La fureur virile

« Je sens me brûler une soif sauvage de sensations violentes, une fureur contre cette existence neutre, plate, réglée et stérilisée, un désir forcené de saccager quelque chose, un grand magasin ou une cathédrale, ou moi-même, de faire des sottises enragées, d’arracher leur perruque à quelques idoles respectées, d’aider des écoliers en révolte à s’embarquer sur un paquebot, de séduire une petite fille ou de tordre le cou à un quelconque représentant de l’ordre bourgeois. 

Car c’est cela que je hais, que je maudis et que j’abomine du plus profond de mon cœur : cette béatitude, cette santé, ce confort, cet optimisme soigné, ce gras et prospère élevage du moyen, du médiocre et de l’ordinaire. »

Hermann Hesse, Le Loup des Steppes (Éd. Calmann-Lévy, 1947).


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3 réflexions sur “La fureur virile

    1. J’avoue que ce morceau de phrase m’a profondément dérangé mais je l’ai conservé pour ne pas, hypocritement, arrangé le texte afin qu’il corresponde parfaitement à ma façon de voir… j’ai hésité, j’avoue à le censurer… mais l’auteur l’écrit bien « commettre des actes absurdes », la colère et la haine font faire des imbécilités parfois.
      C’est surtout l’idée générale évoquée par Hermann que je voulais partager : le désir intense de secouer cette léthargie bourgeoise qui se contente de cette situation bordélique (car l’essentiel est de conserver son confort global et de ne pas prendre de risques) et paralyse toute initiative de révolte contre ce monde moderne décadent.

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