La fureur virile

« Je sens me brûler une soif sauvage de sensations violentes, une fureur contre cette existence neutre, plate, réglée et stérilisée, un désir forcené de saccager quelque chose, un grand magasin ou une cathédrale, ou moi-même, de faire des sottises enragées, d’arracher leur perruque à quelques idoles respectées, d’aider des écoliers en révolte à s’embarquer sur un paquebot, de séduire une petite fille ou de tordre le cou à un quelconque représentant de l’ordre bourgeois. 

Car c’est cela que je hais, que je maudis et que j’abomine du plus profond de mon cœur : cette béatitude, cette santé, ce confort, cet optimisme soigné, ce gras et prospère élevage du moyen, du médiocre et de l’ordinaire. »

Hermann Hesse, Le Loup des Steppes (Éd. Calmann-Lévy, 1947).

Réalisme réac

« La démocratie repose sur l’existence d’une solide hiérarchie; il faut à l’oligarchie de gros arrivistes, une troupe ardente de bas-officiers qui ne cesse de travailler dans l’intérêt de ses chefs et qui retire peu de profit matériel de son activité; il faut tenir en haleine cette sorte de petite noblesse, en lui prodiguant des marques de sympathie, en excitant chez elle des sentiments d’honneur, en lui parlant un langage idéaliste. La grandeur du pays, la domination des forces naturelles par la science, la marche de l’humanité vers la lumière, voilà les balivernes qui se retrouvent à tout instant chez nous, dans les discours des orateurs démocratiques. »

Georges SorelLes illusions du progrès (Études sur le devenir social, Librairie Marcel Rivière et Cie, Paris, 5e édition, p.265) – 1947 [1908]