Hypallage

« Nul mieux que Louis-Sébastien Mercier n’a résumé la manière de Voltaire en observant qu’il « ne travaillait pas sa pensée, mais son style ».

Le style de Voltaire est dominé par l’antiphrase qui rend sa pensée inclassable. L’antiphrase n’est pas seulement la figure de l’ironie mais peut devenir celle de la contrevérité quand elle se convertit en hypallage.

L’hypallage consiste à retourner la réalité en inversant dans une proposition donnée les propriétés de certains mots pour les attribuer à d’autres. […]

[…] « Les philosophes criaient à la tyrannie », confirme Gaxotte, alors que « la véritable tyrannie était celle qu’ils exerçaient sur la littérature ».

L’hypallage des philosophes, dès lors qu’elle prend une pose supposée voltairienne, consiste à faire taire un adversaire au nom de la « tolérance », rebaptisée depuis « liberté d’expression ». »

Michel LeterTout est culture (Éd. Les Belles Lettres, Paris, p. 191 et 192) – 2015

Hanoho et Platon

montage Platon Aristote

(Platon à droite et Aristote à gauche, peinture École d’Athènes de Raphaël – 1509)

La lecture des textes antiques, en plus de vous procurer les mêmes curieuses sensations de profondes familiarités que celles ressenties en présence de vieilles photos poussiéreuses, légèrement jaunies, de vos ascendants sorties par hasard d’une ancestrale boite à chaussureunic_chaussures_p..._650x650-15229e8 (image sans rapport avec le billet mais je l’aime bien, voilà !), vous fait prendre conscience à la fois des fantastiques capacités de prémonition de leurs auteurs quant aux époques modernoeuds (Goux copyright) et des incroyables bonds en arrière que nous réalisons quant à la Morale qu’ils avaient mise en place, fruit de réflexions séculaires.

J’avais déjà publié au mois de décembre dernier une citation de Sénèque qui est, pour moi, une référence morale et qui représente idéalement cette période philosophique en quête de vertu.

Mais c’est en flânant du côté de chez Hanoho que m’est venu l’envie de faire un peu de réclame pour ces auteurs de l’Antiquité et de laisser tomber temporairement « Douleurs du monde » de Schopenhauer pour jeter un oeil sur le « Politique » de Platon qu’il nous conseille vivement, ainsi que « Éthique de Nicomaque » d’Aristote.

Hanoho nous explique que « dans cette ambiance délétère, il est toujours intéressant de se souvenir de ce que pensaient les philosophes antiques, et quel était le consensus au sein des civilisations passées car, comme le dit l’adage, pour comprendre le présent et le futur, il faut apprendre le passé. Voici donc quelques citations qui proviennent du Politique de Platon et qui, étrangement, résonnent en moi comme un rappel de ce que j’ai pu lire dans certains livres interdits. »

Le reste est à découvrir ici.

Au détour d’un commentaire lié à son billet, j’ai aussi été interpellé sur une des explications, parmi beaucoup d’autres, des moyens mis en oeuvre pour que notre civilisation se suicide à petit feu : l’abandon progressif de l’apprentissage des langues dites mortes, langues fondatrices de notre civilisation.

« Je mets ici un extrait de « Greece & Rome » publié aux Cambridge University Press et traduit par mes soins:

« Les années 1950 représentent la dernière décennie complète du XXe siècle dans le lequel l’enseignement du latin dans les écoles secondaires a été dominée par les exigences universitaires. En 1960, les universités d’Oxford et de Cambridge ont cesser de réclamer un certificat de niveau élémentaire en Latin comme qualification d’entrée pour les étudiants de premier cycle. Cela eut des conséquences profondes et de grande portée pour l’enseignement du latin et des œuvres classiques dans les écoles. »

Sachant que le latin fut la langue européenne par essence du monde érudit et aussi celle de l’église catholique, la guerre qui fut menée contre cette langue et les oeuvres classiques par une certaine oligarchie internationaliste et anti-chrétienté donne un tableau d’ensemble plutôt cohérent. »

Mise en lumière intéressante.

Pour finir, je vous laisse avec cette citation tellement d’actualité tirée de l’oeuvre de Platon : « le gouvernement de la multitude [démocratie] est débile en tout et sans grande puissance non plus, ni pour le bien, ni pour le mal, si on le compare aux autres, parce que dans ce gouvernement l’autorité est émietté entre un grand nombre d’individu. »