Despotisme éclairé

« La seule solution du problème politique et social serait le despotisme des sages et des nobles, d’une aristocratie pure et vraie, obtenue au moyen de la génération par l’union des hommes aux sentiments les plus généreux avec les femmes les plus intelligentes et les plus fines.

Cette proposition est mon utopie et ma république de Platon »

Arthur SchopenhauerDouleurs du monde, Pensées et fragments (Petite Bibliothèque Rivages, p. 200 et 201) – 1990 [1880, Éd. Félix Alcan]

Dissolution progressiste

« Notre siècle ne croit plus à l’individu, au citoyen isolé, à l’homme, en un mot. Il ne croit plus qu’aux forces ou masses collectives, qu’elles soient nationales, militaires, industrielles, financières ou électives.

La force de l’antiquité, suivant la remarque profonde de Michelet, tenait à cette croyance que l’homme fait son destin lui-même; aujourd’hui l’homme diminue et s’efface n’ayant pas de force et d’action que par le groupe, l’association auxquels il appartient et dont il n’est plus qu’un rouage ou un atome.

Le progrès organise ainsi lentement, mais sûrement, des despotismes d’un nouveau genre, dont l’avenir seul pourra mesurer l’étendue et connaître la pesanteur. »

Achille TournierPensées d’automne (Éd. Paul Ollendorff Paris, p.197 et 198) – 1896

Le despotisme démocratique

« … on sera surpris et effrayé de voir comment, en Europe, tout semble concourir à accroître indéfiniment les prérogatives du pouvoir central et à rendre chaque jour l’existence individuelle plus faible, plus subordonnée et plus précaire.

(…) on dirait que chaque pas qu’elles  (les nations démocratiques) font vers l’égalité les rapproche du despotisme.

(…)  L’État reçoit et souvent prend l’enfant des bras de sa mère pour le confier à ses agents; c’est lui qui se charge d’inspirer à chaque génération des sentiments, et de lui fournir des idées. L’uniformité règne dans les études comme dans tout le reste; la diversité comme la liberté en disparaissent chaque jour.

(…) on dirait qu’ils se jugent responsables des actions et de la destinée individuelle de leurs sujets, qu’ils ont entrepris de conduire et d’éclairer chacun d’eux dans les différents actes de sa vie, et , au besoin de le rendre heureux malgré lui-même.

(…) J’affirme qu’il n’y a pas en Europe où l’administration publique ne soit devenue non seulement plus centralisée, mais plus inquisitive et plus détaillée; partout elle pénètre plus avant que jadis dans les affaires privées; (…) Nos contemporains sont incessamment travaillés par deux passions ennemies : ils sentent le besoin d’être conduits et l’envie de rester libre. Ne pouvant détruire ni l’un ni l’autre de ces instincts contraires, ils s’efforcent de les satisfaire à la fois tous les deux. Ils imaginent un pouvoir unique, tutélaire, tout-puissantmais élu par les citoyens.

(…) Il est, en effet, difficile de concevoir comment des hommes qui ont entièrement renoncé à l’habitude de se diriger eux-mêmes pourraient réussir à bien choisir ceux qui doivent les conduire.

(…) Le passé n’éclairant plus l’avenir, l’esprit marche dans les ténèbres. »

Alexis de TocquevilleDe la démocratie en Amérique (Gallimard Éd., NRF, coll. La Pléiade tome 2, 1992) – 1840

Anarchiste visionnaire

« …les libertés publiques ont pour base et pour sauvegarde les moeurs domestiques; que les mêmes maximes par lesquelles on détruit les droits des peuples sont celles par lesquelles vous et vos coryphées vous renversez l’ordre des familles;… cette pornocratie qui depuis trente ans a fait reculer en France la pudeur publique, et qui, à force d’équivoques et à l’aide de la corruption la plus subtile, s’est constituée partout des avocats, des philosophes, des poètes et des dévots…

Le mariage, dans la pureté de son idée, est un pacte de dévouement absolu. Le plaisir n’y figure qu’en second ordre… le mariage devient pour les époux un culte de la conscience, et pour la société l’organe même de la justice… le concubinat, soit l’union de l’homme et de la femme, secrète ou solennelle, mais formée seulement en vue du plaisir, bien que dans certains cas excusable, est le repaire habituel des parasites, des voleurs, des faussaires et des assassins.

… J’ai blâmé avec toute l’énergie dont j’étais capable, la séduction, l’adultère, l’inceste, le stupre, le viol, la prostitution, tous les crimes et délits contre le mariage et la famille, j’eusse dû dire contre la femme. Je les ai dénoncés comme les signes et les instruments du despotisme…

Changez, modifiez, ou intervertissez, par un moyen quelconque, ce rapport des sexes, vous détruisez le mariage dans son essence; d’une société en prédominance de justice vous faites une société en prédominance d’amour; vous retombez dans le concubinat et la papillonne; vous pouvez avoir encore des pères et des mères, comme vous avez des amants, mais vous n’aurez plus de famille; et sans famille, votre constitution politique ne sera plus une fédération d’hommes, de familles et de cités libres, ce sera un communisme théocratique ou pornocratique, la pire des tyrannies.

… Établissez, avec la communauté des amours, l’universalité du célibat, et je ne crains pas de le dire, vous aurez un surcroît de consommation, moins de travail, moins d’épargne, partant plus de misère; en dernière analyse, à la place d’une société policée, une société vouée au brigandage ou, sinon, à la plus dégradante servitude. »

 

Pierre-Joseph ProudhonLa pornocratie ou les femmes dans les temps modernes – 1875 (Librairie internationale – Éditeurs A. Lacroix et Cie)