Immanence d’un peuple

« Des mirages de l’internationalisme socialiste à l’incontournable réalité des cultures : tel est l’itinéraire spirituel revendiqué par Régis Debray.

Aux temps héroïques de la guérilla, il participait à la grande insurrection des peuples asservis contre les maîtres du monde.

L’heure des brasiers est passée : sans rien renier de sa jeunesse révolutionnaire, l’ancien compagnon de route de Che Guevara constate aujourd’hui que l’homme a des racines, une généalogie, une mémoire ethnique, bref qu’il ne se définit pas seulement par ses intérêts et par ses espérances.

Avant de s’engager volontairement dans un combat (ou dans une carrière), il est embarqué, bon gré mal gré, dans un destin collectif; avant d’être inculte ou cultivé, bourgeois ou prolétaire, il est culturel : immergé, corps et âme, dans l’immanence de sa communauté. »

Alain FinkielkrautLa défaite de la pensée (Éd. Gallimard, nrf, Paris, p. 115 et 116) – 1987

Synchronisation

« Je laisse aux experts le soin de décider s’il faut choisir, pour les nouveaux arrivants, la voie de l’intégration ou celle de l’assimilation.

Tout ce que je sais, c’est que les habitants d’un même territoire ne peuvent vivre ensemble que si leurs montres indiquent la même heure. La synchronisation s’impose. Et elle est incompatible avec la poursuite, au rythme actuel, de l’immigration de peuplement.

Pour Philosophie magazine, Michel Eltchaninoff est allé à La Villeneuve, ce quartier des environs de Grenoble qui avait été conçu à l’origine comme « un modèle d’ouverture à autrui et à la mixité » et qui est devenu peu à peu ethniquement homogène.

Pourquoi ce fiasco ? Parce que, selon un militant associatif resté sur les lieux, « La Villeneuve est une utopie du Nord peuplée avec des gens du Sud. On n’a jamais appris la vie urbaine à ces populations issues de la ruralité. C’est ce qui explique que tant de personnes jettent leurs ordures par les fenêtres. Dans ces pays, les espaces publics sont dégoûtants alors que l’espace privé est impeccable ».

Nul n’est par essence ou par fatalité étranger à l’urbanité française. Mais, pour que tous deviennent contemporains, il ne faut pas qu’augmentent indéfiniment le nombre de ceux qui ne le sont pas au départ.

Ou alors, une autre synchronisation risque d’advenir, celle dont le pape François donne d’ores et déjà l’exemple en alignant sans avoir l’air d’y toucher la morale chrétienne sur le coup de boule de Zinedine Zidane : »Si un ami parle mal de ma mère, il faut s’attendre à un ramponneau. On ne peut provoquer, insulter la foi des autres. »

Alain FinkielkrautLa seule exactitude (Éd. Stock, Paris, p.242) – 2015