Droits débilitants

« La conception originelle, fondatrice, de l’État moderne liait étroitement la considération des droits individuels et celle du pouvoir, ou de la puissance publique.

Aujourd’hui, les droits ont envahi tout le champ de la réflexion et pour ainsi dire de la conscience. Ils ont rompu leur alliance avec la puissance, dont ils sont même devenus les ennemis implacables.

De l’alliance entre droit et pouvoir, nous sommes passés à la réclamation d’un pouvoir du droit dont le « pouvoir des juges »ne serait en somme que la manifestation empirique ou « phénoménale ».

Cette élévation du droit aux dépens du pouvoir – ici, du pouvoir politique légitime – constitue assurément un facteur de plus en plus déterminant et débilitant de la vie politique des nations européennes. »

Pierre ManentLa raison des nations, Réflexions sur la démocratie en Europe (Éd. L’Esprit de la Cité, Gallimard, p.27 et 28) – 2006

Radicalité démocratique

« La version  européenne [de l’empire démocratique] est occupée à étendre toujours plus l’aire de la pure démocratie, d’une démocratie sans peuple,c’est-à-dire d’une gouvernance démocratique très respectueuse des droits de l’homme mais détachée de toute délibération collective. La version européenne de l’empire démocratique se signale par la radicalité avec laquelle elle détache la démocratie de tout peuple réel et construit un kratos dans dèmos. »

Pierre ManentLa raison des nations, Réflexions sur la démocratie en europe (Éd. L’Esprit de la Cité, Gallimard, p.16) – 2006