La fureur virile

« Je sens me brûler une soif sauvage de sensations violentes, une fureur contre cette existence neutre, plate, réglée et stérilisée, un désir forcené de saccager quelque chose, un grand magasin ou une cathédrale, ou moi-même, de faire des sottises enragées, d’arracher leur perruque à quelques idoles respectées, d’aider des écoliers en révolte à s’embarquer sur un paquebot, de séduire une petite fille ou de tordre le cou à un quelconque représentant de l’ordre bourgeois. 

Car c’est cela que je hais, que je maudis et que j’abomine du plus profond de mon cœur : cette béatitude, cette santé, ce confort, cet optimisme soigné, ce gras et prospère élevage du moyen, du médiocre et de l’ordinaire. »

Hermann Hesse, Le Loup des Steppes (Éd. Calmann-Lévy, 1947).

Scotomisation « en marche » !

« Ce doux confort d’esprit chacun (ou chaque groupe) y tient, tant il est composé d’images commodes, reposantes, sur lesquelles on peut s’appuyer, au milieu desquelles on peut vivre. Contre les nouvelles « subversives », indésirables, fonctionne un système de défense automatique, de barricade, contre lequel le fait vient se heurter.

Et, si, par quelque mauvaise chance, ce fait contraire pénètre dans la place, il prend figure d’anticorps et est chassé ou bien enseveli, scotomisé dans un repli de la mémoire ».

Alfred SauvyLe coq, l’autruche et le bouc… émissaire (Éd. Grasset et Fasquelle, Coll. Humeurs, Paris, p. 52) – 1979