Le règne du Mou

« On avait inventé le libre arbitre, bâti des écoles, tenté de forger des individus debout.

Voici venu le temps des larves, le doigt sur la souris, l’érection incertaine, la satisfaction baveuse. Fringues griffées et nourritures spongieuses.

La pornographie est le règne du mou, contrairement aux apparences. »

Jean-Paul BrighelliLa société pornographique (Éd. François Bourin, p.102) – 2012

L’ère du vide

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L’ère du vide et le temps du trop plein sur Bonnet d’âne.

Gilles Lipovetsky a fait le tour de la question dès 1983, lorsqu’il a publié l’Ere du vide (Gallimard, et maintenant en Folio Essais). Ces « Essais sur l’individualisme contemporain » démontraient jusqu’à la nausée ce que les temps post-modernes mettaient en place de narcissisme satisfait, de désengagement politique, d’hédonisme à petites doses, d’indifférence dans la recherche de la différence — cette différence obligée, sous-tendue par la mode, que Lipovetsky a analysée plus tard dans l’Empire de l’éphémère.

Bref, de vacuité assumée.

Entendons-nous : l’individualisme a eu ses héros, ses grands fauves — à l’ère baroque par exemple —, son côté aristocratique, Primus inter pares. Le Grand Condé. Le narcissisme, lui, était à l’origine tragique — une cruelle blague des dieux, où le jeune homme insensible s’abîmait dans sa propre contemplation, où l’Ego magnifié — « inépuisable Moi », disait très bien Valéry —, quelles que fussent ses faiblesses et ses névroses, atteignait des sommets — voir Malaparte ou Hugo.

Mais il s’agit aujourd’hui d’un ego satisfait de sa médiocrité, d’un narcissisme du minable habillé par Zara. D’une indifférence aux autres (attention, pas tous les autres : l’homo festivus, comme dirait plus tard Muray, se satisfait aussi en petits groupes — « moi et mes amis ») qui explique la perte de sens civique ou de désintérêt pour la res publica — et du coup, analyse finement Lipovetsky, se contente de satisfactions écologiques, d’engagements parcellaires, contre les fourrures ou la retenue d’eau de Sivens, d’éclatement consenti de l’Etat au profit d’une dilution régionale ou municipale. On a vu émerger des discours sidérants sur la démocratie de proximité, qui ont justifié tous les errements — le communautarisme béat, les fêtes de quartier, les « équipes pédagogiques au centre du projet éducatif », et j’en passe. Bref, une atomisation du sens civique. L’homme a cessé d’être un animal social. Le postmodernisme est un post-aristotélisme. Symbole de ces temps déconfits, le « selfie » — « ego-portrait », disent très bien les cousins québécois. Ce qui caractérise une vraie photo, c’est l’absence du photographe, qui s’inscrit en creux dans l’image. Ici, c’est l’inverse, le photographe est la photo. C’est, dans l’instantané (et cette génération vide fonctionne dans l’instant qui est si beau — no future, souvenez-vous, et aucun projet), l’équivalent de ce qu’est l’auto-fiction pour le roman : on n’écrit plus qu’avec son nombril.

Au reste, cette dictature du vide satisfait (et se satisfait) amplement du libéralisme, qui n’est pas une idéologie, comme je le rappelais il y a peu, mais une offre pressante de produits non indispensables, donc nécessaires, dans cette inversion des valeurs à laquelle nous amène le souci permanent de la satisfaction d’un ego de petite taille.

L’intégralité du bille de Jean-Paul Brighelli (ici).

Objectif notes

Dementia Brain Problems

Nous sommes soi-disant dans une société en constant progrès, dans un monde des plus évolués au niveau technologique avec de plus en plus de jeunes enfants avec du matériel hautement sophistiqué entre les mains (ipod, iphone, ordinateur) et pourtant, le site de SOS Éducation nous confirme que « les professeurs du second degré tirent la sonnette d’alarme dans un sondage IFOP / SOS Education. Quasiment unanimes (89%, toutes tendances politiques confondues) pour rappeler que la mission de l’école est avant tout d’apprendre à lire, écrire et compter, ils sont plus de la moité (51%) à estimer que le primaire ne remplit plus cette mission.

Ce constat catastrophique rappelle évidemment les conclusions choc de l’enquête internationale PISA, qui a révélé fin 2013 que 20% des collégiens français se trouvent en situation d’illettrisme. 85% des enseignants (et 95% de ceux en fin de carrière !) ont ainsi observé chez leurs élèves une dégradation du niveau de maîtrise de la langue écrite depuis leur entrée dans le métier.

Le message des professeurs est donc très clair : l’heure n’est pas à un énième plan numérique pour l’école (un gadget pour 54% des enseignants !), mais aux réformes qui permettront la transmission efficace des fondamentaux.

« Il faut avoir à l’esprit que le volume horaire consacré à l’enseignement du français en primaire a été amputé de moitié en quarante ans », analyse Jean-Paul Mongin, Délégué général de SOS Éducation. « De plus, les méthodes de lecture idéo-visuelles ou semi-globales restent employées dans 95% des établissements, malgré leur inefficience démontrée. On a là deux leviers d’action incontestables si l’on veut se donner les moyens de réduire l’illettrisme… » Et de proposer la mise en place de tests de déchiffrage dès la classe de CE1, suivant les recommandations d’une étude publiée par SOS Éducation cette semaine, ainsi qu’un examen d’entrée en 6ème — proposition soutenue par plus des trois quarts (77%) des enseignants.

Sur les questions de discipline, le sondage IFOP – SOS Éducation a interrogé parents d’élèves et professeurs ; il révèle un sentiment général de détérioration de la sécurité dans les établissements (chez 69% des enseignants, 61% des parents), de perte du sens du respect (pour 83% des professeurs et 65% des parents), ce qui contribue évidemment à la baisse de la qualité de l’enseignement attestée par 57% des professeurs et 55% des parents.

Près de la moitié des enseignants (49%) affirment ne pas disposer de moyens réglementaires suffisants pour assurer leur autorité. Quasiment tous (91%) seraient favorables à l’idée de bénéficier de la protection juridique des agents dépositaires de l’autorité publique. Et les sanctions actuellement interdites par l’administration, comme les notes de conduites ou les lignes à copier, restent plébiscitées (respectivement 57 et 56% d’opinions favorables). »

Et après cela, ils veulent en plus supprimer le système de notation actuel !

(cf. MetroNews du 10 décembre 2014)_250mauvaise-note

Soyons un peu sérieux, ce n’est pas le système des notes qu’il faut remettre en cause mais bien la façon dont les notes sont établies par ceux qui les distribuent. Pour cela,  il faut mettre à leur disposition des barèmes types, arrêtez de leur donner des consignes générales floues ou idéologiques (ne pas tenir compte du niveau de français dans les copies quelque soit la matière, ne pas trop tenir compte des résultats ou de la démarche de calcul pour les obtenir dans les matières scientifiques,….),…

Jean-Paul Brighelli rappelle judicieusement ce que signifie « évaluer » dans Le Point du 17 octobre 2014 (ici) : « Autant le répéter : on ne note pas un élève, mais une performance ponctuelle. On a une note, on n’est pas cette note. Admettons pour la beauté du raisonnement que quelques enseignants, débordés par la chaude ambiance qui règne dans les collèges, utilisent parfois les notes comme moyen de pression : ils n’ont rien d’autre, maintenant que Najat Vallaud-Belkacem a décidé de renoncer aux redoublements, comme nous l’avons vu précédemment.

Dans un monde soumis à la compétition la plus sévère, où les performances (sportives, par exemple) sont l’objet de toutes les attentions, le ministre décide unilatéralement, en s’appuyant sur un comité Théodule plein de béni-oui-oui, de supprimer ce qui permettait encore aux parents les moins informés de suivre les progrès ou les difficultés de leur enfant. ».

Enfin, à tous ceux qui parlent immédiatement de « stigmatisation » des mauvais élèves par les notes et qu’il vaut mieux les remplacer par des lettres (acquis, en cours d’acquisition, non acquis), je me demande s’ils ne sont pas justes idiots !… d’abord parce que cette obsession de la « stigmatisation » en devient pathologique et imbécile car il s’agit d’un raisonnement privilégiant le nivellement par le bas (ce ne sont pas ceux qui ont des bonnes notes qui stigmatisent  les cancres mais plus souvent l’inverse, et il faudrait en premier lieu reclarifier les choses en expliquant que c’est avoir de bonnes notes qui devrait être l’objectif de tous), et ensuite, parce que le remplacement des notes par des lettres ou des pastilles colorées n’empêchera nullement les élèves « stigmatisateurs » de pointer du doigt celui qui est en avance ou pas dans une matière !

Tous ces éléments de langage idéologiques : stigmatisation, système pas assez tolérant, trop de compétition,… démontrent bien dans quelle société de mauviettes infantilisées, de lavettes surcouvées nous évoluons.

C’est pour éviter une ixième boulette socialiste qu’il faut aller signer cette pétition d’urgence !

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