Esprits façonnés

« Le façonnement industriel des esprits nous contraindra dans un très proche avenir à le prendre en considération comme une puissance radicalement nouvelle, sans commune mesure avec ses commencements, et qui croît avec une grande rapidité.

Il est proprement l’industrie-clé du vingtième siècle.

Partout, où de nos jours, un pays civilisé est occupé ou délivré, partout où s’accomplit un coup d’État, une révolution, un chambardement, le nouveau régime ne s’empare plus en premier lieu de la rue et des centres de l’industrie lourde, mais des postes émetteurs, des imprimeries et des services de télécommunications. »

Hans Magnus EnzensbergerCulture ou mise en condition ? (Éd. Les Belles Lettres, coll. Le goût des idées,  p.16) – 2012 [1962]

La vertu… sa disparition, un mal bien contemporain !

« La vertu est quelque chose de grand, d’élevé, de souverain, d’invincible, d’infatigable; le plaisir quelque chose de bas, de servile, de faible, de périssable, dont le séjour et l’asile sont les lieux de prostitution et les tavernes. Tu trouveras la vertu dans le temple, le forum, la curie, debout sur les remparts, couverte de poussière, le visage hâlé, les mains calleuses : le plaisir, tu le trouveras le plus souvent caché, cherchant les ténèbres, rôdant autour des bains, des étuves, des lieux, qui redoutent l’édile, faible et mou, humecté de vin et de parfums, pâle ou fardé, et souillé de cosmétiques »

Sénèque – La vie heureuse ( Éd. Mille et une nuits, p.16) – 2008 [58 ap. J.C.]