« Le but des Anciens était le partage du pouvoir social entre tous les citoyens d’une même patrie. C’était là ce qu’ils nommaient liberté. Le but des Modernes est la sécurité dans les jouissances privées; et ils nomment liberté les garanties accordées par les institutions à ces jouissances.

(…) Que ne nous dit-on pas sur la nécessité de permettre que le gouvernement s’empare des générations naissantes pour les façonner à son gré, et de quelles citations érudites n’appuie-t-on pas cette théorie ! (…)

(…) Ces éléments (qu’ils disent les seuls appropriés à la situation du monde actuel) sont des préjugés pour effrayer les hommes de l’égoïsme pour les corrompre, de la frivolité pour les étourdir, des plaisirs grossiers pour les dégrader, du despotisme pour les conduire; et, il faut bien, des connaissances positives et des sciences exactes pour servir plus adroitement le despotisme. »

Benjamin Constant De la Liberté des Anciens comparée à celle des Modernes – 1874

Dissolvant égalitaire

« …La jeunesse romaine ne devait pas fréquenter des esprits aussi dissolvants.

Sur le plan moral, Carnéade et ses compagnons étaient aussi redoutables que les Carthaginois sur le plan militaire. Les nations montantes craignent par-dessus tout l’absence de préjugés et d’interdits, l’impudeur intellectuelle, qui fait l’attrait des civilisations finissantes. »

Emil Cioran – De l’inconvénient d’être né (nrf essais Gallimard, p.157) – 1973 [1990]

La vertu… sa disparition, un mal bien contemporain !

« La vertu est quelque chose de grand, d’élevé, de souverain, d’invincible, d’infatigable; le plaisir quelque chose de bas, de servile, de faible, de périssable, dont le séjour et l’asile sont les lieux de prostitution et les tavernes. Tu trouveras la vertu dans le temple, le forum, la curie, debout sur les remparts, couverte de poussière, le visage hâlé, les mains calleuses : le plaisir, tu le trouveras le plus souvent caché, cherchant les ténèbres, rôdant autour des bains, des étuves, des lieux, qui redoutent l’édile, faible et mou, humecté de vin et de parfums, pâle ou fardé, et souillé de cosmétiques »

Sénèque – La vie heureuse ( Éd. Mille et une nuits, p.16) – 2008 [58 ap. J.C.]