Paradis grossier

« Dans les écoles dont s’enorgueillissait tellement le XIXe siècle, on n’a pas pu faire autre chose que d’enseigner aux masses les techniques de la vie moderne; on n’a pas réussi à les éduquer.

On leur a donné des instruments pour vivre intensément, mais pas de sensibilité pour les grands devoirs historiques.

On leur a inoculé violemment l’orgueil et le pouvoir des moyens modernes, mais non l’esprit.

Aussi ne veulent-elles rien avoir de commun avec l’esprit; les nouvelles générations se disposent à prendre la direction du monde, comme si le monde était un paradis sans traces anciennes, sans problèmes traditionnels et complexes. »

José Ortega y GassetLa révolte des masses (Éd. Les Belles Lettres, coll. Bibliothèque classique de la Liberté, p. 123) – 2011 [1929]

Retour vers le futur cordicole II

« Par une simple altération, par une simple prétendue réforme des programmes de l’enseignement secondaire français, par le triomphe passager de quelques maniaques modernistes et scientistes français, généralement radicaux, quelques-uns socialistes professionnels, toute une culture, tout un monde… disparaît tout tranquillement et tout posément sous nos yeux de la face du monde et de la vie de l’humanité. Sous nos yeux, par nos soins disparaît la mémoire de la plus belle humanité. »

Charles PéguyPensées (Éd. nrf Gallimard, p.80)- 2007 [1905]

(tirée du septième Cahier de la septième série, les Suppléants parallèles, 17 décembre 1905)