Échelle de valeurs

« Nous travaillons dur pour libérer l’extraordinaire énergie qui se trouve cachée dans l’atome et dans son noyau. Si nous ne consacrons pas une énergie égale – oui, et autant d’argent – à libérer le potentiel de chaque individu, alors le décalage énorme qui existe entre le niveau des ressources énergétiques physiques et celui des ressources humaines va nous condamner à une destruction universelle bien méritée. »

Carl R. RogersLiberté pour Apprendre ? (Éd. Dunod, Coll. Sciences Humaines) – 1999 [1972]

Aggiornamento des droits individuels

« C’est toute la sphère de la citoyenneté qui enregistre désormais l’aggiornamento consacrant la prépondérance des droits individuels sur les obligations collectives.

Quel civisme anime encore les citoyens quand seuls 5% des Européens déclarent être prêts à se sacrifier pour la liberté, 4% pour la justice et la paix ?

Qu’est devenue la morale républicaine quand les taux d’abstention électorale ressemblent à des raz de marée répétés, quand plus d’1 français sur 2 considère qu’il n’est pas grave de ne pas voter, quand seul moins d’1 français sur 3 définit le bon citoyen comme étant celui qui paie des impôts sans frauder le fisc ?

Les idéaux de bien-être, la décrédibilisation des grands systèmes de sens, l’extension des désirs et droits à l’autonomie subjective ont vidé de leur substance les devoirs civiques comme ils ont déprécié les impératifs catégoriques de la morale individuelle et interindividuelle; en lieu et place de la morale du civisme, nous avons le culte de la sphère privée et l’indifférence envers la chose publique, le « tout-argent » et la « démocratisation » de la corruption. »

Gilles LipovetskyLe crépuscule du devoir, l’éthique indolore des nouveaux temps modernes (Éd. Gallimard, coll. nrf essais, p. 208 et 209)  – 1992

Dissolution progressiste

« Notre siècle ne croit plus à l’individu, au citoyen isolé, à l’homme, en un mot. Il ne croit plus qu’aux forces ou masses collectives, qu’elles soient nationales, militaires, industrielles, financières ou électives.

La force de l’antiquité, suivant la remarque profonde de Michelet, tenait à cette croyance que l’homme fait son destin lui-même; aujourd’hui l’homme diminue et s’efface n’ayant pas de force et d’action que par le groupe, l’association auxquels il appartient et dont il n’est plus qu’un rouage ou un atome.

Le progrès organise ainsi lentement, mais sûrement, des despotismes d’un nouveau genre, dont l’avenir seul pourra mesurer l’étendue et connaître la pesanteur. »

Achille TournierPensées d’automne (Éd. Paul Ollendorff Paris, p.197 et 198) – 1896