L’égoïsme en vertu

« L’anthropologie de Hobbes éclaire, par contraste, le principe de toute pédagogie libérale.

À partir du moment, en effet, où l’on s’est convaincu que l’égoïsme est la véritable source de toutes les « vertus publiques » (private vices, public benefits, selon la formule célèbre de Mandeville), il devient absolument nécessaire de laisser la nature du petit d’homme s’exprimer librement, sous l’oeil admiratif de ses néoparents – tout appel à la notion d’effort ou d’autorité étant immédiatement discrédité comme « patriarcal » ou « réactionnaire ». »

Jean-Claude MichéaLe complexe d’Orphée (Éd. Flammarion, coll. Climats, p. 289) – 2011

Égalitarisme insatiable

« Un peuple a beau faire des efforts, il ne parviendra pas à rendre les conditions parfaitement égales dans son sein et s’il avait le malheur d’arriver à ce nivellement absolu et complet, il resterait encore l’inégalité des intelligences, qui, venant directement de Dieu, échappera toujours aux lois.

Quelque démocratique que soit l’état social et la constitution politique d’un peuple, on peut donc compter que chacun de ses citoyens apercevra toujours près de soi plusieurs points qui le dominent, et l’on peut prévoir qu’il tournera obstinément ses regards de ce seul côté.

Quand l’inégalité est la loi commune d’une société, les plus fortes inégalités ne frappent point l’œil; quand tout est à peu près de niveau, les moindres le blessent.

C’est pour cela que le désir de l’égalité devient toujours plus insatiable à mesure que l’égalité est plus grande. »

Alexis de Tocqueville – De la démocratie en Amérique (Éd. Charles Gosselin, Paris, tome II, p. 135) – 1840

L’esprit du 11 janvier

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PORTRAITS

La voilà la république, dans toute sa splendeur. Comme en 1789, les Iznogoud qui veulent avoir accès au pouvoir se bousculent au portillon. Oh bien sûr, ce ne sont pas des aristocrates. Bien au contraire, ils sont d’accord avec ce qui est écrit dans les manuels d’histoire falsifiée de la gueuse. Pour autant, ça ne les empêche pas de reprendre à leur compte les codes vestimentaires, les poses, de se vautrer dans ce luxe qu’ils fustigeaient lorsqu’il était l’apanage de ceux qui payaient l’impôt du sang. Seulement voilà, sous le vernis on sent bien que les attitudes ne sont pas naturelles, que l’air compassé ne remplacera jamais l’aisance naturelle de ceux dont ils ont pris la place. Ce sont les nouveaux robins, fraîchement anoblis par la grâce de François le mou qui leur a permis de faire partie de son entourage. Ils peuvent bien tenter, comme leurs prédécesseurs, de se hausser…

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En attendant la Charia…

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Les Media ont beau se décarcasser à nous expliquer qu’il a changé de stature, qu’il a chopé de l’assurance, qu’il affiche une envergure et une autorité nouvelles, moi je lui trouve l’air toujours aussi couillon, à Culbuto, peut être même encore plus qu’avant. En tout cas, si je m’en réfère à sa dernière conférence de presse, entre son éloquence de débile léger et son préchi-précha bien-pensant pour enfants des écoles primaires, j’ai du mal à cerner la stature de l’homme d’état. Naturellement,  je me suis abstenu, comme à l’habitude,  d’assister à la cérémonie. Déjà en prime-time ça me gave mais en fin de matinée, comme ça, juste à l’heure du pastaga, c’est des truc à vous faire digérer l’apéro de traviole voire à vous cisailler l’appétit au ras des moustaches.  Cependant avec tout ce que les radios, les télés, les baveux et le web balancent dès que le corniaud a…

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Concentration cordicole

« Chacune de ces trop grandes et trop vivantes cités, créations de l’inquiétude, de l’avidité, de la volonté combinées avec la figure locale du sol et la situation géographique, se conserve et s’accroît en attirant à soi ce qu’il y a de plus ambitieux, de plus remuant, de plus libre d’esprit, de plus raffiné dans les goûts, de plus vaniteux, de plus luxurieux et de plus lâche quant aux moeurs.

On vient aux grands centres pour avancer, pour triompher, pour s’élever; pour jouir, pour s’y consumer; pour s’y fondre et s’y métamorphoser; et en somme pour jouer, pour se trouver à la portée du plus grand nombre possible de chances et de proies, femmes, places, clartés, relations, facilités diverses; […]

[…] Chaque grande ville est une immense maison de jeux. »

Paul ValéryRegards sur le monde actuel et autres essais (Éd. Gallimard, nrf, p.120) – 1945 [1961]