Il y a quelque chose de tout à fait pathétique à voir ces gens faire la queue pour acheter un journal qu’ils n’ont auparavant jamais lu. C’est aussi pathétique que les imbéciles qui font le queue pendant des jours pour un téléphone.
Le conformisme des Français est assez hallucinant. Autant quand il s’agit de se rassembler pour dire merde aux terroristes islamistes je peux le comprendre mais quand c’est pour acheter un journal…
Je n’ai pas acheté Charlie Hebdo. Je ne l’achetais pas avant, je ne l’achèterai pas après mais je l’ai lu. Cela m’a permis de me rappeler pourquoi je ne l’avais jamais acheté : c’est pas terrible, c’est même pas très drôle (la caricature de sœur Emmanuelle est particulièrement in-drôle et vulgaire) et le contenu est relativement inintéressant.
Si ce journal était en faillite c’est bien pour une raison : il n’intéressait personne.
« Les indigènes mélanésiens étaient ravis par les avions qui passaient dans le ciel. Mais jamais ces objets ne descendaient vers eux. Les Blancs, eux, réussissaient à les capter. Et cela parce qu’ils disposaient au sol, sur certains espaces, d’objets semblables qui attiraient les avions volants.
Sur quoi les indigènes se mirent à construire un simulacre d’avion avec des branches et des lianes, délimitèrent un terrain qu’ils éclairaient soigneusement de nuit et se mirent à attendre patiemment que les vrais avions s’y posent.
Sans taxer de primitivisme (et pourquoi pas ?) les chasseurs collecteurs anthropoïdes errant de nos jours dans la jungle des villes, on pourrait voir là un apologue sur la société de consommation.
Le miraculé de la consommation lui aussi met en place tout un dispositif d’objets simulacres, de signes caractéristiques du bonheur, et attend ensuite (désespérément, dirait un moraliste) que le bonheur se pose. »
Jean Baudrillard – La société de consommation (Éd. Gallimard, coll. Idées) – 1974 [1970]
Siné m’a toujours gonflé, je ne l’ai jamais trouvé drôle mais on doit bien admettre qu’il a toujours été « gauche » dans ses bottes jusqu’à se faire virer comme un mal-propre de Charlie Hebdo où il avait officié durant 27 ans, avec plus ou moins de soutien.
Dans cet entretien filmé par Fluctuat.net en 2009, il évoque ses anciens « camarades » en des termes peu glorieux : un ramassis de pseudo-rebelles bien intégrés dans les rouages politiques, plus préoccupés par leurs réussites personnelles que par leurs profondes convictions.
Nous nous en doutions tant leurs éructations picturales et scripturales toujours dans l’excès ne pouvaient être que les symptômes de leur trahison.
Ils avaient bien compris qu’ils avaient trouvé un bon filon dans l’excrémentation, l’invective gratuite, l’injure, les pratiques sodomites,… et ils ne se privaient pas d’en rester au stade anal, au degré zéro de l’intelligence pour le plus grand bonheur de leur public de moins en moins nombreux avant les évènements du 7 janvier 2015 (ils étaient tombés en-dessous des 50 000 exemplaires vendus à partir de 2011 selon le Monde du même jour ! une misère à la hauteur de leurs dessins).
Finalement, des trous du cul (qu’ils adorent dessiner à Charlie Hebdo !), des traîtres qui faisaient la morale à tout le monde, ayant des idées bien arrêtées sur de nombreux sujets se croyant la crème de la société (rigidité idéologique pourtant critiquée de manière virulente chez leurs ennemis), et qui n’ont jamais été guère mieux que tous les « beaufs » qu’ils conchiaient…
En tous les cas, le souhait de Siné en fin d’entretien s’est réalisé. Il ne pensait sûrement pas à ce type de « cassage de gueule » même si la trahison ne paie jamais !
« Alors même que certains gouvernements s’emploient à exporter la démocratie par la force des armes, notre intelligentsia n’en finit pas de déceler, dans tous les aspects de la vie publique et privée, les symptômes funestes de l' »individualisme démocratique » et les ravages de l' »égalitarisme » détruisant les valeurs collectives, forgeant un nouveau totalitarisme et conduisant l’humanité au suicide. »
Jacques Rancière – La haine de la démocratie (Éd. La fabrique, Paris, diffusé par Les Bellles Lettres) – 2005
« I am the eye in the sky Looking at you I can read your mind I am the maker of rules Dealing with fools I can cheat you blind And I don’t need to see any more To know that I can read your mind, I can read your mind… »
Alan Parsons project – Eye in the sky – 1982 (album éponyme)
Au pays de Cordicopolis, hors de question de passer à côté de « Je suis Charlie » brandi ici ou là, souvent pour signaler une solidarité sûrement sincère chez les nombreux anonymes.
Étant un pessimiste tendance Jacques le fataliste, je n’y vois pas forcément la compassion de citoyens envers des disparus lâchement abattus mais plutôt l’expression collective d’une société non-guerrière n’ayant engendré qu’une nuée de couards non-violents espérant se rassurer en se rassemblant au prétexte fallacieux d’une fraternité cordicole en voie d’extinction, emportée par un maelström d’individualisme, de surconsommation et d’égocentrisme.
Au milieu de tous ces « généreux distillateurs de la bonne pensée garantie » que Philippe Muray avait bien identifiés, vous savez, ceux qui détiennent la science du « penser juste », « penser bien, mais avec assez de virulence apparente pour que l’auditeur ou le lecteur aie l’impression que vous pensez seul, et surtout très périlleusement, contre de terribles ennemis, avec un courage inégalable », il émerge certains « rebelles » à l’incontournable #JSC.
Ainsi, Gabrielle Cluzel, hier, dans son billet « Non, je ne suis pas Charlie ! » sur Boulevard Voltaire donne un point de vue qui me sied assez : « Je ne suis pas Charlie, parce que j’en ai toujours détesté le contenu, et que je n’envisage pas de le prendre aujourd’hui à mon compte. Pour être solidaire de leur calvaire, pour être indignée par ces sordides exécutions, la France entière n’est pas forcée de s’identifier à Charlie Hebdo. », puis « Je ne suis pas Charlie parce que ce psittacisme facile m’indispose. Il ne suffira pas d’être Charlie, de décréter un deuil national, de mettre les drapeaux en berne pour tout résoudre, si l’on refuse de regarder la réalité en face, de soulever le couvercle d’une marmite dont on redoute les remugles. ».
Riatto que j’ai découvert à cette occasion pose aujourd’hui un regard intéressant sur ce phénomène du type Ice Bucket Challenge, parallèle évident avec l’obligatoire « faut en être » !
« Non vous ne l’êtes pas, ni moi non plus.
Et personne, en dehors des douze victimes de cet effroyable assassinat, personne n’est Charlie.
La raison en est simple, c’est que Charlie est mort, tandis que vous, si vous lisez ces lignes, vous êtes vivants. Par pitié…
Oh je sais ! Il fallait réagir le plus vite possible, organiser des veillées, des marches, des manifs, des fils à suivre, des pages facebook, pour hurler son indignation, sa stupeur, son effroi et surtout son émotion, bien canalisée par de nouvelles formes linguistiques empruntées au nouvel ordre grammatical.Il fallait rendre hommage, se réunir, tout déballer, exhibition !
Un hommage est un acte posé, réfléchi, un recueillement respectueux, pas une mascarade digne du Ice Bucket Challenge !
Alors de voir ces millions de gens se laisser confisquer toute possibilité de langage et de pensée, les voir brandir ce #JesuisCharlie sans réfléchir une seule seconde au sens de ces mots m’a presque autant terrifié que l’attentat lui-même.
Je dis bien presque.
D’où sort donc cette énième émanation de la novlangue décérébrée que l’on s’est empressé de répandre comme une traînée de sottise ?Comment ne pas s’indigner face à cette prise d’otage du sens et du langage qui, en quelques heures à peine, nous a confisqué toute nuance, tout sentiment, toute différenciation, tout sens des réalités ?!« . Lire la suite ici.
Enfin, je laisserai les mots de la fin à ce très regretté Philippe Muray qui concluait « L’Empire du Bien » par cette phrase : « Car l’avenir de cette société est de ne plus pouvoir rien engendrer que des opposants ou bien des muets ».
En tous les cas, je n’aurai pas mieux dit que ce cher Plouc-émissaire : « Bien sûr, j’exprime mes condoléances aux familles de Charb, Cabu, Wolinsky, etc. Ce qui leur arrive est probablement d’autant plus dur à porter qu’ils le vivent dans l’incompréhension, tant leurs héros familiaux respectifs avaient dû les persuader qu’ils étaient le seul avenir dont le futur a droit… Eux, je ne les pleurerai pas. Et je réserve ma sincère compassion aux familles des flics. Ainsi qu’à celles des éventuelles petites mains qui ont eu la malchance de se trouver là au mauvais moment. »
RIP pour les deux serviteurs de la Gueuse et pour les journalistes innocents mais non, je ne suis en rien Charlie !
Menu
Décadence de Cordicopolis
"Les civilisations ne meurent pas assassinées. Elles se suicident." Arnold J. Toynbee
«La pire menace qui puisse peser sur une démocratie, ce n'est pas la violence des armes, toujours ouverte et tangible, c'est la violence sournoise, insinuante, du mensonge ; c'est la manipulation des esprits, d'autant plus efficace et redoutable qu'elle revêt les oripeaux du moralisme.» ( Philippe Seguin ma référence )
"Choisis la pilule bleue et tout s’arrête, après tu pourras faire de beaux rêves et penser ce que tu veux. Choisis la pilule rouge : tu restes au Pays des Merveilles et on descend avec le lapin blanc au fond du gouffre."
Les citoyens se contentent de ronger l’os sans moelle qu’on leur a jeté, l’os du suffrage universel. Et c’est pour des boniments, des discussions électorales qu’ils remuent encore la mâchoire – mâchoire qui ne sait plus mordre.
#rebelle#liberté...ouvert d'esprit et adepte de la QUENELLE...il faut être combattant ! Ne rien lâcher ! Nationaliste ! Anti SIONISTE ! LANGUEDOC-ROUSSILLON !!!!
Venez parler de tout ce dont vous avez envie avec moi. Donnez vos opinions en toute liberté. Laissez vos commentaires. Je vous attends nombreuses et nombreux !!! / Translation in English for people who don't speak French : come to speak about all you want with me. Give your opinions with complete freedom. Leave your comments. I await you many and many !!!