L’anticipation est mère de sûreté

« Dans cette atmosphère de maladie, des hommes réfléchis, de ces hommes qui commandent essayent de retrouver cette ancienne santé et leur ancien confort de cette ancienne assurance du lendemain qu’ils nommaient civilisation de l’Occident.

Ils font des livres et des rapports, ils prononcent des sermons, ils convoquent des conférences et des parlements et ils expliquent presque tout ce qui se passe par diverses folies guérissables et par diverses opinions fausses et redressantes des hommes

Ils pensent qu’à l’orgueil doit succéder la modestie, à la dépense l’économie.

Le désordre a renversé la sérénité et la sûreté des pouvoirs spirituels. Les pouvoirs recherchent ce bien-être perdu. »

Paul NizanLes Chiens de garde (Éd. Rieder, 5e édition, Paris, p. 204-205) – 1932

Les fêtes de Cordicopolis

« Si la fête est représentation didactique de la puissance en marche, elle est également une compensation.

Éclipsant le souvenir de foules idolâtres ou révolutionnaires, ce désordre est destiné à en éviter de plus dangereux.

En ce sens, le projet ressort d’une préoccupation éminemment politique.

Il s’agit d’abolir la prééminence sociale de la rue pour empêcher la mise en oeuvre d’une violence insurrectionnelle. »

Olivier IhlLa fête républicaine (nrf, Éd. Gallimard, Bibliothèque des Histoires, p.338) – 1996

Gastropoda democratica

« À la dégénérescence de la démocratie encanaillée, nous avons vu succéder à Vichy la dégénérescence de la démocratie bourgeoise.

L’une vaut l’autre, leurs frontières sont fort vagues. Les hommes des deux cliques se croisent chaque jour devant l’hôtel du Parc. La bourgeoisie a tout simplement amené de nouveaux tyranneaux, de nouveaux profiteurs, dans le même désordre et la même impuissance qu’auparavant. Autant de phénomènes typiques de la démocratie.

Ces bourgeois, fidèles à leur nature, sécrètent la guerre comme l’escargot la bave. »

Lucien RebatetLes décombres (Éd. Denoël, p. 627) – 1942