupes d’intérêts, où chacun revendique pour son propre compte un part des bienfaits de l’État-providence, en définissant ses intérêts dans le sens le plus étroit possible et en excluant délibérément toute revendication plus générale ou toute tentative de formuler les revendications d’un groupe en termes universels. »

Christopher Lasch ( et Cornelius Castoriadis) – La culture de l’égoïsme (Éd. Flammarion, coll. Climats, p. 28) – 1986 [2012]

Trop, c’est trop !

«[…] La Loi devenue l’instrument de toutes les cupidités au lieu d’en être le frein ! La Loi accomplissant elle même l’iniquité qu’elle avait pour mission de punir !

[…] Il y a trop de grands hommes dans le monde ; il y a trop de législateurs, organisateurs, instituteurs de sociétés, conducteurs de peuples, pères des nations, etc. Trop de gens se placent au-dessus de l’humanité pour la régenter, trop de gens font métier de s’occuper d’elle ».

Frédéric BastiatLa Loi (Éd. Librairie de Guillaumin et Cie, Paris, p.3 et 78) – 1850

Blanc, c’est noir…

« La simple proclamation de l’égalité naturelle entre tous les hommes et la fraternité qui doit les unir, sans distinction de races ou de cultures, a quelque chose de décevant pour l’esprit, parce qu’elle néglige une diversité de fait qui s’impose à l’observation. »

Claude Lévi-Strauss – Race et histoire (Éd. Gallimard, coll. Folio Essais, p. 22) – 1952 [1989]

Vaine utopie idiote

« La race humaine est une fois pour toutes et par nature vouée à la souffrance et à la ruine; quand bien même par le secoue de l’État et de l’histoire on pourrait remédier à l’injustice et à la misère au point que la terre devienne une sorte de pays de cocagne , les hommes en arriveraient à s’entre-quereller par ennui, à se précipiter les uns sur les autres, ou bien l’excès de la population amènerait la famine et celle-ci les détruirait. »

Arthur SchopenhauerDouleurs du monde, Pensées et fragments (Petite Bibliothèque Rivages, p. 199) – 1990 [1880, Éd. Félix Alcan]

Conflit bénéfique

« […] la guerre a été organisée entre les nations, et considérée comme une des formes de la justice; forme terrible, qui, c’est ma conviction et mon espérance, doit tomber peu à peu en désuétude, mais qui n’est pas moins essentielle à la constitution de l’humanité et à la manifestation du droit. »

Pierre-Joseph ProudhonLa pornocratie ou les femmes dans les temps modernes – 1875 (Librairie internationale, chapitre II Parallèle de l’Homme et de la Femme, p. 40 – Éd. A. Lacroix et Cie)

Arnaque moderne

« Le réac ne croit pas aux bienfaits d’une « culture pour tous » censée abolir dans les bourbiers du « dialogue » le privilège du penseur, de l’artiste, de l’érudit au profit des masses miraculeusement ouvertes à la créativité.

[…] Il ne croit pas que tout se vaut, cet article du crédo-moderne, selon lequel il est illégitime de hiérarchiser l’émotion esthétique. Entre Mozart et le rap, entre Vermeer et le tag, il discerne un fossé qualitatif.

[…] Si tout se valait, rien ne vaudrait sinon son prix aux étals du marché et il ne croit pas aux vertus civilisatrices du grand souk mondialisé. »

Denis TillinacDu bonheur d’être réac (Éd. des Équateurs, p. 79 et 80) – 2014

Fatalité scientifique

 » Plongeons plus avant dans l’avenir. Un jour viendra, tout semble le dire, où, de progrès en progrès, l’homme succombera, tué par l’excès de ce qu’il appelle la civilisation. Trop ardent à faire le dieu, il ne peut espérer la placide longévité de la bête; […].  »

Jean-Henri FabreSouvenirs entomologiques, études sur l’instinct et les moeurs des insectes (Éd. Delagrave, Paris, Série VI, p.203) – 1900

Agonie cordicole

« […] il est légitime de se demander si l’humanité telle qu’elle est n’aurait pas intérêt à s’effacer maintenant plutôt que de s’exténuer et s’avachir dans l’attente, en s’exposant à une ère d’agonie, où elle risquerait de perdre toute ambition, même celle de disparaître. »

Emil Michel CioranÉcartèlement (Éd. Gallimard, nrf, Les essais CCVII, p. 50) – 1979